ENCORE M. DE ROCHEFORT OIS
M. de Rochefort, à l'occasion des criminels exploits de la Commune, quelques articles qui le solidarisaient avec elle et m'avaient révolté.
J'étais à son sujet dans cet état d'esprit quand je reçus de lui la lettre suivante :
« 1er septembre 1871.
<a Général,
« Je vous demande d'abord mille pardons de ma lettre « et du dérangement que je vais peut-être vous causer. Je « ne vous aurais certainement pas donné cet embarras si « mon pauvre honneur qu'on vilipende, et tout mon passé « qu'on incrimine, n'avaient pas le plus sérieux besoin de « votre honorable témoignage.
« Je vous serais, général, extrêmement reconnaissant « si vous vouliez bien déposer devant le conseil de guerre « du fait suivant :
« Au 4 septembre, alors que je venais d'être porté par « la foule à l'Hôtel de Ville et que je tenais dans ma main « toute la force populaire de Paris, c'est moi qui ai, non « pas seulement demandé, mais presque exigé que vous <r fussiez nommé à la présidence du gouvernement, afin « qu'il fût bien compris par tous que la politique devait « s'effacer devant la nécessité de la défense.
« Si j'avais eu la moindre arrière -pensée d'ambition per- « sonnelle, je n'aurais pas été assez naïfj vous en convien- « drez, pour adjuger ainsi la première place à un général « dont la dictature n'aurait pu que contrecarrer mes projets.
« Vous ne pouvez avoir oublié que jusqu'au jour où le « premier armistice, à la suite duquel j'avais donné ma « démission, a été proposé, je n'ai cessé de vous appuyer <l de toutes mes forces et de me donner tellement à l'idée
(( de sauver Paris, que j'ai supprimé de mon plein gré le « journal la Marseillaise , qui me faisait vivre, pour éviter (c de semer la moindre agitation dans les esprits, et que la a haine que m'a vouée Ernest Picard vient de ce que je lui « ai précisément reproché d'avoir gardé Y Electeur libre, <( qu'il remplissait de nouvelles dangereuses.
« J'ai quitté le gouvernement avec quarante francs dans « ma poche, à ce point qu'après avoir déclaré à Etienne ce Arago que je ne voulais pas toucher mes appointements ce de membre de la Défense nationale, je me suis vu forcé « d'aller piteusement les lui réclamer. Eh bien, à ce moment ce même, un éditeur de journaux est venu m'oflrir cinquante (( mille francs de prime, si je voulais faire avec lui un jourci nal jusqu'à la fin du siège, journal à qui mes deux mois « de séjour au gouvernement auraient donné un grand inté- « rêt. Mais l'idée que je pourrais amener le moindre trouble, (( et avancer seulement d'une heure la capitulation, me « préoccupait tellement que j'ai obstinément refusé.
<£ Vous pouvez, cher général, hardiment déposer de mes (( faits et gestes pendant la durée de la Défense; car, <( quelques infamies qu'on ait publiées sur moi, je vous « donne ma parole d'honneur, — et vous y croirez , — que «je n'ai pas vu un seul membre de la Commune pendant ce mon séjour à Paris, où je ne suis arrivé que quinze jours ce après le 18 mars, rappelé par une lettre de ma sœur qui « m'annonçait que mon père se mourait.
« Tout mon rôle s'est borné à protester contre les arrosai tations et les projets de massacre. C'est sur un article de « moi que le commandant Girot , condamné à mort par une « cour martiale , a eu sa peine commuée. J'ai tout fait pour « faire anéantir le décret concernant les otages, et j'ai fina- « lement détourné sur ma tête l'orage qui menaçait celle « des autres; car c'est un miracle que je n'aie pas été arrêté « par la Commune, et fusillé comme Chaudey,