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CHAPITRE XVIII

Sa composition et ses vues.

Des événements qui ont précédé et préparé le siège de Paris, du siège lui-même, de leurs causes et de leurs effets (quand je les ai aperçus et constatés moi-même), j'ai cherché à reproduire le tableau vrai.

Plus ce douloureux passé s'éloigne de nous, plus son souvenir s'efface dans l'esprit des générations qui ont souffert et que tourmente le souci trop légitime du présent et de l'avenir, moins elles accorderont d'intérêt à ces récits. Elles auront presque disparu quand ils seront publiés , si je dois vivre encore quelques années, et les générations qui leur succéderont, luttant contre une destinée encore plus troublée peut-être que la nôtre, seront indifférentes à nos épreuves.

Ces réflexions ne m'encouragent pas à pousser plus loin une entreprise dont nul ne doit bénéficier, et qui n'a pas, je le sens, d'autre côté utile, très personnel, que de faire diversion à l'isolement où je vis. Aussi bien, puis-je con-

sidérer cette étude comme terminée avec le siège de Paris, autour duquel j'ai réuni, me laissant aller à mes impressions, beaucoup de souvenirs antérieurs et d'exposés philosophiques , senilia somnia ! Pourtant , au cours de l'apparition que j'ai faite à Versailles dans la politique, j'ai vu se succéder des événements qui se rattachent assez directement à ceux de la Défense nationale pour qu'ils aient ici, à titre complémentaire, une place qui sera d'ailleurs très restreinte.

Pour comprendre l'ineffaçable impression que j'ai reçue de mon court passage à l'Assemblée nationale , il faut se pénétrer des espérances et des illusions patriotiques que j'y apportais. Sa composition, très supérieure à celle des assemblées qui lui ont succédé, infiniment supérieure à celle de l'assemblée qui préside aujourd'hui (1888) aux destinées du pays, me semblait rassurante. Tous les partis, il est vrai, y étaient représentés, avec le contraste frappant, à Bordeaux, de leurs vues et de leurs procédés de discussion ; mais par l'éducation et les sentiments d'origine , par la science du monde et l'intelligence des affaires , enfin par la préparation au travail gouvernemental, la majorité des députés paraissait offrir de sérieuses garanties de sagesse politique jointe au sentiment réfléchi de la grandeur du péril national.

Je croyais la majorité, qu'elle fût républicaine ou monarchiste, en volonté et en état de faire prévaloir, d'abord dans l'Assemblée, ensuite dans le pays, l'unique principe qui pût relever sa fortune : le renoncement absolu aux compétitions politiques, aux compétitions personnelles;, aux divisions de toute nature, pour arracher la France a la ruine sociale, politique, économique, sous laquelle elle succombait.

Ces espérances patriotiques étaient aussi naïves, et de-

vaient rester aussi vaines que toutes celles dont je m'étais bercé depuis que s'appesantissaient sur nous les inexorables conséquences de la défaite. J'allais assister, dans l'Assemblée nationale , à des luttes de plus en plus âpres qui annonçaient et préparaient l'état d'irrémédiable désunion où est aujourd'hui le pays, entre les groupes politiques que j'énumère ici sommairement :

Quelques énergumènes visant au bouleversement social ;

Des radicaux visant à l'avènement d'une république violente et oppressive ;

Des républicains modérés jugeant possible, et voulant l'avènement d'une république tempérée ;

Une considérable majorité de conservateurs, quelques-uns, — très rares, — inclinant vers la république raisonnable, la plupart préparant le retour de la monarchie, c'est-à-dire des trois monarchies qui étaient alors en présence, l'une d'elles (le bonapartisme encore sous le coup des calamités de la dernière guerre) déguisant les visées de restauration impériale qu'il affiche hautement aujourd'hui.

C'était une Babel avec la diversité des langues, avec la confusion des principes, des systèmes et des vues, diversité et confusion poussées à ce point, que ni la présence de l'ennemi installé en France, ni la douloureuse incertitude des négociations en cours pour le traité de paix , ni la prise de possession de Paris par l'insurrection anar chique jusque-là victorieuse , ne purent rendre l'Assemblée nationale à l'équilibre et au concert.

Beaucoup de questions de la plus haute importance s'imposaient aux délibérations de l'Assemblée. Plnsieurs étaient, pour le pays aux abois, des questions de vie ou de mort. Entre toutes, — qui le croira dans l'avenir? — celle qui passionna le plus profondément et le plus longuement les

représentants de la France, la seule peut-être autour de laquelle une apparence d'accord parut s'établir, ce fut l'enquête sur les actes du gouvernement de, la Défense nationale !

Les démagogues, les intransigeants, les radicaux, qui réclamaient la mise en accusation , trouvaient sur ce terrain l'occasion de satisfaire leur haine contre les républicains du gouvernement de la Défense, atteints à leurs yeux de moclérantisme, et dont les principaux venaient d'entrer dans le cabinet formé par M. Thiers.

Les légitimistes , les orléanistes , les impérialistes , qui se bornaient à demander l'enquête, qu'acceptait naturellement le gouvernement de la Défense, n'avaient pas d'autre but que de vouer la république à l'exécration, et d'ouvrir du même coup la voie à la monarchie de leur choix. Par surcroît, les impérialistes entendaient démontrer par l'enquête que les calamités de la guerre étaient imputables à la Défense nationale, et qu'elles n'engageaient pas les responsabilités de l'empire !

J'ai dit ailleurs ce que furent les procédés de cette enquête, champ de bataille non pas unique, mais principal, de toutes les passions politiques, de toutes les revendications qui sont pour la France l'accablant héritage de ses neuf révolutions. Que serait-ce, si je faisais ici leur place aux rivalités d'ambition et d'intérêt, aux aversions et aux haines personnelles, entretenues par un échange à peu près continu d'accusations, de récriminations, quelquefois d'insultes dont le journalisme, avec des commentaires enragés, allait porter l'écho dans la France entière !

La France , en péril de mort . regardait ahurie les combattants sans rien comprendre au combat. Elle avait cru à la Défense nationale, elle y était entrée avec tout son cœur, sans arrière -pensée politique, elle lui avait fait les derniers

sacrifices , et les politiciens la déshonoraient à plaisir ! Dévouement sans bornes, flots de sang versé, efforts suprêmes, n'étaient donc en réalité qu'une duperie politique, dont le pays avait été la victime ! . . .

Leçon déplorable, par laquelle les débats de l'Assemblée achevaient la ruine de l'esprit public. Ils semaient partout la défiance, la désunion, avec le scepticisme insulteur et railleur qui a pénétré les mœurs, qui a rendu impossible le gouvernement de M. Thiers, du maréchal de Mac- Mahon, de tous autres, et réalisé l'opinion, — qui déguisait peut-être une espérance, — exprimée par le prince de Bismarck :

ce Les événements ont créé une situation difficile en « affaiblissant l'autorité du gouvernement et de tout autre « que la France pourrait se donner. »

(Lettre du prince de Bismarck au général Trochu, p. 556.)

Les élections de 1871 sont, dans l'histoire parlementaire de la France, les seules peut-être qui aient été absolument libres et comme spontanées.

Le pays était livré à un affolement qui ne permettait à l'opinion de s'orienter en aucun sens.

Le gouvernement de la Défense ne fonctionnait plus.

Le gouvernement de M. Thiers était encore à naître.

Pas de candidatures officielles ou seulement officieuses, pas même d'intrigues locales conduites par les candidats et leurs ayants cause ; car, de l'armistice aux élections . les événements s'étaient succédé avec une telle rapidité, que pour agir le temps avait manqué aux politiciens. J'ai déjà dit que ceux de Paris, qui me tenaient à l'index, n'avaient rien pu pour empêcher ma décuple élection par la province.

Aussi bien que les républicains de toute nuance, la majo-

rite dite réactionnaire, et même le groupe légitimiste numériquement considérable qui émergeait sur le terrain de la politique et des affaires après une presque disparition de quarante ans, jugeant le suffrage universel direct et sans conditions par les résultats dont ils étaient les bénéficiaires, trouvaient que ce mode de consultation populaire valait beaucoup. Quelques-uns allaient jusqu'à l'invoquer dans leurs discours à la tribune, comme le palladium de la politique contemporaine...

Voilà comment cette Assemblée, tout entière aux stériles débats dont j'ai esquissé le tableau, n'eut pas la force, pas même la pensée, de rendre au pays le service capital de réglementer, sans la restreindre, la votation des foules inconscientes, aveugles ou aveuglées, prêtes dans tous les cas aux entraînements les moins prévus, qui sont aujourd'hui pour toujours, je pense, les arbitres du sort de la France.

La loi sur l'armée.

Je ne comptais pas trois mois d'existence législative que j'avais acquis l'attristante conviction de l'impuissance de l'Assemblée divisée à l'infini , et du pays désormais divisé autant qu'elle, à fonder par l'union des partis un gouvernement qui pût durer.

Plus que jamais décidé à disparaître à bref délai, non moins décidé à n'intervenir jamais que par mon vote dans les débats d'ordre politique, je limitais étroitement l'accomplissement de mon mandat à la discussion de deux intérêts différents : je me croyais le droit d'expliquer le

siège de Paris défiguré dans ses causes et dans ses effets par les passions du temps, et je me croyais le devoir d'apporter mon concours à l'élaboration de la loi militaire compromise , comme on le verra plus loin , par l'incompétence de l'initiative parlementaire.

A cette règle de conduite j'ai été fidèle, et mon rôle à l'Assemblée nationale , en dehors des deux questions précitées , fut si effacé , que lui faire une place dans ces souvenirs, avec un retour sur les événements politiques oscillatoires de ce lointain passé , serait de ma part une prétention. Je me bornerai à rappeler sommairement ceux qui se rattachent à la discussion de la loi organique de 1872, parce qu'ils révéleront la cause principale de l'incertitude qui pèse encore aujourd'hui (1888), après quinze ans des plus regrettables tâtonnements, sur la constitution définitive de l'armée française.

On dit communément que c'est à l'instabilité ministérielle qu'est dû, dans notre pays, le perpétuel flottement Ô.3S choses politiques, expressément et avec un péril particulier, des choses militaires. On dit vrai; mais en ce qui concerne celles-ci, on ne dit pas tout. On ne reconnaît pas que la constitution d'armée, votée en 1872, a pour origine un contresens initial qui condamne le législateur à retoucher incessamment son œuvre.

J'étais l'un des membres de la commission qui avait reçu le mandat de préparer la loi. Les généraux en activité, les députés anciens militaires, les hommes d'Etat y figuraient en grand nombre, et sa composition offrait certainement de solides garanties de compétence et de sérieux examen ; mais à quelle condition? A la condition que ses travaux eussent pour point de départ la présentation par le département de la guerre d'un projet d'ensemble comprenant :

1° Les principes, qui seraient la base invariable des nouvelles institutions militaires ;

2° L'organisation, qui réglerait la fonction de tous les rouages dont se composerait le mécanisme infiniment compliqué de la nouvelle armée.

Ces vues m'étaient inspirées par la conviction où j'étais et que je garde, que les assemblées politiques délibérantes, faites pour consacrer par la loi la constitution des armées, doivent en discuter les principes aussi bien que les voies et moyens, mais qu'il leur est très difficile de les trouver et qu'il leur est impossible de les coordonner.

« Imaginez, disais-je à mes collègues de la commission, « que le ministre de la guerre forme autour de lui, sous sa « présidence effective, une commission de cinq officiers « généraux et d'un intendant général choisis parmi les plus « notoirement expérimentés, représentant les spécialités de « l'état-major, de l'infanterie, de la cavalerie, de l'artille- « rie , du génie , de l'administration militaire , et que chacun « d'eux préside une sous -commission de quatre conseillers « appartenant à sa spécialité.

« En assemblée générale de cette commission, les prin- € cipes fondamentaux, ceux qui formeraient ce que j'ai appelé « la base invariable des institutions militaires, seraient défî- « nis, fixés, réunis en un code régulateur de l'esprit mili- « taire et de l'état moral des armées.

« En assemblée particulière, les sous -commissions étu- « dieraient et détermineraient la constitution et le fonction- « nement, en temps de paix et en temps de guerre, de <î l'arme qu'elles représentent, œuvre complexe qui veut « des connaissances théoriques et pratiques spéciales.

« Toutes ces études préalables terminées, le ministre « réunirait périodiquement les sous-commissions en assem- « blée générale pour discuter en commun et arrêter le tra-

(( vail d'ensemble dont toutes les parties, soigneusement « coordonnées, représenteraient, avec le code des principes, « le projet de loi concret qui serait soumis aux délibéra- « tions de la commission législative, et, par elle, aux déli- « bérations de l'Assemblée nationale.

« Devant ces deux pouvoirs, le projet se présenterait « avec l'incontestable autorité qu'il devrait à ses origines. « Il serait défendu par le ministre de la guerre avec une « compétence et des convictions qu'aurait rendues très solides « sa coopération personnelle aux travaux préparatoires de « la loi. Elle échapperait ainsi à la plupart des modifica- « tions de hasard, des vicissitudes imprévues qui sont la « conséquence ordinaire des débats législatifs où chacun « propose et où l'Assemblée dispose sans avoir été préala- <i blement et fermement éclairée. »

Ces vues isolément, peut-être timidement exprimées devant une commission qui ne se souciait guère de mes avis, devaient d'autant moins prévaloir qu'elles n'étaient pas soutenues par le département de la guerre, principal intéressé.

Pas plus que sa commission , l'Assemblée , partagée entre d'incessantes luttes politiques et de pressantes discussions d'affaires, n'eut la pensée de faire au ministre de la guerre général de Cissey, qui d'ailleurs ne le demandait pas, le long crédit de temps nécessaire pour l'exécution du travail préparatoire que j'ai défini.

Sur le projet de loi élaboré par sa commission, le tôt homines quot sententise se donna carrière dans l'Assemblée jusqu'au milieu de l'année 1872, et c'est au cours de ces débats que , dans les séances des 27 mai, 6 juin et 8 juin, j'intervenais pour exprimer mes vues sur la constitution de la nouvelle armée. Je puis dire qu'à ce dernier acte de ma

vie publique, je mis tout ce que j'avais en moi d'expérience acquise et de conviction raisonnée.

J'avais là pour adversaires le chef de l'Etat, M. Thiers, et le ministre de la guerre, qui ne paraissait plus avoir d'autre souci que de le suivre pas à pas1. Le combat fut vif, assez vif pour que vers sa fin mon illustre et alors tout-puissant contradicteur, voyant que l'Assemblée se prononçait manifestement contre lui, crut devoir jeter dans la balance des votes qui se préparaient le poids énorme de l'avis de sa démission s'ils lui étaient contraires. A une médiocre majorité ils lui devinrent favorables, fondant la loi organique de 1872 tant de fois remaniée depuis et dont, à l'heure où j'écris (1888), le parlement se dispose à transformer le principe fondamental qui est le service à cinq ans, dada militaire de M. Thiers.

C'est expressément autour de ce principe fondamental de la durée du service obligatoire que le combat eut lieu. M. Thiers, historien autant qu'homme d'Etat, devait une part de son illustration aux livres qu'il avait écrits sur la guerre avec une ardeur passionnée et d'éclatants succès. Il ne s'était pas borné à décrire les opérations des armées constituées sur le principe du service à long terme. Il les avait fait manœuvrer lui-même dans la période la plus glorieuse des fastes militaires français, par conséquent conduites à la victoire, et il croyait sincèrement, — peut-être ne se trompait-il pas, — que sa vocation vraie était celle du généralat.

C'est pénétré de cet idéalisme militaire , dont l'origine remontait pour lui à des temps bien éloignés et bien diffé-

1 Le général de Cissey, à son retour de captivité , avait produit sur la réorganisation de l'armée un travail où il préconisait la plupart des principes et des idées que j'allais défendre contre lui à la tribune, notamment le service de trois ans I

rents du nôtre, que renonçant à obtenir de l'Assemblée le service de sept ans qu'il tenait, sans l'avouer, pour nécessaire, M. Thiers se rabattait sur le service de cinq ans considéré comme un minimum. Aucun raisonnement, aucune preuve tirée des récents et saisissants résultats des guerres de 1866 et de 1870, ne purent le détourner de ce parti pris où entraient d'ailleurs avec lui la plupart des militaires et des hommes publics que leur âge rattachait à la même tradition.

J'avais la conviction réfléchie, peut-être devrais-je dire intraitable , que dans la constitution des armées d'aujourd'hui l'obligation ne pouvait pas se concilier avec la durée sans détendre à la fois tous les ressorts de l'activité nationale, péril que je définissais ainsi : 77 ne faut pas, pour faire l'armée, défaire le pays. Et je montrais que le service de trois ans, — adopté dès lors et depuis par toutes les armées que recrute le service obligatoire, — représentait en durée la moyenne qui servait le mieux les divers intérêts qu'il s'agissait de mettre d'accord.

A l'appui de cette opinion, qui fut le grief contre moi des partisans du service à long terme, je plaçais une importante observation que, dans leur bonne foi, ils ont toujours passée sous silence; à l'adoption du service de trois ans je mettais une condition expresse : la substitution dans nos régiments de l'éducation militaire au dressage mono* tone et purement technique qui fait le soldat français depuis que l'armée française existe.

C'est dans la séance dn 27 mai que se produisait l'incident suivant.

Je venais d'exprimer la pensée que, pour réaliser la réforme de l'éducation nationale dans le pays, et la réforme de l'éducation militaire dans l'armée reconstituée, une

longue période de paix était nécessaire. Interrompu par le cri isolé de : Et la revanche! je répondais à l'interruption en me tournant vers la gauche de l'Assemblée d'où elle était partie :

fi Oui, la paix!... Vous voyez qu'audacieusement peut» fi être je dis la paix, que je ne dis pas la revanche, esti^ fi mant que la grande revanche que nous avons à prendre, fi c'est contre nous-mêmes. L'autre revanche ne viendra que fi quand nous l'aurons méritée ! j>

{Journal officiel du 28 mai 1872.)

L'Assemblée, profondément émue, applaudit à cette déclaration de sentiments qui recommandait aux générations présentes la réforme d'elles-mêmes, avec le patriotisme silencieux, résigné mais obstiné, capable de préparer dans une paix douloureuse les destinées des générations futures.

Des années se sont écoulées depuis que ces paroles, expression d'une honnête et ferme conviction que j'ai gardée, produisaient très inutilement cette émotion passagère. Les générations, loin de se réformer et de i mériter l'autre revanche », ont élargi à outrance le champ des anciennes erreurs , en y joignant des éléments nouveaux et imprévus de désordre intérieur et de péril extérieur. Je ne les énumérerai pas, rne bornant à signaler ici un de leurs effets les plus alarmants. Le patriotisme fi silencieux, résigné mais obstiné j>, préparant dans l'union de toutes les forces nationales l'avenir du pays, a été remplacé par le déroulédisme et par le boulangisme, aujourd'hui même (16 avril 1888) acclamés par les foules!

Sans doute, l'Assemblée nationale, après sa commission déléguée, a travaillé consciencieusement, patriotiquement , à la réorganisation de l'armée ; mais l'erreur de son point

de départ, je crois l'avoir démontré, a été préjudiciable au résultat obtenu. Elle a statué sans principes arrêtés, sans plan d'ensemble, sans direction, adoptant de petites résolutions, en négligeant de grandes, commettant en certaines parties (telles que le recrutement, la constitution de l'infanterie, des états-majors, etc.) de graves erreurs, aboutissant enfin à une œuvre qui est incessamment aux prises avec la vieille loi française du faire, du défaire et du refaire. L'armée d'aujourd'hui est, avec un immense effort budgétaire, une puissante machine de guerre; mais son moteur est faible, par conséquent son jeu incertain, et quelquesuns de ses organes sont défectueux ou manquent de liaison entre eux. C'est enfin une création dont le produit n'est pas en rapport avec son coût.

Incident personnel.

Si je reproduis ici la lettre qu'on va lire, ce n'est pas dans la misérable intention de mettre encore une fois mon désintéressement en lumière. Je la reproduis pour montrer que si, au cours de la Défense nationale, j'ai échoué, comme on l'a vu, dans mon entreprise de faire prévaloir le principe de l'effort gratuit, je lui suis du moins resté personnellement fidèle jusqu'à la fin.

Un officier de la maison militaire du président, m'abordant un jour dans les couloirs de l'Assemblée nationale, m'annonçait que le ministre de la guerre général Le Flô, d'accord avec M. Thiers , allait soumettre à sa signature un décret qui m' élevait dans la Légion d'honneur au grade de grand-croix. J'adressais ce jour-là au ministre la lettre confidentielle suivante :

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