PARIS AVANT LE DÉSASTRE DE SEDAN
sortit pas un instant de l'invariable thème des opérations militaires et de leurs redoutables hasards.
Quand, à quelques jours de là, le 4 septembre, au plus fort de l'effervescence populaire , me rendant à cheval et en uniforme au corps législatif où le général Lebreton, questeur, m'avait supplié de me présenter, je rencontrai au milieu de la foule hurlante et affolée M. Jules Favre, qui m'annonça l'envahissement de l'assemblée , je ne le reconnus pas et lui demandai son nom.
C'est en s'emparant de ce fait et en montrant qu'il était en contradiction avec le récit de M. Jules Favre, qui disait (ce qui était vrai) m'avoir vu précédemment au Louvre, que mes diffamateurs impérialistes ont affirmé que j'avais joué ce jour-là une misérable comédie et que je connaissais parfaitement M. Jules Favre par la raison que, depuis longtemps, je complotais avec lui et avec le consortium républicain la révolution du 4 septembre.
Cependant les journaux, le Journal officiel lui-même1, constataient par un ensemble de nouvelles qu'apportaient les télégrammes des préfets, des sous-préfets, des maires, des particuliers, que l'ennemi faisait dans sa marche sur Paris d'incessants progrès. Le gouvernement, systématiquement muet avec moi, me laissait dans l'ignorance la plus
1 Les nombreux employés civils et militaires partis de Berlin pour administrer l'Alsace -Lorraine sont installés. Ils commencent à prélever, au profit de la Prusse, les contributions et impôts ordinaires, en dehors des réquisitions de guerre. Le service postal est organisé à la prussienne pour les deux provinces, avec timbres -poste prussiens de dix centimes. » (Journal officiel du 23 août 4870.)
Voilà comment, dès leurs premiers succès, les Allemands s'installaient (pour parler comme le journal de l'empire), administrativement autant que militairement, dans ces deux provinces , que nous n'avons perdues , au dire des calomniateurs de la Défense nationale , que parce qu'elle a, criminellement, voulu et fait la guerre à outrance!
absolue des faits militaires qui intéressaient le plus étroitement la préparation de la défense. J'étais, devant les avis des journaux, de plus en plus tourmenté de l'abandon où elle était laissée, et je me décidai à m'en plaindre, dans les termes les plus déférents et les plus mesurés, au ministre de la guerre, qui me répondit brutalement que je n'avais pas qualité pour être associé aux secrets du gouvernement. Officiellement et de ma main, je lui écrivis la lettre suivante1 :
Paris, le 25 août 1870.
« Monsieur le ministre,
« Permettez -moi de vous assurer qu'il n'est jamais entré ce dans ma pensée de chercher à pénétrer les secrets du ce gouvernement, à quelque point de vue que ce soit. Je ce puis dire que je n'y ai aucun intérêt comme aucune pré- « tention, et que j'ai bien assez à faire pour arriver à des « informations précises sur la mission difficile et impro- « visée que le gouvernement m'a fait l'honneur de me ( confier.
« Je me borne à établir ce qui suit :
« Au moment où je prenais possession de mon commande dément, l'ennemi occupait la ligne de Nancy à Bar- le ce Duc, où ses éclaireurs venaient seulement d'arriver. Je d rapportais ces renseignements du camp de Châlons.
« Depuis huit jours que je suis installé, l'ennemi a fait ce brusquement à gauche , marchant vers le sud-ouest , c'est- « à-dire vers Paris. Les journaux ont annoncé qu'il s'était « successivement montré à Saint- Dizier, à Joinville , à « Vassy, etc. Ils disent aujourd'hui qu'il arrive à Troyes,
1 Cette lettre a été autrefois publiée (1872).