‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 17 sur 148 · PARIS BASE D'OPERATIONS · texte numérisé non relu

PARIS BASE D'OPERATIONS

les forces d'impulsion et de direction qui donnent au pays le ressort et la vie, échappait aux entreprises de l'ennemi. Elle devenait le point d'appui d'une défense nationale , bien moins difficile et moins risquée dans ses procédés, bien plus sûre dans ses effets, que celle qui fut improvisée dans toute la France avec tant de patriotisme et d'énergie , quand , après la disparition de toutes nos armées régulières et de l'immense matériel qui les suivait, Paris réduit aux seules forces qui purent être organisées dans son enceinte , fut étroitement investi par les masses allemandes et resta sans communications , sans concert possible par conséquent , avec le pays.

Par ces considérations que je soumettais en 1870, que je soumets encore aujourd'hui aux hommes de bon jugement autant qu'aux hommes de savoir technique, je n'entends pas faire prévaloir l'opinion que la défaite des armées envahissantes dût être le résultat de cette transformation de nos vues dans la conduite de la guerre et de ce redoublement d'efforts sur un terrain nouveau. Je me borne à montrer qu'ils devaient opposer aux entreprises de l'ennemi, en lui infligeant des pertes incessantes, assez de difficultés et même d'obstacles, pour qu'au lieu d'être réduits à traiter avec lui à merci , en vue de la fin des hostilités , nous eussions pu prétendre à obtenir des conditions de paix qui auraient épargné à la France des sacrifices accablants et sauvé l'honneur de ses armes.

La politique du désarroi. — Ses effets en ce qui me concerne.

Les défaites successives de Wissembourg, de Reischofien , de Spickeren, avaient jeté le gouvernement, le corps législatif, l'esprit public dans un profond désarroi. Il se traduisait dans les sphères dirigeantes par une anxiété fiévreuse qui excluait l'examen, la pondération, le concert, et dans les foules par d'inquiétantes agitations qui préparaient, je l'ai dit , de graves événements à l'intérieur, surtout à Paris. Il me fut fatal à moi-même, en ce sens que le souvenir des hardies déclarations démon livre l'Armée française en 1867 revenant à tous les esprits, je cessai d'être l'homme dont l'empire avait fait un général- rhéteur, pour devenir un général-prophète. Je fus, du jour au lendemain, considéré en haut, populaire en bas, appelé à cette périlleuse notoriété et à cette redoutable évidence qui sont, au temps des grandes calamités publiques sans remède , le présage certain des grands malheurs personnels.

Les représentants de l'empire qui m'avaient, au début de cette guerre, écarté de toute participation au commandement des troupes, venaient à présent me demander mon avis sur les chances de retour de fortune qu'offrait l'avenir assombri. Quelques-uns, allant bien plus loin, jugeaient que puisque j'avais prévu nos revers, c'était à moi qu'il appartenait d'en réparer les suites !

M. Emile Ollivier, garde des sceaux, me fit appeler à l'hôtel de la place Vendôme, et me pressa, dans les termes les plus obligeants, de prendre le ministère de la guerre. Je lui répondis :

ce Que renoncer dans les circonstances présentes aux scr-

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