MA LETTRE A L'EMPEREUR
Comment faire parvenir ces vues jusqu'à l'empereur? Comment en obtenir, sans perdre une heure, l'examen et l'exécution? J'avais auprès de lui un ami, le général de Waubert, l'un de ses plus anciens aides de camp, dont l'intelligente sagacité et la solidité d'esprit m'étaient connues. Je lui écrivis, lui demandant de mettre sous les yeux de l'empereur une lettre étudiée en vue de cette communication , qui exposait brièvement , mais fermement , la périlleuse situation faite aux armées réunies autour de Metz par les événements militaires accomplis, en même temps qu'un programme sommaire, pour ces armées, d'opérations défensives-offensives dont Paris serait le point d'appui, dont le territoire de Paris, dans un large rayon, serait le théâtre.
Je reproduis ici cette lettre qui déjà a été publiée. Ses attristantes prophéties devaient se réaliser toutes, et elle est, je pense, l'un des documents écrits les plus caractérisés de la guerre de 1870. Il n'a cependant pas trouvé place dans les dix gros volumes de la célèbre enquête qui occupa trois ans, sans lui faire honneur, l'Assemblée nationale.
Au général de Waubert, aide de camp de V empereur.
« Paris, le 10 août 1870.
<r Si haute que soit l'importance des événements qui pace raissent devoir se passer entre Metz et Nancy, celle des ce événements complémentaires qui pourront se passer à « Paris au double point de vue politique et militaire, n'est « pas moindre. Il y a là, vous le croirez sans peine1, des i périls spéciaux qui peuvent faire explosion d'un jour à
1 Avec le général de Waubert, j'élais au tu et au toi depuis le collège. Je crus devoir le supprimer dans celle lellre écrile pour être mise sous les yeux de l'empereur et de ses conseillers militaires.
« l'autre, par suite de la tension infinie de la situation quand « l'ennemi viendra déployer ses masses autour de la capi- « taie. Il faut la défendre à tout prix avec le concours de (( l'esprit public, qu'il s'agira d'entraîner dans le sens du « patriotisme et des grands efforts.
« Si cette défense est active et vigilante, si l'esprit puce blic tient ferme , l'ennemi se repentira de s'être engagé <( si loin dans le cœur du pays.
« Dans cette idée, j'exprime l'opinion dont le développe- « ment suit :
« Le siège de Paris peut être longuement disputé, à la « condition nécessaire pour tous les sièges, impérieusement ce nécessaire pour celui-là, que la lutte soit appuyée par ce une armée de secours. Son objet serait d'appeler à elle ce tous les groupes qui seraient ultérieurement organisés « dans le pays, d'agir par des attaques répétées contre « l'armée prussienne, qui serait, par suite, incapable d'un ce investissement complet, de protéger les chemins de fer « et les grandes voies du sud par lesquels se ferait l'appro- « visionnement de la ville.
« Cette armée de secours existe, dit-on, au ministère de la « guerre. Mais ce sont là de futurs contingents, tout aussi ce incertains que ce qu'on a espéré des régiments de marche , ce que ce qu'on a espéré des régiments de mobiles qui peuvent « être et seront d'un si grand secours plus tard, mais non ce pas dans le moment présent et immédiat.
« Je ci^ois qu'il faut que l'armée de secours de Paris soit ce V armée qui est réunie devant Metz, et voici comme je « l'entends :
« Le répit que vous donne l'ennemi veut dire qu'il évacc eue ses blessés, qu'il fait reprendre leur équilibre à ses ce têtes de colonne, enfin qu'il opère sa concentration délice nitive. Elle comprendra trois armées, dont l'une au moins ce aura mission de vous tourner. L'effort lui coûtera cher,