‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 49 sur 148 · PREMIÈRES MANIFESTATIONS DÉMAGOGIQUES · texte numérisé non relu

PREMIÈRES MANIFESTATIONS DÉMAGOGIQUES

cris confus. La plupart m'avaient vu déboucher par la rue de Rivoli; un silence relatif s'était fait, et je sentis l'impossibilité morale où j'étais de me replier. Mon cheval au petit pas, je pénétrai, en l'interrogeant, cette foule dont les groupes périmétriques , s'ouvrant devant moi, m'accueillirent chaleureusement, comme satisfaits de la confiance que je montrais.

Mais quand j'arrivai au groupe du centre formé des quelques centaines d'anarchistes qui menaient l'affaire , des clameurs violentes m'assourdirent. Il y eut des cris de : Vive la Commune! immédiatement couverts par les cris de : A bas la Commune ! et ce fut un vacarme. Le commandant en chef de la garde nationale, qui avait mis en mouvement plusieurs de ses bataillons, arrivait à son tour sur la place de l'Hôtel- de -Ville. C'était le général Tamisier, ancien officier d'artillerie, connu pour l'ancienneté et la sincérité de ses convictions républicaines, dévoué, déférent, excellent homme, déjà pesant et un peu étonné devant le redoutable commandement auquel l'avait appelé la confiance de ses coreligionnaires.

L'un de ses bataillons, aux ordres de Maurice Bixio, fds d'Alexandre Bixio, l'un des hommes les plus considérables et les plus généreux qu'eût comptés autrefois dans ses rangs le parti républicain, prit immédiatement attitude devant l'Hôtel de Ville qu'il couvrait, pendant que les autres bataillons occupaient la place. Les manifestants se dispersèrent devant eux et la journée finit là.

Pour le public, c'était beaucoup de bruit pour rien. Pour moi, ce rien était douloureusement caractéristique. Il montrait que le sentiment de M. de Bismarck : Nous viendrons à bout de Paris par V émeute, était juste, et que le sentiment du gouvernement de la Défense : L'ennemi attend la sédition, il l'attendra toujours, était faux.

Pseudo- pourparlers américains.

C'est dans les premiers jours d'octobre (avant le départ de M. Gambetta) que deux personnages américains, le général Burnside et le colonel Forbes, venant du quartier général allemand, se présentaient à nos avant-postes, demandant l'entrée dans Paris. Ils étaient, disaient-ils, porteurs de communications de leur gouvernement pour le ministre américain à Paris, M. Washburne.

Les États-Unis d'Amérique avaient reconnu la république française; mais leur représentant à Paris ne semblait pas favorable à l'effort de la Défense nationale, et leur ministre à Berlin s'était nettement et publiquement montré hostile à la France dès la déclaration de guerre. La majorité du conseil, et M. Gambetta très vivement, avaient exprimé l'opinion qu'il convenait d'éconduire ces étrangers. Je fus d'un avis contraire, motivé par le sentiment qu'un officier américain de la notoriété du général Burnside ne pouvait avoir de mauvaises intentions, et par la conviction qu'alors même qu'il en aurait, ses rapports au quartier général allemand n'ajouteraient rien à ce que l'ennemi apprenait tous les jours par les mille émissaires, très sûrs et très informés, qu'il avait parmi nous.

Ils restèrent plusieurs jours à Paris, s'y promenant librement , conduits sur le terrain militaire , quand ils le souhaitaient, par un officier d'ordonnance du général Schmitz, le comte d'Hérisson1, fort intelligent, très Parisien, parlant

1 C'est le comte d'Hérisson qui a publié sur le siège de Paris (Journal d'un officier d'ordonnance) un livre humoristique, original et plein de verve , où la vérité , l'imagination et même l'invention ont chacune leur part.

Ce livre, très amusant et fort lu, servira mieux la légende que l'his-

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