IL FALLAIT DONNER VOTRE DÉMISSION
Bazaine restée sous Metz. On sait aussi que je tenais pour certain que l'armée du maréchal de Mac-Mahon, marchant à l'ennemi dans les conditions de désarroi organique et d'infériorité numérique accablante que j'ai définies, allait à un désastre.
Gomment le gouvernement impérial préparait-il la nation à la constance, aux sacrifices que demandait ce sombre avenir qui pouvait se réaliser demain ? par des déclarations et des assurances dont la déplorable emphase (on en pourra juger par l'œuvre déclamatoire que reproduit la note ci-dessous 4 ) abusait l'esprit public et le berçait des plus dangereuses illusions. Brutalement dissipées par l'avis télégraphique du grand effondrement militaire de Sedan, elles devaient aboutir, en quelques heures et sans débat, à une révolution, mais à une révolution bien différente de toutes celles dont le pays avait la fatale tradition, et qui ne s'étaient pas accomplies sans contestation et sans lutte !
Plus la situation me semblait perdue , plus s'affirmait dans mon esprit la pensée d'un suprême effort de résistance dans Paris secouru ou non secouru. Il serait, je le reconnaissais , impuissant à relever la fortune de la France , mais il recommanderait ses malheurs à la sympathie des nations, son avenir à leur intérêt. L'Angleterre avait été notre alliée. L'Italie était notre obligée. A leurs sentiments déconcertés par la foudroyante rapidité des événements militaires , il fallait donner le temps de se produire.
1 {Journal officiel du 23 août 1870).
« Palikao , qui , aussi habile administrateur que grand général , con- « centre avec une rapidité foudroyante les immenses ressources dissé- (( minées dans le pays; qui remue et dirige avec une incroyable acti- « vite des masses énormes d'hommes et de chevaux, des mondes de « munitions et d'approvisionnement; qui organise en un mot les vic- « toires que Bazaine remporte...
« Bazaine et Palikao sont les sauveurs de la France. »
La défense de la capitale, si je parvenais à la faire durer, rendrait possible la réalisation de ces espérances. Dans tous les cas, cette défense, que beaucoup d'esprits sérieux tenaient pour une entreprise chimérique, en raison des obstacles que lui opposeraient les aptitudes révolutionnaires de la population soumise par le siège à d'inévitables et sans doute cruelles souffrances, ne serait pas sans gloire. Paris, centre de la vie nationale , était la représentation de la France entière, et il me semblait que la France, après cette lutte désespérée , pourrait redire la grande parole du vaincu de Pavie :
Tout est perdu fors l'honneur.
Les fortifications de Paris.
C'est l'âme remplie de ces sentiments que je m'appliquai sans relâche, le jour et la nuit, pourrais-je dire, à la préparation de la défense de Paris. Sur ce terrain particulier, l'impératrice-régente et ses conseillers , le ministre de la guerre et son entourage , me laissaient libre.
Le gouvernement était ardemment et tout entier à la préparation de Sedan, poussant en avant le maréchal de Mac- Mahon et faisant converger vers son armée , dans un encombrement et une confusion inexprimables, toutes les ressources en personnel et en matériel qui restaient au pays. Il considérait le siège de Paris et ma mission comme un hors-d'œuvre dont on aurait le temps de s'occuper. Je n'avais plus avec lui que quelques rares relations écrites, et toute mon activité se concentra sur l'étude de la vaste enceinte et de ses forts détachés, sur les travaux faits ou à faire, sur l'état de l'armement, des munitions, de l'approvisionnement