‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 131 sur 148 · SOUVENIR A QUELQUES COLLABORATEURS · texte numérisé non relu

SOUVENIR A QUELQUES COLLABORATEURS

à qui , faisant dans ce livre le récit de la bataille de Buzenval, j'ai prédit une grande fortune dans l'armée.

Le chef d'escadron d'état -major Faivre (aujourd'hui officier général) était l'un de mes plus sûrs amis, avant d'être l'un de mes meilleurs officiers. Il représente, dans ce qu'ils ont de plus respectable , des principes et des traditions qu'à cette heure (1888) la politique a singulièrement affaiblis dans le pays et dans l'armée. Je me persuade que, lorsque j'aurai disparu, le souvenir particulier que je lui donne ici ne sera pas indifférent à cet homme de bien.

Le chef d'escadron d'état-major (au titre étranger) prince Nicolas Bibesco était accouru de Bucharest, à la nouvelle de la déclaration de guerre, pour défendre la France qui était comme son pays d'adoption. Elevé dans nos écoles, marié à une Française portant un grand nom militaire1, il avait antérieurement servi avec distinction à l'armée d'Afrique. Entré dans mon état -major, établi avec sa nombreuse famille à mon quartier général du Louvre, il était le seul de mes officiers que j'eusse incessamment sous la main, et pendant toute la durée du siège je n'ai pas été une seule fois à l'ennemi ou à l'émeute qu'il ne m'y ait suivi. Plein de zèle dans le travail et d'équilibre dans le péril, il a rendu à la Défense des services considérables.

Le chef d'escadron d'état-major de Vigneral, homme du monde très distingué et soldat accompli, était au nombre de mes officiers pendant la première période du siège. Je savais, sans le connaître personnellement, que sa notoriété l'avait fait appeler par le général Schmitz à prendre rang dans r état-major général de l'armée de Paris. Nommé lieu-

1 Hélène d'Elchingen.

tenant-colonel des mobiles d'Ille-et- Vilaine , il fit, à la tête de ses troupes qui furent durement éprouvées , de brillantes preuves aux batailles de la Marne, où lui-même fut très grièvement blessé. Je ne sais ce qu'est devenu le colonel de Vignerai, que je crois rentré dans ses foyers après la guerre. S'il lit un jour cette page, il verra que les efforts qu'il a faits au siège de Paris , et dont il porte les glorieuses marques, ont laissé dans ma mémoire des traces que le temps et les événements n'ont pas effacées.

Dans l'état -major général de l'armée de Paris et dans mon état-major particulier, les capitaines Thory, d'Hérisson, Madelor, Lestrohan, Delatre, Arthur et Richard Brunet , le jeune sous-lieutenant de Langle de Gary (le vaillant blessé de Buzenval), formaient un groupe dont le dévouement était toujours prêt.

Le capitaine d'état-major Thory, qui avait quitté l'armée, y était rentré pour s'associer à la Défense nationale. Très capable et très laborieux, avec un esprit bien ordonné et un dévouement toujours prêt, il fut la cheville ouvrière des travaux qu'exigeaient la préparation et l'exécution , pleines d'imprévu, des mouvements des troupes et des opérations militaires.

Le capitaine d'Hérisson , doué d'aptitudes très diverses , a déjà figuré dans ces récits à l'occasion de l'arrivée à Paris des officiers américains Burnside et Forbes. Ce fut lui aussi qui , à titre d'interprète pour la langue allemande , fut associé à la douloureuse mission de M. Jules Favre à Versailles pour l'armistice et la capitulation. Sa pénétration et son intelligente activité furent très utiles au négociateur, et servirent bien les négociations.

Les capitaines Madelor et Lestrohan, promus chefs de bataillon au cours du siège, et le capitaine Delatre, dévoués à l'œuvre commune , ont leur place marquée dans ce mémorial de mes obligations personnelles. Le capitaine Madelor,

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