LES ÉVÉNE3IENTS POLITIQUES ET MILITAIRES D'OCTOBRE
C'est dans le courant d'octobre, second mois du siège, surtout à la fin de ce mois, que se dessinèrent d'abord la gravité et bientôt l'horreur de la situation que la démagogie de Paris, — nationale et internationale, — nous préparait.
Jusque-là, les progrès de l'ennemi depuis le désastre de Sedan, l'anxiété des esprits par suite de l'établissement du blocus et du refoulement violent dans Paris d'une grande part des populations suburbaines, les émotions de nos premiers combats, le deuil des morts, les sollicitudes qui s'agitaient autour des blessés déjà très nombreux, avaient entretenu dans le public l'illusion du concert patriotique de tous les partis en face du péril commun.
Les mêmes causes avaient entretenu dans le gouvernement une sorte d'unité de vues et d'action. Ses politiciens, les moins et les plus avancés, disputaient à huis clos pour aboutir à des concessions réciproques, à des résolutions qui, bien que témoignant de la faiblesse du pouvoir aux yeux des clairvoyants, la déguisaient assez aux yeux de la foule pour que le gouvernement parût exister et diriger.
Cet équilibre relatif de l'état des esprits dans le public et cet accord apparent des membres du gouvernement entre
eux, devaient bientôt disparaître devant les événements qu'allaient exploiter les partis politicpies par la presse, les partis anarchiques. par la presse et par l'action à main armée.
Paris avait déjà parmi les anarchistes un groupe de sans patrie qui n'affichaient pas comme aujourd'hui l'impiété de leurs négations antifrançaises , ' mais qui agissaient, entraînant à leur suite quelques démagogues inconscients. Ce furent eux qui mirent à néant, par l'attentat du 31 octobre, les négociations déjà avancées que M. Thiers , d'accord avec le gouvernement , suivait à Versailles pour un armistice (avec faculté de ravitaillement de Paris) dont le but était la convocation d'une Assemblée nationale appelée à délibérer sur la situation et à statuer.
M. Picard, membre du gouvernement et ministre des finances, dont j'ai déjà eu l'occasion de faire ressortir les mérites et de louer les tendances conservatrices, se montrait sceptique quant aux résultats du siège. Il me mit sur ce point au pied du mur, dans l'une de nos premières séances d'octobre, en me sommant de dire nettement ce que j'espérais, au point de vue militaire, de la redoutable épreuve à laquelle nous soumettions Paris et les grands intérêts qu'il représentait.
M. Picard aurait montré plus de prudence gouvernementale en s'abstenant de m' obliger à une déclaration qui ne pouvait manquer d'être connue et commentée au dehors; mais je ne crus pas devoir reculer devant les effets possibles de la situation . qu'il me faisait, et je lui répondis :
« Pas plus que vous je ne puis prévoir l'avenir qui nous « attend, mais je vous dirai sans aucun déguisement le « sentiment que j'en ai. Nous battrons l'ennemi autant de « fois qu'il nous attaquera dans nos retranchements, en