‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 144 sur 148 · M. JULES FERRY · texte numérisé non relu

M. JULES FERRY

<r miracle plus saisissant qu'aucun de ceux auxquels vous « ne croyez pas, s'est libéralement vengée de vous.

« Et permettez que l'en remercie avec tout son cœur « un vieux croyant resté fidèle au souvenir de votre comace geuse et dévouée collaboration pendant l'effort du siège

« de Paris.

« Général Trochu. »

Par continuation de mauvaise fortune dans mes rapports avec les personnages républicains, je n'ai pas reçu de réponse à cette petite lettre qui, en raison de sa cordialité, en méritait peut-être une.

Je me refuse à croire que mon innocente allusion aux dispositions bien connues de M. Jules Ferry à l'égard de la Providence lui ait été incommode. Ce serait lui prêter une étroitesse d'esprit qu'il n'a pas.

Peut-être a-t-il su, car j'en parle souvent et librement, que je suis l'adversaire résolu des entreprises coloniales auxquelles il a consacré une partie de son activité gouvernementale. Mais deux hommes de bon propos ne peuventils différer d'opinion sur des intérêts de cet ordre, sans que la cordialité de leurs échanges personnels en soit atteinte? Quoi qu'il en soit, je saisis l'occasion de ce dernier doute pour exprimer nettement, une fois de plus, mon sentiment sur la question qui Ta fait naître : Je crains que l'erreur coloniale contemporaine ne soit l'une de celles que la France doive le plus chèrement payer dans l'avenir.

En principe, je crois qu'une nation risque beaucoup en cherchant à établir une part de sa puissance au delà des mers , sur des territoires où elle n'est pas assurée de pouvoir toujours défendre les intérêts qu'elle y fonde. Seule, l'Angleterre, avec ses frontières fermées et sa grande suprématie maritime, est en possession de cette confiance,

et nous n'avons autrefois perdu nos magnifiques colonies du Canada, de la Louisiane, de l'Inde, plus tard de Saint- Domingue, que parce que les voies maritimes qui y conduisaient nous étaient disputées ou fermées. Toutes ces anciennes possessions françaises, admirablement défendues, succombèrent faute de secours opportuns et suffisants.

Il n'existe dans le monde entier qu'une colonie qui soit à la portée de sa métropole : l'Algérie, et, par cette raison, nous devons prétendre à en garder le chemin. Mais, dans les guerres à venir, la France, attaquable par toutes ses frontières, pourrait perdre encore une fois ses colonies lointaines et l'Algérie elle-même, sur laquelle il lui serait impossible de concentrer tous les efforts de sa marine occupée un peu partout.

Si nous avions consacré à l'Algérie les millions que nous avons éparpillés si follement ailleurs, nous aurions fondé dans ce pays de promission une puissance française annexe de premier ordre, puissance maritime, agricole, commerciale, industrielle, et par conséquent puissance politique.

La désunion. — L'abaissement des caractères.

D'une main devenue incertaine, je iinis aujourd'hui ce travail commencé, abandonné, repris dans ces dernières années et enfin achevé.

La vieillesse, avec son cortège d'inévitables afflictions qui assombrissent la vie, et d'empêchements physiques qui annoncent l'invalidité, m'a saisi. Mais je ne me sens pas moralement affaibli, je crois avoir encore la jeunesse de l'âme, éternelle jeunesse, et c'est dans cet état qui me laisse, avec la vivacité des souvenirs, une part de lucidité

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