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LES FORTIFICATIONS DE PARIS

En attendant, les travaux sur ces trois points, travaux de jour et de nuit, étaient poussés avec une ardente activité.

Sur le développement de l'enceinte bastionnée, nous avions reconnu quelques parties spécialement faibles, par exemple le point par lequel la petite rivière des Gobelins pénètre dans Paris, formant ce que nous appelions la trouée de la Bièvre, mais surtout la portion de l'enceinte (rive droite) que traverse, au lieu dit le Point-du-Jour, la Seine sortant de Paris entre Auteuil et Grenelle. Là, en observation sur le rempart, j'avais pu constater que l'artillerie allemande établie sur les hauteurs de la rive gauche battrait d'enfilade toute la partie des fortifications en ligne droite qui couvre le Point -du -Jour, Auteuil et Passy. Elle était donc directement en prise au canon de l'ennemi par les hauteurs de Saint -Cloud, latéralement par celles de Châtillon-Clamart, et tout indiquait que c'était là que nous serions forcés.

C'est ainsi que s'expliquent les immenses travaux de défense qui furent accumulés dans cette zone : un cavaliertraverse de dimensions extraordinaires, pour défiler des hauteurs de Châtillon-Clamart la partie de l'enceinte que leur feu pouvait atteindre, et, en arrière, une succession de retranchements intérieurs qui assuraient, contre l'assaut direct , une énergique défense pied à pied.

Si les maçonneries de l'enceinte et des forts étaient en état, les masses couvrantes en terre destinées à recevoir l'armement et à l'évolution des services de la défense pendant le siège, restées ce qu'elles étaient à la fin des travaux entrepris en 1841, étaient à remanier dans toute leur étendue. L'enceinte, notamment, n'avait sur son développement de quarante kilomètres aucun magasin à poudre (à l'abri), et il en fallait des centaines pour satisfaire aux

besoins prévus des combats d'artillerie et des assauts. Il y avait à construire en avant de toutes les portes de la place, dont les abords allaient être minés , des ouvrages défensifs en terre. Enfin, à l'extérieur, sur les bords de la Marne, dans la plaine de Gennevilliers , sur les hauteurs de Meudon, etc., de grands travaux de fortification passagers étaient entrepris par le service du génie.

Jamais les remparts de Paris n'avaient été armés. Jamais même le plan d'ensemble dont cet armement, unique au monde par la grandeur de ses proportions et de son coût, avait dû être autrefois l'objet, n'avait été exécuté. Mais des dépôts d'artillerie de place avaient été formés à Vincennes, à Bourges, dans quelques places et ports de guerre. Ces pièces , toutes d'un modèle relativement ancien , mais quelques-unes (provenant des places maritimes) d'un puissant calibre, arrivaient à Paris par tous les trains et prenaient leur place, non sans quelque confusion et beaucoup d'efforts, sur les remparts de l'enceinte et des forts détachés.

C'est à dessein que j'ai abrégé, en le dégageant des détails techniques, cet exposé des conditions dans lesquelles, à la fin d'août 1870, s'offrait la défense de Paris pour une lutte que je jugeais prochaine, mais dont la tragédie de Sedan allait bien avancer l'heure. Il suffit pour démontrer aux mal informés , même aux malveillants :

1° Qu'au point de vue des principes qui fixent, dans les sièges , la situation respective de l'attaque et de la défense , nous étions à Paris, vis-à-vis de l'assiégeant maître des hauteurs dominantes ( sans tenir compte de la difficulté des subsistances et du péril des mouvements populaires), dans un état d'infériorité qu'aucun effort de l'assiégé ne pouvait compenser;

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