PARIS AVANT LE DÉSASTRE DE SEDAN
ce à Sézanne, etc. S'il en est ainsi, ils se portent sur la « capitale avec une vitesse de près de cinq lieues par jour € (qui me paraît extraordinaire pour de gros effectifs) ; et « quand je considère l'état de préparation de la défense, « incomplet au plus haut point malgré les énormes efforts « qui sont faits, je dois reconnaître que la ville et ses dé- « fenseurs pourraient être surpris par l'arrivée des colonnes <r ennemies dans des conditions morales et matérielles on « ne peut plus défavorables.
« Or, monsieur le ministre, pendant toute cette période, ce je n'ai reçu du gouvernement , ni verbalement ni par « écrit, ni directement ou indirectement, ni à titre confiai dentiel ou autrement , aucune communication quelconque « relative à ces mouvements de Varmée prussienne. La dé- « fense de Paris en est réduite, sur ce point qui est capital « pour elle, aux on-dit des journaux et des porteurs de ce nouvelles.
« Telle est la situation que j'ai cru devoir vous signaler ce avec toute la respectueuse déférence que je dois à votre « haute position de ministre de la guerre responsable et « président du conseil.
« Général Trochu. »
Cette lettre, qui resta sans réponse, suffirait, je pense, à caractériser l'attitude du pouvoir à l'égard du gouverneur de Paris.
Sedan et le 4 septembre 1870.
« ...Aujourd'hui, je vous affirme que, à moins « que la Providence ne change par quelque face veur spéciale le cours de vos destinées, l'édifice « où vous allez vous abriter s'écroulera sur vos « têtes et vous écrasera. »
(Lettre à mon père, du 15 décembre 1851, après le coup d'État (page 62).
De cet effondrement, que je croyais éloigné quand je l'annonçais à ma famille dans les termes que rappelle l'épigraphe ci- dessus, j'allais voir la réalisation dans un drame à la fois militaire et politique dont je n'avais prévu ni l'horreur (Sedan) ni l'invincible puissance de destruction (la journée du 4 septembre). J'en ferai connaître les effets, — ceux-là seulement qui se sont accomplis sous mes yeux, ■«r- avec la plus sincère impartialité ; mais il serait impossible de les bien saisir si leur récit n'était pas précédé de l'étude des causes qui ont déterminé l'irrésistible explosion du 4 septembre 1870.
La France, à cette période de son existence contemporaine, avait vu les révolutions de 1789, — 1792-1793, — 1795-1799, — 1804, — 1814-1815, — 1830, — 1848, — 1851-1852. Soit qu'elles fussent démocratiques, soit qu'elles fussent autocratiques, soit qu'elles fussent intermédiaires entre la démocratie et l'autocratie, elle les avait toutes acceptées, quelquefois applaudies, souvent acclamées.
A ce redoutable jeu, tous les genres de doute ou d'indifférence que peut créer le scepticisme moderne avaient remplacé dans les esprits tous les genres de foi qu'avait