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CHAPITRE VII

L'ENNEMI FORME LE BLOCUS. — LE GRAND QUARTIER GÉNÉRAL ALLEMAND A VERSAILLES. — PREMIERS ENGAGEMENTS

Nous sommes en présence de l'ennemi. Il a écrasé en quelques jours toutes les forces organisées du pays, l'armée de Metz exceptée, qu'il enveloppe et qu'attend la douloureuse destinée qu'on sait. Il a déjà fait entrer en France plus de huit cent mille hommes, il est en force partout. Nos généraux, nos officiers, nos soldats, notre matériel et nos approvisionnements de guerre sont en Allemagne.

C'est sous ces douloureux auspices, désespérés pour quiconque a le sentiment du possible et de l'impossible de la guerre moderne , que s'ouvrent le siège de Paris et les opérations des rassemblements armés de la Défense nationale. Tableau saisissant par la prodigieuse inégalité des éléments qui vont entrer dans la lutte. Les haines des partis ont obscurci ce tableau. Ils ont quelquefois décrié la lutte et .souvent les lutteurs, mais je crois que dans l'histoire universelle, sinon dans l'histoire de France, le tableau et la lutte seront grands.

Personne, je pense, ne s'attend à trouver ici un exposé de stratégie et de tactique à propos de cette guerre de plus

de quatre mois , commencée dans l'insuffisance des moyens, continuée et terminée dans les dures épreuves de la guerre civile et de la faim. Je n'hésite pas à déclarer que, tant qu'elle a duré, je n'ai eu ni une idée de stratégie, ni une idée de tactique.

Je n'avais, je l'ai dit, d'autre vue que de mettre les Allemands aux prises avec une autre Saragosse. Moralement et militairement, c'était l'unique conflit dont j'eusse les moyens, et je les avais pleinement. Quand cette laborieuse préparation et cette espérance furent rendues vaines par le parti pris d'immobilité défensive de l'ennemi , ma première conception du siège de Paris ne fut remplacée dans mon esprit par aucune autre. Mon expérience et ma conscience s'y refusaient; mon expérience, parce que j'avais fait et observé la guerre pendant la plus grande part de ma vie, que j'y avais exercé des commandements, que je savais quelle serait toujours l'issue finale d'un combat sérieux en rase campagne de nos bataillons improvisés contre les forces prussiennes ; ma conscience , parce qu'elle me défendait de sacrifier des milliers d'existences françaises , hors des cas où je m'en croirais le devoir, aux obsessions qui me pressaient d'en finir avec les Prussie?is , car beaucoup de gens en étaient là. Leur incurable chauvinisme avait résisté à la foudroyante et humiliante leçon des calamités de cette guerre.

C'est au hasard des circonstances, souvent au hasard des visées personnelles des généraux qui exerçaient le commandement sur les divers points d'un champ de bataille démesurément étendu, que se sont déroulés les événements militaires dont la légende, selon ses affinités ou ses répulsions politiques , a fait des récits que ces pages rectifient , sans prétendre, je le répète, à remplacer la légende.

Pendant le siège et depuis , j'ai été fidèle à ce principe

supérieur de commandement, qui veut que la responsabilité du chef couvre absolument la responsabilité des subordonnés. Jamais, pour répondre aux accusations ou aux injures dont j'ai été et suis encore quelquefois l'objet, je n'ai mis en cause un seul des généraux sous mes ordres, poussant le scrupule de ce devoir jusque-là, que devant la prise du Bourget, par exemple, qui fut l'un des plus inattendus revers et aussi l'un des plus grands scandales militaires du siège , je suis resté muet.

Mais quand ce livre sera lu, j'aurai été délié par la mort de l'observation des principes qui furent la loi de ma vie. Pour la première fois, avec toute la modération que je dois, mais très nettement, je montrerai comment, au milieu de l'universel désordre social, politique et militaire qui formait l'atmosphère où le drame en préparation allait s'accomplir, l'inévitable relâchement des liens de l'obédience hiérarchique dans le haut, de la discipline dans le bas, fut l'un des caractères les plus apparents et les plus inquiétants de la situation.

Les généraux chargés à l'extérieur de Paris des principaux commandements n'étaient pas comme moi dans la fournaise, aux prises avec les passions qui l'alimentaient et dont j'avais le devoir de conjurer, au moins de retarder l'explosion qui devait nous frapper, moralement, d'impuissance devant l'ennemi. De tout cela, ils n'avaient pas souci. Vivant hors des murs au milieu de leurs soldats, toujours en présence des avant-postes prussiens, toujours à la veille d'une action possible, ils lui donnaient, quand elle était engagée , les proportions et quelquefois les directions qui convenaient à leurs vues, trop souvent à leurs ambitions particulières. Tous assurément étaient animés d'un patriotisme sincère; mais tous, avec des degrés, avaient cette liberté d'allures propre aux irresponsables qui savent qu'au-dessus

d'eux Y État n'existe plus , qu'il n'y a plus d'autres lois que celles que les événements créent, que les desseins comme les volontés du commandement sont dépourvus de toute sanction gouvernementale aussi bien que de toute sanction nationale.

Ceux de ces généraux qui ont écrit sur le siège n'ont pas manqué d'établir que, si le général en chef avait adopté leurs projets ou secondé opportunément leur exécution, la défense de Paris aurait pu avoir d'autres résultats. Les gens de guerre, qui apporteront dans l'examen de la question l'impartialité à laquelle je fais appel , jugeront de la valeur de ces théories de défense par les réalités que je fais connaître.

Dès le 17 septembre, l'ennemi procédant, comme on devait s'y attendre en raison des effectifs dont il disposait , par voie d'enveloppement, se montrait un peu partout dans la banlieue de Paris. Il était en force autour de Villeneuve- Saint-Georges , où il jetait un pont sur la Seine. Il était signalé à Chelles, Montfermeil, Livry, Gonesse, Cormeille, Herblay, etc.

L'escadron des éclaireurs volontaires de la Seine aux ordres du commandant Franchetti eut, ce jour-là, l'honneur de la première rencontre avec les Allemands. En reconnaissance du côté de Créteil, il se heurtait à leurs éclaireurs, les chargeait , avait quelques volontaires blessés , quelques chevaux tués, et se repliait après avoir fait de bonnes preuves de début.

Cet escadron était composé d'une élite de jeunes hommes animés d'un très bon et très patriotique esprit. Riches pour la plupart et propriétaires de leurs chevaux qu'ils ne ménageaient pas , ils étaient très allants , entreprenants et toujours prêts à bien faire. Leur commandant Franchetti,

ancien officier de cavalerie, montrait beaucoup de dévouement et des qualités militaires qui me le firent remarquer. Après avoir activement servi pendant le siège, il devait succomber après la bataille de Champigny aux suites d'une blessure mortelle. Au souvenir particulier que j'ai voulu donner ici à l'escadron des éclaireurs volontaires de la Seine, je joins l'hommage que je dois à la mémoire de son chef tué à l'ennemi.

Combat de Chàtillon (19 septembre 1870).

J'ai dit, en discutant l'état des défenses de Paris, que le plateau de Chàtillon , qui les dominait de si près au sudouest, ne pouvait être occupé et défendu par nos troupes qu'à la condition qu'elles y eussent l'appui d'un ouvrage de fortification permanente, à l'abri d'une attaque de vive force par conséquent, et armé de canons couvrant de leurs feux les bois dangereux et les hauteurs qui le bordent ; que l'empire, au moment de la guerre, en avait ordonné la construction, dont les fondations, sortant à peine du sol, ne pouvaient être utilisées pendant les quelques jours de répit que l'invasion nous laissait.

C'est ce plateau sans défense, et que ne pouvait atteindre le canon d'aucun de nos forts, que le général Ducrot vint me proposer de disputer à l' ennemi cheminant en grandes masses vers la ville de Versailles, en lui livrant bataille avec toutes mes forces actuellement disponibles. Je m'y refusai péremptoirement, motivant ma résolution non seulement par les considérations d'ordre technique qui surabondaient , mais en faisant ressortir l'état d'insuffisance actuelle de nos

rassemblements armés, vis-à-vis des troupes allemandes régulières, entraînées au feu, en pleine possession de l'ascendant moral que crée une suite ininterrompue de victoires. Mais je reconnus qu'en les laissant se fixer, sans coup férir, sur le plateau de Châtillon, nous courions le risque de leur donner de l'étroitesse de nos moyens et des misères de notre situation une idée excessive qui grandirait leur confiance, qui surtout affaiblirait celle de nos troupes et de la population.

En conséquence, je décidais :

« Que le général Ducrot avec son corps d'armée occupe- « rait le plateau, s'avançant jusqu'au village du Plessis- « Piquet que nous allions fortifier passagèrement aussi bien « que les fermes et tous les points du plateau qui pourraient « servir de soutiens successifs à nos jeunes troupes pour la « retraite qui suivrait l'engagement ; que le village et les « hauteurs environnantes seraient la limite extrême et les « points d'appui de cet engagement ; qu'enfin après un « combat de canon , de mousqueterie si les distances le « permettaient, la retraite s'effectuerait par échelons sur « Paris, laissant à l'ennemi, qui ne pouvait nous entamer « sérieusement dans de telles conditions, une impression a qui servirait utilement les intérêts de la défense. »

Dans cet ensemble, il n'y avait rien d'héroïque, j'en conviens, rien non plus, je pense, qui ne fût logique, raisonnable, conforme à l'état de nos forces et de nos affaires. Mais le bouillant général, sans l'avouer, l'entendait autrement. Il se réservait de s'engager bien plus à fond. Il espérait battre les Allemands , rester maître du plateau et s'y établir. Dans ces vues, n'ayant en artillerie, comme tous les généraux du siège, que des pièces de divers modèles anciens, il y avait joint des pièces de 12 (gros calibre peu maniable), destinées à la défense de la redoute en terre qu'il se proposait d'élever (ce qui n'était guère praticable)

sur les commencements d'ouvrage maçonnés laissés par l'empire.

En tenant indéfiniment , avec sa vaillance ordinaire , au Plessis-Piquet , dans les fermes du plateau , partout où la résistance lui parut possible, le général Ducrot donna le temps à l'ennemi de se condenser en masses de plus en plus considérables autour de la position, de faire occuper par son infanterie les bois qui la bordaient, par son artillerie les hauteurs qui avaient des vues sur le plateau. Sous ce feu grandissant en intensité, nos jeunes soldats se troublèrent à ce point qu'un bataillon de mobiles, voyant les Allemands partout , en fusilla un autre qui arrivait en auxiliaire par un bouquet de bois que nous occupions ; à ce point encore, qu'un régiment provisoire, formé tout récemment sous l'uniforme des zouaves , se débanda , s'enfuit vers Paris et jusque dans Paris où il jeta l'alarme par d'effrayants récits ; à ce point enfin , qu'une division tout entière (de deux brigades) , qui était en réserve, jugea par ce mouvement de recul que le combat était terminé , que la retraite s'effectuait, et se replia spontanément sur Paris.

Le général Ducrot, qui avait sous la main ses meilleures troupes et de bons officiers que son exemple soutenait, prolongea quelque temps encore le combat; mais, reconnaissant l'inutilité et le péril de son effort, il ordonna la retraite et ne descendit des hauteurs de Châtillon que parmi les derniers. Il avait fallu abandonner les huit pièces de 12 restées sur l'emplacement de la redoute, à l'ennemi qui envahissait le plateau, mais n'avançait qu'avec lenteur et, fort heureusement, ne pressait pas la retraite.

Comme à mon tour je traversais l'enceinte pour monter à Châtillon , jugeant que notre combat de convention devait être en cours et que j'allais assister à une retraite en bon

ordre devant l'ennemi resté à distance, c'est à une déroute, au moins aux apparences d'une déroute, que je me heurtais.

La division qui s'était repliée, comme je l'ai dit, rentrait en ville passant les portes, sans désordre; mais je ne pouvais comprendre que la retraite des troupes fût à ce point avancée. Interrogeant le général commandant1 avec une vivacité qui se comprend , je le trouvai hors d'état de me renseigner sur les circonstances de l'engagement. Il se bornait à affirmer que tout le corps d'armée du général Ducrot se retirait.

A mon étonnement succédait peu après une vive émotion, quand j'aperçus descendant en désordre les pentes du plateau, dans la direction des portes de Vanves et d'Issy, des isolés et des groupes en fuite. Ma première impression fut que le général Ducrot, dont je demandais vainement des nouvelles, avait pu être pris ou tué. Il ne me parut pas impossible, — c'était encore un jugement à la française, — qu'au cas d'une défaite caractérisée, l'ennemi suivant de près les fuyards tentât un coup de force sur l'enceinte; et, installé dans l'un de ses bastions, je prescrivis les dispositions que comportait cette éventualité.

Dans son livre sur la défense de Paris, le général Ducrot, rapportant les instructions écrites, très détaillées, qu'il avait reçues de moi pour le combat de Châtillon, s'arrête au passage suivant qui était en effet très caractéristique de mes intentions :

« Si l'ennemi s'allongeait devant vos positions, cheminant « vers Versailles, vous pourriez tâter son flanc, mais avec « la plus grande circonspection, car en sortant de la posi-

1 L'enquête dont cet officier général (mort pendant le siège) fut l'objet amnistia sa retraite par la déclaration motivée d'un malentendu. Oui, il y avait eu un malentendu, mais il témoignait du trouble profond où étaient les esprits.

« tion défensive où vous êtes et perdant l'appui des forts , ce vous perdriez du même coup une part notable de vos (( avantages. »

Et il ajoute : Je ne fus pas de cet avis.

On ne le vit que trop, et pour qu'il ne fût pas de cet avis, il y avait deux raisons infiniment plus solides que celles qu'il en donne :

La première, c'est qu'au cours de sa belle carrière, le vaillant général, qu'il fût chef ou subordonné, n'a jamais été, notoirement, d'un autre avis que le sien.

La seconde, c'est que le rôle effacé qui consistait à tâter avec la plus grande circonspection le flanc de l'ennemi, n'allait pas à ce tempérament offensif. Le général, in petto, entendait obliger l'ennemi par l'énergie de son attaque à lui faire face, le rejeter hors du plateau et, comme je l'ai dit, y rester établi, en délivrant la défense de Paris du cauchemar des hauteurs de Châtillon (d'où devait venir plus tard une part des sévices du bombardement).

C'était tentant, personne plus que moi ne le reconnaît, mais c'était impossible. Le péril de l'entreprise et la gravité de ses conséquences étaient tels, que le combat de Châtillon , dans les proportions que le général Ducrot voulut lui donner, fut un acte de haute imprudence militaire, racheté par la grandeur des efforts qu'il fit personnellement pour en assurer le succès.

Il a encore écrit à ce sujet :

« Nos essais malheureux d'offensive semblaient donner « raison à ceux qui , comme le gouverneur de Paris , pence saient que nos jeunes troupes n'étaient ni moralement, (( ni matériellement en état de tenir en rase campagne. Je « dis semblaient ? car il est bien évident que si le gou- « verneur avait voulu nous donner le 13e corps, s'il avait « consenti, pour nous servir de son expression, à mettre

a tous ses œufs dans le même panier, afin de frapper un « coup décisif, nous aurions vu couronner de succès notre <l tentative contre les têtes de colonne prussiennes. »

A cette étonnante assertion si tristement démentie par les événements de Wissembourg, Reischoffen, Spickeren, Sedan, Borny, Rezonville, Saint-Privat (pour nos vieilles troupes) ; par l'issue finale des efforts de l'armé* de la Loire, du Nord, de l'Est et de Paris (pour nos jeunes troupes), j'oppose l'assertion suivante que je soumets avec conviction et confiance à tous les militaires compétents :

Si, selon les vues du général Ducrot, le 13e corps (alors l'unique réserve à peu près organisée de l'armée de Paris) eût été joint à celui qu'il commandait, pour le combat de Châtillon devenu une grande bataille offensive; si j'avais eu la faiblesse de céder à ses instances en mettant (comme je le lui dis en effet) tous mes œufs dans le même panier, le siège de Paris finissait là !

Je sais qu'il y a des Français qui trouveront que c'eût été bien heureux. C'est une opinion que le sentiment que j'ai de l'honneur national me défend d'examiner.

Souvenir aux morts.

Au point de vue militaire, les effets de l'insuccès du 19 septembre furent tempérés par une circonstance heureuse.

Le général Ducrot, comme on l'a vu, ne parvint à engager qu'un petit nombre de bataillons, et nos pertes, par suite, restèrent fort au-dessous de ce qu'elles pouvaient être, environ cent tués et cinq cents blessés. Parmi les premiers, quatre officiers qui payèrent de leur vie un

dévouement que je dois honorer en rappelant ici leurs noms :

Le lieutenant- colonel de Golasseau,

Le capitaine Fauveau,

Le capitaine Patriarche,

Le sous -lieutenant Lenglin.

Le général, au contraire, avait engagé son artillerie tout entière, et elle avait vaillamment combattu jusqu'à la fin. Il croyait, me dit et je publiai que les pertes de l'ennemi avaient été très considérables '.

Au point de vue de l'esprit public, ou plutôt de l'esprit des masses populaires, l'insuccès du 19 septembre eut des résultats graves. Il fut le point de départ de ces rumeurs sourdes, de ces accusations haineuses qui devaient, avec les épreuves du siège et les excitations d'une presse abominable , s'accréditer de plus en plus ; qui allaient devenir dans quelques semaines l'arme de combat des anarchistes contre le gouvernement de la Défense, contre le commandement, contre tout ce qui était ou semblait un obstacle à la démagogie indifférente aux calamités de la guerre et de l'invasion , à la présence de l'ennemi autour de Paris , aux efforts du siège.

Engagement de "Villejuiî.

Du combat de Châtillon, 19 septembre, au combat plus disputé et plus meurtrier de Chevilly, 30 septembre, divers engagements eurent lieu autour de Paris, dans la région du

1 Les rapports allemands, toujours véridiques, montrèrent postérieurement que leurs pertes avaient été d'un tiers inférieures aux nôtres.

sud et du sud- est, résultats de reconnaissances qui nous fournirent de premières données sur les dispositions d'investissement que prenait l'ennemi. Il fut acquis que sur certains points de la banlieue dont nous pouvions tenter l'occupation parce qu'ils étaient défendables, les hauteurs de Villejuif, par exemple, les Allemands n'avaient que peu de monde.

Dans cette zone, outre l'important village de Villejuif que quelques travaux pouvaient mettre à l'abri d'un coup de main, nous avions des points d'appui. D'un côté, la redoute du Moulin -Saquct, commencée avant le siège et presque achevée; de l'autre, l'ouvrage maçonné des Hautes- Bruyères commencé par l'empire, comme je l'ai dit, et dont les vues sur L'Hay, occupé par les Prussiens, et sur la vallée de la Bièvre, pouvaient être utilisées par notre artillerie. Presque toute cette zone , d'ailleurs , était à portée de coopération des forts de Bicêtre et de Montrouge.

L'ensemble de ces occupations se fit le 23 septembre. L'ennemi nous les disputa faiblement et presque exclusivement par le canon. Un bataillon allemand qui vint avant le jour se heurter à nos barricades de Villejuif, se retira fort malmené avec de grosses pertes.

Tel fut cet engagement de Villejuif qui ne nous coûta qu'un officier, le capitaine Benoît, et un peu plus de soixante tués ou blessés. Intéressant pour nous par le fait de la prise de possession de bonnes positions défensives, il nr avait en réalité aucune importance militaire. Paris en fit un beau succès, aussi déraisonnablement que du combat de Châtillon il avait fait un grand désastre. Les complimenteurs m'arrivèrent , et comme je leur montrai que leur enthousiasme était hors de propos, ils se confirmèrent et confirmèrent leurs amis les politiciens dans l'opinion que

je n'étais pas l'homme qui convenait pour mener les armées républicaines à la victoire , pour refaire Jemmapes et Valmy.

C'est ainsi que peu à peu, sans pertes appréciables, la défense put s'établir dans une succession de postes avancés dont l'ensemble formait autour de Paris la barrière à clairevoie dont j'ai déjà parlé , qui n'était pas sans quelque valeur de résistance.

Ces faciles conquêtes, suivies d'établissement, étaient bien accueillies par l'opinion. A mes yeux, elles étaient de mauvais augure pour notre avenir. Les Allemands, en ne s'y opposant que faiblement et quelquefois en ne s'y opposant pas du tout, me laissaient déjà entrevoir leur résolution de ne risquer ni l'attaque de notre zone défensive, ni l'attaque des forts de Paris, encore moins celle de son enceinte bastionnée et de ses retranchements intérieurs ; leur résolution, par conséquent, de nous enfermer dans la redoutable alternative que j'ai définie précédemment, de finir par l'émeute et par la faim, ou de risquer nous-mêmes, en portant l'offensive hors de nos lignes, l'attaque de l'armée allemande retranchée.

Pourtant, à ces dates (fin de septembre et commencement d'octobre) j'espérais encore que, ses effectifs et son matériel de siège arrivant sous Paris, l'ennemi entrerait en opérations, refoulerait nos avant-postes, ruinerait quelques-uns de nos forts et en viendrait enfin à la lutte autour de l'enceinte où je l'attendais avec une confiance entière.

Scies patriotiques.

La fièvre belliqueuse était dans tous les esprits, — je serais plus exact en disant dans toutes les têtes, — et c'est à cette époque que je vis commencer contre moi une scie

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