SCIES PATRIOTIQUES
qui devait durer autant que le siège. Des délégations de chefs de bataillon de la garde nationale (qui ne comptait alors que des bataillons), que leur notoriété républicaine ou démagogique mettait en évidence , se présentaient devant le gouvernement, lui déclarant que leurs troupes, qu'ils disaient organisées , s'indignaient de leur inaction et demandaient qu'on les menât à l'ennemi!
Aux membres du conseil, à M. Gambetta notamment, qui étaient toujours disposés à accueillir cette patriotique requête, je répondais invariablement par ce refus motivé :
Le rôle de la garde nationale, considérable et tout tracé , consiste dans la défense du rempart et des secteurs, conjointement avec la troupe, quand l'ennemi attaquera, et dans le maintien de la paix publique à l'intérieur, tant que l'ennemi n'attaquera pas.
D'autres venaient incessamment demander, — et à leur tête M. de Rochebrune, l'un des chefs de la garde nationale les plus réputés pour son exaltation patriotique et qui devait plus tard se faire tuer glorieusement à la bataille de Buzenval, — que le gouvernement déclarât solennellement la patrie en danger et proclamât la levée en masse. A quoi je ne me lassais pas de répondre :
Que tous les actes publics du gouvernement avaient déclaré la patrie en danger et que la levée en masse existait en fait, puisque toutes les armes dont l'État disposait ou qu'il avait pu recueillir étaient distribuées.
Ma double réponse, dans les deux cas, n'avait pas d'autre effet que d'achever ma réputation de tiédeur patriotique et militaire.
En conseil de gouvernement.
C'est au cours de ce mois de septembre que se produisaient, dans le gouvernement et autour du gouvernement, divers incidents dont je parlerai brièvement, en me bornant aux principaux :
1° L'entrevue à Ferrières (dont j'ai écrit ailleurs l'histoire vraie) de M. Jules Favre avec M. de Bismarck en vue de négociations pour la paix.
2° Les manifestations patriotiques dans la rue, spécialement autour de la statue de Strasbourg (place de la Concorde). Elles entretenaient une dangereuse agitation qui devint à peu près permanente , que le gouvernement voulut et ne put pas réprimer.
3° La proposition, incessamment présentée, de la suppression de la préfecture de police par le préfet de police lui-même, M. de Keratry.
Je m'arrête ici un instant sur la physionomie de ce fonctionnaire du siège, l'un des plus singuliers entre tous les personnages d'allure patriotique imprévue, avec qui les événements m'avaient mis momentanément en contact.
Je ne le connaissais que par une visite qu'il m'avait faite dans les premiers jours de septembre, pour m'exprimer le souhait de voir figurer ma signature au folio de l'état- civil de son enfant nouveau-né. Ne sachant rien de lui, j'étais très étonné et comme étourdi de l'attitude plus qu'agitée qu'il avait devant le conseil quand son mandat l'y appelait» Il n'y apportait que des nouvelles ou des avis extraordinaires, des révélations saisissantes, qui semblaient devoir aboutir aux plus graves conséquences et n'aboutissaient jamais à rien. C'est ainsi qu'il dit et répéta pendant plusieurs jours