PARIS AVANT LE DÉSASTRE DE SEDAN 1G
2° Que la défense de Paris, qui aurait exigé des mois, môme des années, de travaux préparatoires, eut, comme toutes les autres entreprises de la Défense nationale, le caractère d'une improvisation patriotique. Plus de cent mille travailleurs y peinèrent tous les jours avec un zèle infini, et si je fais ressortir ici la grandeur du spectacle que j'ai eu sous les yeux pendant ces jours d'attente fiévreuse, c'est uniquement pour renouveler la déclaration que, le 30 mai 1871, à la tribune de l'Assemblée nationale, j'ai faite aux représentants du pays, dans un sentiment dont j'étais et dont je reste pénétré :
Le siège de Paris a été un grand effort public, auquel se sont associés tant d'énergiques bons vouloirs et tant d'ardents dévouements , que je ne puis à aucun degré en revendiquer l'honneur. J'en parlerai donc librement.
(Journal officiel du 31 mai 1871.)
Paris avant le désastre de Sedan.
A dater du jour où la périlleuse marche en avant de l'armée du maréchal de Mac-Mahon fut connue, l'anxiété publique alla croissant dans Paris. Au corps législatif, le ministre de la guerre était accablé de questions auxquelles il ne pouvait répondre qu'en renouvelant les déclarations de confiance dans la situation, dont j'ai montré précédemment l'étonnante hardiesse.
Dans les réunions publiques et privées, dans les familles, dans les rues, on s'interrogeait, on discutait, et enfin mon quartier général devint le rendez -vous des chercheurs de nouvelles qui, ne me sachant pas séquestré par le gouvernement, jugeaient très naturellement que le commandant
en chef de l'armée de Paris, chargé de la défense de la place en cas de siège, était informé.
Tous les jours, avant et après la séance des chambres, les sénateurs et les députés, en groupes presque toujours nombreux, arrivaient au Louvre et, très agités, pénétraient dans mon cabinet. Ils réclamaient de moi, sur les événements militaires en cours, des informations que j'étais hors d'état de produire, ou des avis personnels que je leur donnais au contraire très nettement et librement. Ces avis aboutissaient toujours à la conclusion que j'avais exprimée naguère devant le conseil de l'impératrice, au grand scandale de ses conseillers :
« L'existence de l'empire et le sort du pays sont à la « merci d'un nouveau désastre militaire. »
Cette déclaration très convaincue, et que j'appuyais toujours de considérations militaires dérivant des événements accomplis, ne satisfaisait ni ceux qui venaient chercher au Louvre des consolations impérialistes, sentant bien qu'il y allait de leur fortune personnelle , ni ceux qui venaient y chercher des consolations patriotiques, sentant bien qu'il y allait de la fortune du pays. Tous se retiraient médiocrement contents, et ma réputation déjà commencée de général pessimiste qui manquait de confiance, qui se refusait à l'espoir, devint par ces colloques avec les politiciens définitive et me suivit pendant toute la durée du siège de Paris.
Parmi ces visiteurs se trouva un jour M. Jules Favre avec plusieurs députés ses collègues et quelques notables habitants de Paris. Je ne l'avais vu de ma vie et je ne connaissais aucun de ceux auxquels il était mêlé. Ma conversation avec eux fut générale comme toujours, et ne