PROCLAMATION
(( Paris, le 18 août 1870.
ce Dans le péril où est le pays, l'empereur, que je préce cède ici de quelques heures, m'a nommé gouverneur de « Paris et commandant en chef des forces chargées de la « défense de la capitale en état de siège. Paris se saisit du « rôle qui lui appartient ; il va être le centre des grands « efforts, des grands sacrifices et des grands exemples. Je « viens m'y associer avec tout mon cœur. Ce sera Thonce neur de ma vie et l'éclatant couronnement d'une carrière ce restée jusqu'à présent inconnue de la plupart d'entre « vous.
ce J'ai la foi la plus entière dans le succès de notre gloce rieuse entreprise , mais c'est à une condition dont le caracce tère est impérieux, absolu, et sans laquelle nos communs ce efforts seraient frappés d'impuissance. Je veux parler du ce bon ordre, et j'entends par là non seulement le calme de ce la rue, mais le calme de vos foyers, le calme de vos ce esprits, la déférence aux ordres de l'autorité responsable, ce la résignation devant les épreuves inséparables de la situace tion, enfin la sérénité grave et recueillie d'une grande ce nation qui prend en main avec une ferme résolution, ce dans des circonstances solennelles, la direction de ses ce destinées.
ce Et je ne m'en référerai pas, pour assurer à la situation « un équilibre si désirable, aux pouvoirs que je tiens de
<c l'état de siège et de la loi. Je le demanderai à votre paît triotisme , je l'obtiendrai de votre confiance en montrant ce moi-même à la population de Paris une confiance sans « limites. Je fais appel aux Français de tous les partis, ce n'appartenant moi-même, on le sait dans l'armée, à au- « cun autre parti qu'à celui du pays. Je fais appel à leur a dévouement. Je leur demande de contenir par l'autorité ce morale les ardents qui ne sauraient pas se contenir eux- « mêmes et de faire justice par leurs propres mains de ces « hommes qui ne sont d'aucun parti, et qui n'aperçoivent « dans les malheurs publics que l'occasion de servir des « appétits détestables.
« Et pour accomplir mon œuvre, après laquelle, je l'af- « firme, je rentrerai dans l'obscurité d'où je sors, j'adopte (( Tune des vieilles devises de la province de Bretagne, où «je suis né :
« Avec l'aide de Dieu pour la Patrie! »
{Journal officiel du 20 août 1870.)
Mon dévouement et mes principes faisaient , dans ce premier appel au patriotisme de Paris, leur profession de foi. Elle posait des conditions qui n'ont pas été tenues. Elle exprimait des espérances qui ne se sont pas réalisées. — L'armée du maréchal de Mac-Mahon ne vint pas à Paris, qui fut réduit à un effort isolé, improvisé, sans soutien et, par rapport au salut du pays tout entier, sans avenir. — L'impératrice et son gouvernement me reçurent en ennemi qui se déguise, s'emparèrent de toutes les attributions qui m'appartenaient et, jusqu'à leur chute, me tinrent sous le séquestre. — L'esprit public, dès le désastre de Sedan, tourna à l'affolement et, en dehors de quelques éclaircies, y resta. — Les partis, en état de défiance réciproque et de colère, se préparaient à la lutte dans les journaux, quelques-
uns à la lutte dans la rue. — L'heure vint où le gouvernement de convention y qui combattait V ennemi par devant, fut attaqué a main armée par derrière, et on vit la, comme il arrive toujours, une minorité factieuse, révolutionnaire et qu'aucun scrupule patriotique n arrêta jamais, tenir en échec par V agitation permanente , par la guerre civile à certains moments, une immense majorité de bons citoyens prêts à toutes les épreuves comme à tous les sacrifices!
Ma conscience me dit que , malgré cette longue suite d'amères déceptions, j'ai été fidèle, comme j'ai su et comme j'ai pu, aux engagements que je prenais, le 18 août 1870, devant la population de Paris. C'est de l'obscure retraite où je lui disais qu'après notre commun effort je m'enfermerais pour toujours, que j'écris ces lignes, sans la plus lointaine pensée de récrimination, mais dans un état d'affliction patriotique qui va s'aggravant tous les jours.
Arrivé à Paris après minuit, je jugeai que la préoccupation d'étiquette et d'heure indue devait s'effacer devant les soucis du moment, et que j'étais tenu de me présenter immédiatement à l'impératrice -régente. J'avais à mettre sous ses yeux la lettre autographe1 de l'empereur qui m'investissait de mon mandat, à lui dire tout ce que je savais et pensais de l'état des choses militaires, enfin à lui expli-
i « Camp de Châlons, 17 août 1870.
« Mon cher général,
<( Je vous nomme gouverneur de Paris et commandant en chef de toutes les forces chargées de pourvoir à la défense de la capitale. Dès mon arrivée à Paris, vous recevrez notification du décret qui vous investit de ces fonctions; mais, d'ici là, prenez sans délai toutes les dispositions nécessaires pour accomplir votre mission.
« Recevez, mon cher général, l'assurance de mes sentiments
d'amitié.
« Napolkon. »
quer les résolutions que la conférence avait prises. Dans cette vue, j'allai droit au ministère de l'intérieur pour demander au titulaire de ce département de m'accompagner aux Tuileries et d'obtenir de l'impératrice qu'elle voulût bien me recevoir sur-le-champ. Il était une heure du matin quand, conduit par M. Chevreau, j'arrivai au palais.