‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 143 sur 148 · M. JULES FERRY · texte numérisé non relu

M. JULES FERRY

espérances que j'exprimais à M. Jules Ferry dans la lettre qu'on va lire, soulevé contre sa personne des haines implacables, et préparé sa chute que d'autres événements (une panique au Tonkin provoquant une panique au palais Bourbon) devaient précipiter.

u Tours, le 14 février 1870.

ce Mon cher Ferry,

« Le dangereux contresens que la crise du 24 mai avait « institué au sommet des pouvoirs publics disparaissant, « votre avènement à une grande direction d'affaires était « sûr. Je m'en réjouis.

« A l'expression de ce cordial sentiment, je joins un « vœu sincère. Puissiez -vous, avec l'aide du vigoureux « caractère et de l'ardent patriotisme que je vous ai vu « mettre au service d'une cause sans espoir, mais qu'il « fallait défendre jusqu'à la fin , contribuer à rendre au ce pays l'équilibre et la paix. La république a cette fois la « partie belle, bien qu'au plus haut point difficile à jouer. « Si elle parvient, à force de modération et de fermeté (( combinées, à être au pouvoir autre chose que ce qu'y « ont été les gouvernements qui se sont succédé en c( France depuis le commencement du siècle, c'est-à-dire « un parti, elle aura résolu le grand problème de l'avenir « national.

« Bien affectueusement à vous.

Sans réponse,

« Général Trociiu. ï

La république, pour le malheur de la France et pour le sien, est devenue le gouvernement d'un parti, un parti

d'exclusion en matière de politique, un parti d'accaparement en matière d'emplois publics, en sorte qu'elle réalise à son profit une sorte de confiscation du pays.

Par surcroît, le parti républicain s'est divisé, même subdivisé, chacun des groupes dissidents excluant les autres. Cette guerre intestine s'est peu à peu étendue à tous les partis politiques, à la nation entière; la compétition et la lutte sont partout.

Enfin, le nombre des emplois publics et des concessions de toute nature, productifs de revenu, ne pouvant plus suffire à l'apaisement des appétits surexcités, des créations nouvelles ont été faites , et pour les multiplier encore des pensions de retraite anticipées ont été attribuées à une foule de fonctionnaires frappés de suspicion.

De cet ensemble d'erreurs et de fautes résultent pour la paix intérieure un péril permanent, et pour la richesse publique une dépression qui se traduit par d'insurmontables difficultés budgétaires.

Quand, à huit ans de là, j'apprenais que M. Jules Ferry, plusieurs fois frappé à bout portant par les balles d'un criminel ou d'un fou, avait par impossible échappé à cet extraordinaire péril, le fonds de rancune que je lui gardais pour ses décrets de persécution religieuse disparut absolument devant mon émotion et mon contentement. Je lui écrivais le billet suivant ;

« Tours, le 11 décembre 1887.

« Mon cher Ferry,

« Avouez -moi confidentiellement que la Providence, en « vous faisant devant le monde entier le bénéficiaire d'un

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