‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 44 sur 148 · EN CONSEIL DE GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

EN CONSEIL DE GOUVERNEMENT

qu'il avait découvert dans les archives de la préfecture de police la preuve « de faits d'ordre politique et administratif « d'une si révoltante immoralité , qu'il considérait l'institu- « tion comme un abominable foyer de corruption dont il « demandait la suppression ».

Au conseil qui l'invitait à produire les pièces, à démontrer les faits gravement compromettants, disait-il, pour une foule de personnages, il n'apporta et ne démontra jamais rien. Ses révélations « de haute importance » en restèrent là. De la part du premier préfet de police du siège , ces exhibitions de « beaucoup de bruit pour rien » se succédèrent ainsi jusqu'à la plus étonnante de toutes, dont je parlerai en son temps, qui mit fin à cette singulière magistrature. Ses successeurs furent infiniment plus sérieux.

Garibaldi avait offert ses services à la république. Ses propositions , chaudement accueillies par quelques membres du conseil, notamment par M. de Rochefort, furent repoussées par la majorité des membres présents, notamment et très vivement par MM. Jules Favre et Jules Ferry. Je fis ressortir à mon tour les inconvénients certains, les périls possibles , de l'intervention de combattants étrangers dans une guerre de défense nationale. Nous ne pouvions admettre dans nos rangs aucun étranger, quel qu'il fût.

Le conseil parut se rendre à ces observations et dans tous les cas ne vota pas ce jour-là. Je n'ai aucun souvenir du retour de cette question devant lui, et je ne sais quand, comment et par qui, Garibaldi et ses gens ont été invités à entrer en France1.

1 Je supposais, quand j'écrivais ces lignes, que Garibaldi était entré en France à la faveur du désordre universel qui régnait dans le pays.

Je me trompais. Il y avait été appelé par la délégation de Tours, sur la proposition de M. Crémieux vainement combattue par l'amiral Fourichon.

Je suis dans la même ignorance au sujet d'un autre incident qui a justement ému l'opinion . L'un des ministres ayant annoncé au conseil qu'on avait découvert aux Tuileries un nombre considérable de documents politiques et privés, il fut décidé (séance du 24 septembre) qu'une commission spéciale serait formée pour leur dépouillement et leur classement. Rien de plus.

Jamais , je pense , cette question n'est revenue au conseil. Par qui et comment cette commission d'examen a-t-elle été formée ? Qui a voulu et autorisé la publication de ces documents? Je n'en sais rien.

Singulier gouvernement, a-t-on dit, et singulier chef de gouvernement ! Oui , et bien plus singuliers que ne l'imaginent leurs plus ardents détracteurs. L'Etat était une fiction, le chef de l'Etat une fiction encore plus caractérisée. Les délibérations, les discussions, les résolutions, les décrets étaient des fictions. On en vivait misérablement, au jour le jour, chacun sentant bien, sans le dire, qu'il n'y avait là qu'une réalité, une écrasante réalité : Y invasion. Pour moi, je n'en voyais pas d'autre, et à cette réalité j'appartenais en entier, impuissamment mais cordialement, sans aucun souci de tout le reste.

J'étais dès la fin de septembre, à la suite de nos premiers combats, serré de près par les demandes de décorations, et j'en pouvais prévoir le débordement futur. Je crus devoir en entretenir le conseil, et, à cette occasion , on a dit et écrit que j'avais proposé la suppression de la Légion d'honneur.

Non, je n'avais pas proposé la suppression, — désirable à mon avis, — d'une institution entrée trop profondément dans les mœurs publiques pour qu'un gouvernement sans autorité et qui avait le devoir exclusif de la défense nationale pût entreprendre une telle réforme. Mais j'avais montré en termes très vifs au conseil les déplorables abus

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