‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 18 sur 148 · LA POLITIQUE DU DÉSARROI · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE DU DÉSARROI

a vices du général Dejean ministre par intérim, qui avait « été antérieurement associé à la préparation de la guerre ; <r qui avait collaboré au programme des opérations ; qui a savait les dispositions prises pour la formation, la réunion « et la mise en route des réserves , pour le renouvellement d du matériel et des approvisionnements de toute sorte, a était une erreur considérable ;

a Que substituer en pleine crise à cette direction d'af- <r faires sûre et bien informée, une direction improvisée, « ignorante de tout et nécessairement incompétente comme « le serait la mienne , était une faute grave ; qu'au surplus , « ma sincérité comme la confiance que me montrait le <r ministre, me faisaient un devoir de lui dire que ma colce laboration ne pouvait pas retarder d'un jour la chute du « cabinet, que les événements militaires accablaient d'un « poids trop lourd pour qu'il pût leur survivre. »

Pour rendre hommage à la vérité, il faut que j'ajoute ici que M. Emile Ollivier, aux prises avec les angoisses d'une situation politique et personnelle sans issue, accueillit cette franche déclaration en homme d'équilibre, avec beaucoup de philosophie et de sérénité.

Quand le ministère Ollivier fut tombé, je vis arriver chez moi un personnage politique que je ne connaissais pas, M. Schneider, président du corps législatif. Il venait me presser d'accepter le portefeuille de la guerre avec la présidence du conseil, mettant toute une longue et doucereuse dialectique au service de cette idée fausse, qu'ayant autrefois révélé , à rencontre du sentiment général , les vices de notre organisation militaire dans des appréhensions que de graves événements venaient de justifier, j'avais le devoir de prendre la direction des efforts que l'Etat allait faire pour conjurer les périls survenus.

(( C'est expressément ce précédent, lui dis-je, qui me défend d'accepter le mandat, encore plus politique que militaire aujourd'hui, que vous me faites l'honneur de m'offrir. Immédiatement engagé dans les débats de l'assemblée , pressé par les questions que ne manqueraient pas de m'adresser les députés très justement inquiets de la situation , je n'échapperais pas au péril de dire ce que j'en pense, dans un langage dont toutes les précautions ne pourraient pas déguiser les vues si malheureusement sanctionnées par les faits , et que j'ai tant de fois exprimées sur l'état de notre armée, sur les risques d'une grande guerre quelle qu'elle fût, sur l'aveuglement des conseillers militaires de l'empire à l'égard de celle-ci, sur l'insuffisance notoire de sa préparation.

« J'aurais ainsi devant le corps législatif et devant le pays , comme ministre de l'empire , un rôle déplorablement faux , compromettant pour tout le monde , auquel répugnent absolument ma loyauté aussi bien que le sentiment que j'ai de mon impuissance à relever l'état des affaires. »

Le président obstiné à sa thèse et persistant à soutenir diffusément que, sur le terrain politique, on pouvait tout penser et ne rien dire, devait se heurter à un refus péremptoire, et nous nous séparions en hommes qui renoncent à s'entendre et même à se comprendre, dans des sentiments qui n'accusaient pas, je pense, une sympathie réciproque bien marquée.

A quelques heures de là, le même jour, l'amiral Jurien de la Gravière, aide de camp de l'empereur, avec qui j'avais de bonnes relations, vint officiellement, de la part de l'impératrice-régente , m'apporter les mêmes offres et recevoir la même réponse.

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