LES FORTIFICATIONS DE PARIS
de Paris , l'ensemble formant un domaine spécial fort étendu où je rencontrai des collaborateurs pleins de zèle et de dévouement.
L'audacieuse déclaration à la tribune du corps législatif (séance du 19 août, Journal officiel) du ministre de la guerre général de Palikao : Nous n'avons pas la moindre inquiétude , au contraire , avait calmé l'anxiété du public, non pas la mienne, et les conditions dans lesquelles la future défense de Paris s'offrait à mon examen n'étaient pas faites pour relever ma confiance. Je les expose ici très sommairement.
Les fortifications de Paris , en parfait état de conservation dans leurs maçonneries par l'effet de travaux d'entretien bien entendus, n'étaient plus, quant à leur valeur pour la défense, ce qu'elles avaient été lorsque les créateurs de l'œuvre, en 1841 , en avaient arrêté les plans d'après la puissance des moyens dont l'artillerie de leur temps disposait pour l'attaque des places.
Cette puissance était à présent plus que quadruplée. Plusieurs des forts détachés qu'ils avaient considérés comme mettant l'enceinte et la ville à l'abri des feux de l'assiégeant, étaient, en 1870, dominés eux-mêmes par des hauteurs d'où la nouvelle artillerie (les gros obusiers de siège) pouvaient, en quelques heures, les rendre intenables, ruiner certaines parties de l'enceinte et bouleverser les quartiers de Paris qui y confinaient.
Telles étaient, au nord, les hauteurs de Pinson (ou des Faucilles), dont les feux auraient pu battre directement et détruire les forts de la Briche , de la Double-Couronne, la moitié de la ville de Saint-Denis et incommoder sérieusement le fort de l'Est; à l'ouest, les hauteurs de Montretout et de Saint- Cloud; au sud, les hauteurs de Meudon, Clamart-
Châtillon , Villejuif (plateau des Hautes -Bruyères), tenant sous leurs feux les forts d'Issy, de Vanves, de Bicêtre, même de Montrouge, et, sur une étendue de près de quatre kilomètres en longueur et en profondeur, le Paris de la rive gauche !
L'inquiétante insuffisance d'une grande part des fortifications de Paris avait frappé le gouvernement impérial, et avant la déclaration de guerre, dès qu'il eut le sentiment d'une lutte prochaine avec la Prusse démesurément agrandie par l'effet de ses victoires sur l'Autriche, il avait prescrit l'étude et fait commencer l'exécution de travaux complémentaires pour l'occupation, par de nouveaux forts, des hauteurs de Montretout, de Châtillon- Glamart et de Villejuif (Hautes -Bruyères). Mais ce n'étaient là, aux yeux de l'empereur alors convaincu de la toute-puissance de ses armes, que des mesures de précaution, des en-cas auxquels l'évidente invraisemblance de la défaite, d'une invasion, d'un siège de Paris , ôtait le caractère de l'urgence.
On avait donc le temps et on procéda méthodiquement à la construction, sur ces points réputés les plus dangereux (ils l'étaient, mais il y en avait d'autres), de véritables forteresses fondées et bâties à pierre et à chaux, A l'heure où j'en faisais l'examen pour la préparation de la défense (quelques jours après nos défaites dans l'est, quelques jours avant l'écrasement de Sedan), ces considérables travaux de terrassement et de maçonnerie étaient :
A Montretout , au niveau du sol naturel ;
A Châtillon- Glamart, un peu au-dessus;
Aux Hautes-Bruyères, plus avancés, assez avancés pour qu'on pût espérer leur achèvement ultérieur que, sous la la protection presque immédiate des canons du fort de Bicêtre, on s'efforcerait de poursuivre pendant le cours du siège si l'ennemi se montrait prochainement sous Paris.