‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 37 sur 148 · SEDAN ET LE 4 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

SEDAN ET LE 4 SEPTEMBRE

La journée du 4 septembre 1870, je le reconnais avec toute la sincérité de mes sentiments conservateurs, mettait le comble au désarroi du pays en greffant une révolution sur les accablantes calamités de la guerre, mais aucune force humaine n'aurait pu l'empêcher. La chute de l'empire après Sedan, je le redis, ne fut pas l'effet d'une de ces révolutions trop connues des générations parisiennes , où le gouvernement, attaqué par les foules, se défend comme il peut et succombe. Elle fut l'effet d'un transport patriotique encore plus que politique , que son affolement , sans violence à main armée, rendait irrésistible.

Personne n'attaqua, personne n'eut à se défendre. C'est que les foules qui remplissaient les rues de leurs flots roulants et l'air de leurs cris assourdissants, comptaient bien plus d'hommes hors de sens que de malintentionnés. C'est d'instinct, je pense, qu'elles se dirigèrent en masses innombrables vers le palais du corps législatif et supprimèrent, sans employer les sévices, cette assemblée qu'elles considéraient comme responsable, l'empereur disparu, des malheurs de cette guerre et de la ruine de la fortune nationale. Si la république hérita de l'empire, c'est qu'elle était présente et se porta héritière sans rencontrer l'objection, encore moins la compétition des partis, bien que les anarchistes, comme je le dirai plus loin, eussent tenté de s'établir à l'hôtel de ville et de prendre la direction des événements.

L'héritage était effrayant, et ses bénéficiaires, assurés de périr sous les ruines qu'ils allaient essayer de relever, devaient être, aux yeux des hommes d'expérience et de raison, de grands patriotes, ou des politiciens fanatiques, ou des fous. Ils étaient tout cela en effet. Ce ne fut qu'après la tempête, et quand vint l'accalmie qui succéda aux énergiques et impuissants efforts de la Défense nationale, que commencèrent les revendications des partis et des groupes

dissidents dans les partis. Elles sont arrivées aujourd'hui à un degré d'emportement et d'âpreté qui ne laisse presque aucune place à la discussion des intérêts généraux de la patrie française.

Telle est l'histoire vraie , raisonnée , philosophique , de la journée du 4 septembre 1870. En France, elle ne prévaudra pas sur les inventions intéressées et passionnées de la légende. Hors de France, elle est consacrée par le jugement du monde entier. Le monde entier sait que cette campagne de quelques jours, commencée par des revers, continuée par des défaites, terminée par l'écroulement de presque toutes les forces vives du pays et par la captivité du chef de l'État, c'était en France la condamnation, à Paris la condamnation et l'exécution de l'empire.

Et à ceux qui croient que les souverains , maîtres comme l'empereur du sort des nations, sont expressément, à ce titre, les justiciables de la Providence, je redis que la révolution du 4 septembre fut le châtiment de la solennelle tromperie qui avait inauguré la série à peu près continue des guerres de ce règne :

« L'empire, c'est la paix. »

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