EN CONSEIL DE GOUVERNEMENT
qui avaient faussé cette institution, devenue, au civil, l'auxiliaire de toutes les politiques et un moyen de gouvernement qui avait propagé dans la société française, avec le besoin de paraître, de honteuses habitudes de sollicitation et de servilité ; dans l'armée , des appétits de convention avec des sentiments de banalité dus à la facilité avec laquelle ces récompenses s'accordaient.
a Allons-nous, avais -je dit, donner au monde, dans le « douloureux abaissement où nous sommes, le spectacle « de la dispute des décorations autour de nos foyers « envahis ? Je voudrais que l'effort de la défense nationale « fût gratuit. S'il ne peut pas l'être, que nos récompenses « soient rares, qu'elles ne soient accordées que pour d'écla- « tants services; elles seront proportionnellement honorées. « Je chercherai, quant à moi, à faire pénétrer dans l'es- « prit de mes troupes la pensée qu'une citation, qui sera « difficile à obtenir, à l'ordre de l'armée de Paris est un « titre d'honneur au-dessus de tous les autres, d
J'avais conclu en demandant que le gouvernement décidât par décret que les décorations ne seraient accordées, en nombre infiniment restreint, qu'à des mérites militaires supérieurs et bien constatés ; que les noms des décorés ou médaillés ne figureraient qu'à l'ordre du jour du groupe auquel ils appartiendraient, procédé restreint et tout militaire de publicité qui ne propagerait pas la contagion.
Telle était restée , à travers cinq générations et autant de révolutions autoritaires ou démocratiques, la force de la création impériale, que le gouvernement républicain de 1870 recula devant ces propositions assurément fort tempérées ! Comme, peu après (17 octobre), dans une instruction1, — ■
1 J'avais adressé aux généraux de l'armée de Paris l'instruction suivante qui fut rendue publique :
« Je suis absolument résolu à faire cesser les vieux errements origi-
qui resta sans effet , — je traçais aux généraux de l'armée de Paris les règles dont ils devaient s'inspirer pour réaliser dans leur sphère les vues que je viens d'exposer, tous m'apportèrent des observations qui leur étaient contraires.
Nous étions loin du temps où les généraux de la première république ne réclamaient pour leurs soldats que des distributions régulières de vivres :
ce Pas de pain , pas de lapins. Pas de lapins , pas de victoires. »
<( naires de la guerre d'Afrique, qui consistent à citer après chaque
engagement une foule de noms, à commencer par ceux des généraux,
à finir par ceux de quelques soldats. Ce système a créé la banalité
dans un ordre de principes , de sentiments et de faits qui devraient
garder une haute valeur aux yeux des troupes comme aux yeux du
« pays, et qui sont Tune des bases de l'état moral des armées.
« Je veux qu'une citation à l'ordre de l'armée de Paris soit une
t< récompense qui prime toutes les autres , qui soit enviée par les plus
t< haut placés comme par les plus humbles défenseurs de la capitale.
t( Nous avons à faire pénétrer dans l'esprit de nos officiers et de nos
« soldats cette grande pensée dont les monarchies n'ont pas voulu et
« que la république doit consacrer : que l'opinion seule peut récom-
« penser dignement le sacrifice de la vie.
« Dans ces vues, vous m'adresserez pour les combats des 19 et
« 30 septembre et du 13 octobre une liste de quarante noms, sans plus.
<( Et rappelez -vous que si la notoriété publique militaire ne ratifie pas
ii un à un les choix que vous allez faire , vous aurez gravement com-
« promis votre responsabilité devant moi et gravement compromis le
« grand principe que je veux faire prévaloir.
« Que vos investigations soient lentes et sûres , qu'elles descendent
« jusqu'aux derniers échelons de la hiérarchie, qu'elles soient contrô-
(( lécs sévèrement, que ce soit une enquête d'honneur faite avec le
« temps et la maturité nécessaires. Les titres antérieurs doivent s'efla-
« ccr devant les titres spéciaux que le combat a créés et qui font
« ressortir des individualités qu'il est de notre devoir d'honorer publi-
« quement et de montrer aux troupes comme un encouragement et
« comme un exemple.
« Paris, le 17 octobre 1870.
« Le Gouverneur de Paris,
« Général Trochu. »
Les généraux de la troisième république , sans parler de victoires, déclaraient que les croix, médailles et revenus joints, étaient des stimulants indispensables aux soldats de la Défense nationale. Nous avions fait du chemin dans le sens du positivisme patriotique !
Toutes les armées delà Défense, les réguliers, les irréguliers, les notables des populations envahies, ont donné au pays le spectacle que je prévoyais , d'une compétition infiniment plus ardente que décente autour des décorations. Si je me suis étendu sur ce sujet, c'est que l'insuccès, je pourrais dire la déroute, des vues que j'avais exprimées devant le gouvernement et devant l'armée de Paris fut , entre toutes les déceptions que mes espérances devaient rencontrer dans la tâche que j'avais assumée, l'une des premières.
A côté du patriotisme désintéressé, obscur, qui ne se montrait pas, j'allais voir à l'œuvre le patriotisme « donnant donnant », qui s'affichait avec le plus d'éclat qu'il pouvait. Et comme, dans ce temps -là, avec une confiance que m'inspirait l'excès des malheurs qui châtiaient nos erreurs et nos fautes, je croyais à une grande réforme des institutions nationales et des mœurs publiques, j'eus le pressentiment que ma croyance était un rêve.
Combat de Clievilly (30 septembre 1870).
Le combat de Chevilly-L'Hay-Thiais devait inaugurer brillamment, quant à l'effort des troupes, douloureusement, quant à leurs pertes et aux résultats obtenus, la série des luttes que les circonstances allaient nous conduire à engager avec l'ennemi. Ce fut le général Vinoy, commandant le
13e corps, qui mena l'entreprise. De cet officier général, du 13e corps et des circonstances qui donnèrent lieu au combat de Chevilly, je dirai quelques mots.
Originaire du rang, d'une instruction générale et militaire limitée, d'une portée d'esprit ordinaire, mais doué de beaucoup de finesse sous des apparences un peu lourdes, le général Vinoy avait été à l'armée d'Afrique un très bon officier de troupes, et, par l'effet des guerres qui suivirent, il avait honorablement atteint les sommets de la hiérarchie.
En 1870, arrivé avec son corps d'armée sur le théâtre des opérations pour y apprendre nos désastres, il se décidait sagement à se soustraire à leurs conséquences, en battant en retraite sur Paris. Dès qu'il sut que ses éclaireurs avaient aperçu ceux de l'ennemi, il marcha rapidement en arrière, sans être inquiété, jusqu'à la ligne ferrée dont il n'était qu'à quelques lieues, et y embarqua ses troupes et son matériel.
Un journaliste qui suivait son quartier général, évoquant à cette occasion le souvenir des grandes retraites de l'histoire, celle de Prague -Egra dans les temps modernes, celle des Dix Mille dans l'antiquité (des bords du Tigre aux rives du Bosphore de Constantinople), détermina dans la presse une véritable explosion admirative. D'abord qualifié d'éminent , puis d'illustre , le général Vinoy arriva tout à coup devant le gouvernement de la Défense et devant l'opinion à une haute renommée militaire.
Personne ne s'avisa d'examiner, de comparer, de considérer que le maréchal de Belle-Isle, dans sa retraite de quarante lieues, était entouré; que Xénophon, dans sa retraite de trois cents lieues à travers toute l'Asie Mineure, avait à la fois sur les bras l'ennemi et les populations ; que surtout ni l'un ni l'autre n'eurent à leur disposition , pour réaliser
leurs périlleuses entreprises, une inépuisable série de wagons (des trois classes) cheminant paisiblement à la vapeur loin, de plus en plus loin de l'ennemi...
Déplorable manie française qui nous conduit à surfaire les personnes après les choses, et à substituer les puériles satisfactions de la vanité nationale aux réalités, aux dures leçons de la guerre, au milieu même de ces réalités et de ces leçons !
J'ai déjà dit que le 13e corps, que le général Vinoy allait mener à l'ennemi, était le dernier formé par l'empire après l'épuisement de toutes les réserves instruites, avec les disponibilités qu'on avait pu recueillir dans les dépôts. Il se composait de régiments de marche, de constitution fort mêlée en officiers, en sous -officiers et en soldats, troupes sans cohésion, sans esprit de corps, et dont l'instruction professionnelle était tout à fait sommaire ; mais elles avaient beaucoup de bon vouloir et assez de discipline au milieu de l'indiscipline universelle.
Le 13e corps n'avait pas vu l'ennemi (en dehors de quelques échappés de Sedan qui l'avaient trop vu), mais il avait voyagé en chemin de fer, un peu marché, un peu bivouaqué. Il offrait un certain ensemble auquel j'avais beaucoup ajouté en lui adjoignant la brigade venue de Rome (35e et 42e de ligne, mes deux uniques régiments réguliers) , brillamment commandée, comme je l'ai dit, par le général Guilhem. Il m'était donc permis d'espérer que le 13e corps abordât vigoureusement l'ennemi.
Cette espérance ne fut pas trompée, mais l'événement vint péniblement confirmer les vues, différentes de celles de plusieurs de mes collaborateurs, que j'avais sur la puissance relative des moyens de l'assiégé et des moyens de l'assiégeant.
Quelques jours avant l'engagement, le général Vinoy vint me demander, dans l'esprit de prouesse plus patriotique que sensé qui régnait alors, l'autorisation de faire sur Choisyle-Roi, qu'il ne croyait occupé que par des troupes de landwher, un pointe dont il déclarait V exécution facile. Il s'agissait de marcher rapidement vers l'objectif et de s'y établir de manière à obliger l'ennemi à élargir l'investissement après avoir détruit le pont qu'il avait jeté là sur la Seine.
Devant cet inconcevable programme d'oj)érations, je restai, aussi bien que mon chef d'état-major le général Schmitz , présent à cet entretien, frappé d'étonnement. Quoi! faire une telle marche en avant de nos lignes, hors de portée de toute assistance, vers un point sans aucune valeur pour nous, où nous ne pourrions pas tenir un instant, après avoir détruit un pont qui serait rétabli une heure après notre retraite ! Faire cette marche par des voies que commandaient, que barraient en quelque sorte Thiais, Chevilly, L'Hay, occupés par l'infanterie et par l'artillerie prussiennes !
Il se peut y dis -je au général Vinoy, que, contre les probabilités et parce que tout arrive à la guerre, . vous alliez par surprise à Choisy-le-Roi, mais que vous en reveniez, c'est ce que je nie absolument.
Gomme le général m'objectait qu'il était pénible de ne pas utiliser la confiance et l'ardeur dont ses troupes, presque régulières, se montraient animées :
« Oh ! lui dis-je encore, je suis disposé à mettre à l'éjDreuve « cette confiance et cette ardeur, non pas dans une marche « sur Choisy-le-Roi, mais dans une opération qui, bien que « chanceuse , me paraît possible parce qu'elle ne nous éloigne « pas de nos lignes et qu'en cas d'insuccès , notre retour « sera protégé et facile.
« Ce sera une reconnaissance offensive dans la môme
« direction, mais qui aura pour objectifs L'Hay, Chevilly et « Thiais. Elle nous fera connaître , quoi qu'il arrive, la force « de l'ennemi que nous avons devant nous et comment il <r est établi dans ces positions. J'y emploierai tout votre « corps d'armée. Sa. marche en avant sera flanquée à droite, (( et à gauche sur l'autre rive de la Seine , par des troupes « qui occuperont les forces allemandes dont l'intervention « latérale pourrait vous compromettre. De plus, vos troupes « ne se mettront en mouvement qu'après qu'un feu très « vif d'artillerie, dirigé de nos positions sur celles de l'ent nemi qui sont à portée de nos coups, aura préparé leur « action. Vous arrêterez à l'avance toutes les dispositions « nécessaires pour que leur retraite s'effectue sans désordre, « si les événements tournent contre nous. »
La veille du combat, j'avais employé toute l'après-midi à l'étude des positions allemandes , avec l'aide d'une lunette très grossissante qui m'avait cependant laissé incertain sur la nature des défenses que nos troupes allaient y rencontrer. Un habitant très intelligent du village de Rungis (en arrière et à proximité de L'Hay, Chevilly et Thiais) vint me dire que les Allemands , depuis qu'ils occupaient ces trois villages, n'avaient pas cessé de travailler à leur défense, et que, dans le pays , on croyait qu'ils avaient spécialement réuni leurs efforts sur celui de Chevilly, centre des positions qui couvraient leur grande communication militaire de Choisy-le- Roi à Versailles par la route nationale.
Cet avis me préoccupa vivement. Faisant appeler le général Vinoy pour en conférer avec lui, je lui montrai :
« Qu'attaquant à peu près simultanément les trois villages « selon nos projets arrêtés, si notre attaque de droite « échouait sur L'Hay, notre attaque du centre sur Chevilly « solidement défendu serait absolument compromise ; qu'au « contraire, si nous enlevions d'abord L'Hay, qui était
« à portée de canon de Chevilly, l'entreprise de notre
(( colonne du centre sur cette dernière position serait moins,
« beaucoup moins chanceuse, et que sa réussite faciliterait à
« son tour l'attaque de notre colonne de gauche sur Thiais ,
« ces trois villages s'échelonnant devant nous sur une ligne
« oblique à de courtes distances entre eux ; que , par con-
« séquent, il convenait de substituer à nos attaques simul-
« tanées , des attaques successives , les dernières ne devant
« avoir lieu que si la première (sur L'Hay) réussissait. »
Comme pour le combat de Châtillon , je dirai encore ici que ce raisonnement et ces vues n'avaient , j'en conviens, rien d'héroïque, et je sais qu'ils parurent timides à plusieurs des officiers qui m'écoutaient. Le général Vinoy, si confiant qu'il fût, n'y fit pas dans tous les cas assez d'objections pour que je pusse croire qu'il n'en tiendrait pas compte.
Soit que ses ordres antérieurs n'eussent pas été modifiés en temps utile, c'est-à-dire dans la soirée même et dans la nuit; soit que ses troupes, en effet, très animées, se fussent laissé emporter en avant, les colonnes d'attaque débouchèrent presque simultanément de nos lignes après le grand feu d'artillerie dont j'avais prescrit l'exécution.
Quand celle du centre (brigade Guilhem) vint se heurter aux défenses de Chevilly, celle de droite (brigade Dumoulin) était arrêtée par les défenses de L'Hay, celle de gauche (brigade Biaise) était arrêtée par les défenses de Thiais, et la retraite de ces deux colonnes, inévitable après d'infructueuses attaques et de grandes pertes, allait découvrir les flancs de la brigade Guilhem et la laisser sans appui.
Quand je dis que nos troupes furent arrêtées par les défenses des trois villages, j'emploie une formule militaire qui est bien loin de donner la mesure des efforts qu'elles firent pour les enlever. Ceux de la brigade Guilhem, en-
traînée par son vaillant général qui trouva là une mort glorieuse, furent extraordinaires et lui auraient mérité, dans d'autres temps, l'admiration et la gratitude du pays.
Le 3Se régiment (colonel de la Mariouse)1, franchissant sous le feu tous les obstacles accumulés devant lui, pénétra jusqu'au centre du village et s'y maintint longtemps au prix de cruels sacrifices, donnant des preuves de constance et de bravoure auxquelles s'associa, avec des sacrifices moins douloureux, son compagnon de brigade et d'attaque le 42e régiment. Les Allemands leur rendirent hommage, en nous remettant, avec des honneurs militaires inaccoutumés, le cercueil du regretté général Guilhem mortellement frappé au milieu d'eux2.
Je ne puis m'empêcher de reproduire ici une réflexion que j'ai déjà faite. Que n'aurait pu tenter la défense de Paris si, au lieu des soldats improvisés qui formaient ses innombrables milices , elle avait disposé d'une armée faite comme la brigade Guilhem dont les deux régiments, incessamment
1 Le colonel de la Mariouse, officier d'un rare mérite et d'une grande modestie , atteint par la limite d'âge dans le grade de général de brigade, était une espérance pour l'armée. La république ne l'a pas jugé assez républicain pour en faire un divisionnaire. Dans ma retraite, j'ai été outré de cette erreur gouvernementale et de ce déni de justice contre lequel je ne pouvais rien.
2 Guilhem fut le premier officier général de l'armée de Paris tué à l'ennemi pendant le siège, et ce douloureux événement fit une impression profonde.
Je relève dans les journaux du temps les paroles qu'entouré de mes généraux sous mes ordres, je prononçai sur sa dépouille mortelle (l'un des interminables discours, sans doute, que me prête la légende) :
« A l'heure présente, l'appareil de la mort n'a rien qui doive nous ac- « câbler. C'est là qu'avec notre devoir à tous, est l'avenir qui attend « beaucoup d'entre nous.
« Les discours de tradition et de convention seraient ici déplacés. <' Je ne dirai que quelques mots devant le cercueil du général Guilhem. « Il a bien vécu , il a bien servi son pays , il est mort en soldat donnant « un grand exemple. Je le recommande à votre souvenir. »
décimés par le feu, furent jusqu'à la fin du siège les premiers à la peine et qui, dans mon souvenir fidèle, sont restés les premiers à l'honneur !
Si, selon mes intentions, le général Vinoy eût opéré par voie d'attaques successives, le succès eût-il été acquis à l'entreprise? Je suis loin de l'affirmer. Ce qui est démontré, c'est que les pertes considérables qu'il subit eussent été infiniment moindres, résultat de haute importance et que du commencement à la fin du siège de Paris j'ai cherché à obtenir, autant que l'ont permis les conditions de plus en plus difficiles et périlleuses de la lutte à outrance où nous étions engagés.
Souvenir aux morts.
Nos pertes, en y comprenant celles (très peu importantes) du général d'Exéa qui fît le même jour, en exécution de mes ordres , pour occuper l'ennemi , une diversion sérieuse sur la rive droite de la Seine (combat de Notre -Dame- des- Mèches), s'élevèrent à un peu plus de deux mille hommes (officiers et hommes de troupe tués ou blessés).
Je ne dispose dans ma retraite que d'un petit nombre de documents officiels, mais j'ai gardé le nécrologe des officiers qui ont payé de leur vie, pendant le siège, leur dévouement au pays. Je fais à leurs noms, dans ces récits vrais, la place que ne leur a pas réservée la légende inspirée par des passions qui excluent l'examen attentif des faits et le souci de la justice distributive.
Le général Guilhem.
Les chefs de bataillon Benedetti ,
Aubry.
Les capitaines Durand ,
Guyot ,
Les capitaines Gharrière ,
Laurent ,
Rameaux.
Les lieutenants Esbaupin ,
Marignier,
Gagneur,
Nicard.
Les sous -lieutenants Vincent,
Roussel ,
Tourné ,
Paulinier,
Ghauvet ,
Desty,
Aubert ,
de Gastries.
Dans ces combats du 30 septembre, les 9e et 12e régiments de marche furent directement engagés et firent, eux aussi , des pertes considérables , dans un début qui fut dur et mérita d'être remarqué. J'en dirai autant d'un bataillon des mobiles de la Côte -d'Or, qui virent le feu d'assez près pour en souffrir gravement et inaugurèrent honorablement, tout constitués de la veille qu'ils fussent, la ferme attitude que devaient avoir pendant le siège les soldats improvisés de ce département.
Le combat de Chevilly, où les meilleurs contingents de l'armée de Paris avaient donné avec une énergie qui pour quelques-uns avait été jusqu'à la plus valeureuse opiniâtreté, était une fois de plus pour moi la confirmation des vues que j'ai déjà exprimées sur le possible et l'impossible des entreprises que l'avenir du siège nous réservait. Le possible, avec la probabilité raisonnée du succès, c'était, je le redis encore, la bataille sur nos lignes successives de défense
attaquées par l'ennemi. L'impossible , c'était la bataille contre l'ennemi retranché dans les siennes. S'il n'attaquait pas, c'est contre l'impossible qu'il faudrait lutter, hors Paris, jusqu'à l'extinction de nos forces.
Je commençai, dans un douloureux état d'esprit que j'avais le devoir de ne révéler à personne, à me préparer à cet effort qui devait durer encore près de quatre mois.
Quant au public, aux foules et à la presse déjà violente qui les excitait, ils ne virent dans le combat de Chevilly, comme dans celui de Châtillon, qu'une marque de l'insuffisance directrice. Il fut décidément admis qu'à sortir quelquefois et rentrer toujours, se bornaient le savoir-faire et le ressort du commandement militaire, alors qu'il avait le mandat et les moyens de chasser les Allemands après les avoir battus...