‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 5 sur 148 · LA GUERRE AUSTRO-PRUSSIENNE — SADOWA · texte numérisé non relu

LA GUERRE AUSTRO-PRUSSIENNE — SADOWA

sacrée à la refonte de nos institutions militaires, dont le gouvernement impérial devait méconnaître le besoin, — fussent appliquées à la préparation du combat pour la vie! Mais le gouvernement de la France et la France elle-même avaient sur les yeux l'épais bandeau du chauvinisme napoléonien qui, leur laissant voir ces grands événements, leur cachait les audaces du plan de domination politique et militaire qui les avait voulus, — aussi bien que la redoutable puissance de l'instrument de guerre qui venait de les produire.

La victoire de Sadowa (de Koniggratz pour les Prussiens) différait essentiellement , par la grandeur de ses résultats immédiats, de nos victoires de Magenta et de Solférino, qui furent d'un effet moral considérable , mais dont le dommage pour l'armée autrichienne s'était à peu près réduit à l'abandon forcé des positions qu'elle occupait devant nous. A Sadowa, elle laissait entre les mains de l'ennemi vingt mille prisonniers , cent quatre-vingts bouches à feu, onze drapeaux et la plus grande part de son matériel de transport. Plus de dix mille de ses morts et de ses blessés restaient sur le champ de bataille. Elle était irréparablement désorganisée.

La soudaineté, l'intensité, la portée actuelle et ultérieure de ces événements extraordinaires devaient déplacer en Europe l'axe du monde politique, achever la rupture du vieil équilibre qu'avait déjà fortement ébranlé notre guerre de 1859 en Italie, et introduire dans la vie des nations, par l'adoption généralisée du service obligatoire et par la transformation corrélative des voies et moyens de la guerre , une révolution dont toutes les conséquences sociales , politiques et militaires, ne se révéleront qu'avec le temps.

C'est une loi de tradition , pour toutes les nations qui ont

une armée, que la guerre ne puisse se faire autour d'elles sans que des rassemblements de troupes, formés en corps d'observation à titre d'en-cas, ne reçoivent la mission d'en surveiller les phases et les suites.

La Russie , au moment où la guerre austro- prussienne éclatait, n'avait pas manqué de se donner cette sûreté. La France, qui, sous le gouvernement de Juillet, au temps de la guerre intestine des cristinos et des carlistes en Espagne, dont assurément les conséquences ne menaçaient pas sa sécurité, avait mis au service de ce droit d'observation deux divisions d'infanterie; qui après la révolution de 1848, au temps de la lutte du roi de Piémont Charles -Albert contre l'occupation autrichienne en Lombardie, avait réuni au pied des Alpes et dans la vallée du Rhône une armée de soixante-dix mille hommes, s'abstint absolument en 1866 devant la grande levée de boucliers qui se faisait à sa frontière de l'est !

Absolument et systématiquement , car l'empereur choisit ce moment de crise pour prescrire, — c'était la première mesure de ce genre qu'il eût décidée depuis son avènement, — une réduction partielle des cadres de l'infanterie, partielle aussi, mais plus étendue, des cadres de l'artillerie.

Ce fut comme un gage donné à la Prusse , qui put , en toute sécurité, dégarnir de troupes et de matériel les territoires et les places où la présence de quatre -vingt mille soldats français postés l'arme au pied entre Strasbourg et Metz l'eût forcée de laisser une armée entière.

Ce parti pris d'aveuglement ne peut s'expliquer que par la pensée où se complaisait secrètement l'empereur, que les deux grandes puissances militaires , luttant à forces égales ' , allaient s'épuiser en efforts qui dureraient longtemps et les

1 C'était en France l'opinion générale, commune au public, à l'armée et officiellement professée dans nos écoles militaires, que la vieille armée autrichienne formée, comme la nôtre, de soldats faits, était

réduiraient à un état d'affaissement militaire et budgétaire auquel il devrait d'avoir dans l'avenir, au profit de la France et sans lui avoir fait porter le poids accablant d'une nouvelle guerre, un rôle presque omnipotent dans les arbitrages qui mettraient fin au conflit. C'était là un calcul de pure théorie conjecturale, une sorte de rêverie politique et militaire, résultat de l'ignorance où était l'empereur, avec la France à peu près tout entière, de la valeur respective des facultés et des moyens que les deux gouvernements engagés dans la guerre allaient mettre en œuvre.

La commission impériale de réorganisation de l'armée.

La catastrophe éclatant au milieu de l'Europe confondue, l'aveuglement d'après ne fut pas moindre en France que l'aveuglement d'avant.

Au point de vue politique, ses hommes d'État, à bout de diplomatie, non pas d'audace, pour déguiser le désarroi de leurs déplorables combinaisons, s'efforcèrent de prouver au pays que cet effrayant déplacement de puissance ne menaçait pas sa fortune1.

Au point de vue militaire, ses hommes de guerre, revenus d'un instant de stupéfaction, retrouvèrent leur équilibre avec leur dévotion à la légende napoléonienne :

un instrument de guerre très supérieur à la jeune armée prussienne composée de soldats qui ne faisaient que passer sous le drapeau. Ils sont plus nombreux, disait-on, mais ils valent moins !

1 Discours du premier ministre, M. Rouher, à la tribune du corps législatif.

Une nouvelle lutte avec l'Europe coalisée, il conviendrait d'y regarder, mais un duel avec la Prusse!...

C'est ainsi qu'ils raisonnaient et que je les entendis raisonner au cours d'une réception militaire officielle au palais des Tuileries, puis réunis autour de l'empereur présidant une c haute commission de réorganisation de l'armée », dont après la campagne de Sadowa, et malgré son apparente sécurité, il avait prescrit la formation.

Dans leur esprit, l'armée française gardait son ascendant traditionnel sur les autres armées de l'Europe, et les avertissements de la campagne de Sadowa ne devaient pas Témouvoir. Mais ils lui conseillaient de modifier la loi de recrutement et lui créaient l'obligation de substituer sans délai, dans l'armement de l'infanterie, le fusil à tir rapide au fusil à tir intermittent.

Deux membres de cette commission, — le prince Napoléon était l'un de ceux-là et j'étais l'autre, — soutenaient ce que les enseignements de la guerre austro -prussienne « avaient une bien plus haute portée ; qu'ils montraient à « la France et à l'Europe entière que non seulement les « vieilles méthodes en fait de luttes entre les armées, mais « les vieux principes et les vieilles croyances en fait d'ins- « titutions militaires, étaient à remplacer par d'autres; « que la France restée fidèle à ces méthodes , principes et « croyances, parce qu'elle en avait été longtemps bien servie, ce était expressément menacée par cette métamorphose des ce choses de la guerre, et qu'elle rencontrait l'impérieuse « nécessité, non pas d'une transformation, mais d'une « révolution militaire qui exigeait le recueillement, le « temps et de grands efforts auxquels il fallait associer « l'opinion et le pays1. »

1 Le prince Napoléon alla jusqu'à montrer la nécessité de l'adoption immédiate du service obligatoire, que je conseillais également, mais pour un avenir auquel je jugeais qu'il fallait d'abord préparer le pays.

Non seulement ces idées, considérées comme des rêveries qu'inspirait l'esprit de contradiction et d'opposition, ne prévalurent pas, mais elles furent supprimées. Après de confuses et interminables discussions dont on jugeait que la durée et l'insuccès étaient dus à cette opposition tenace et incommode , l'officier général qui la représentait ne reçut plus de convocation. Je cessai donc, sans qu'on m'en avertît, de faire partie de la haute commission, et quand le journal officiel de l'empire fit connaître avec quelque solennité au pays le projet qu'il déclarait le résultat des résolutions unanimes de cette assemblée, c'était, au moins en ce qui concernait l'un de ses membres, une tromperie peu digne d'un gouvernement.

Je ne ressentis pas l'injure, mais je crus que le patriotisme et l'honneur me défendaient de rester officiellement associé à cette œuvre et de subir la solidarité que m'imposait une telle violence morale. C'est alors que pour m'y soustraire, résumant les observations que j'avais faites depuis trente ans dans l'armée, je publiai le livre : l'Armée française en 1867, qui impressionna l'opinion et révolta le gouvernement et la cour. Telle fut l'origine, inconnue jusqu'à présent, de cette étude hâtée, incomplète, insuffisante, parce qu'elle n'avait pas été éclairée par les événements de 1870, bien plus probants que ceux de 1866. Elle était, telle quelle, l'expression mesurée, sincère, douloureuse, de prévisions qui vouèrent l'auteur, serviteur fidèle du pays et du gouvernement du pays , pour le reste de sa vie , à la haine des hommes dont les prévisions contraires firent la catastrophe de 1870.

Par cette publication dont j'imaginais, dans ma bonne foi, que la hardiesse provoquerait la réflexion des hommes de gouvernement, je voulais contribuer selon mes forces à la réalisation de cette pensée qui formait la conclusion

du livre et qui en résumait toute la discussion et toutes les propositions :

Que la France, satisfaite de la grande situation qu'elle a dans le monde, s'appuie dans sa force sans arrièrepensée, sur son épée remise au fourreau, consacrant des années de paix à la réforme de ses institutions militaires et à la réorganisation de son armée.

C'est qu'en effet, ces grands travaux de réformation sont exclusivement l'œuvre des longues paix. Pour en étudier et en trouver les principes, pour en fixer les règles, pour les faire pénétrer dans l'esprit public et dans les mœurs , pour les perfectionner graduellement à l'aide des expériences qu'on fait et des expériences que font les autres, il faut beaucoup d'efforts et beaucoup de temps.

C'était donc, préalablement aux réformes dont j'indiquais le but et les moyens, la paix que je demandais en 1867. Ne m'est-il pas permis de dire aujourd'hui que si l'empire, que ses fanatiques m'accusent, en me qualifiant de « général-rhéteur », d'avoir renversé, s'était laissé convaincre par ma rhétorique, il serait encore debout et la France avec lui?

Pour convaincre le gouvernement, le pays, l'armée, je leur montrais dans ce livre :

Premièrement, qu'ils s'étaient endormis dans la contemplation du passé, vivant sur des traditions glorieuses, mais vieillies, qui n'étaient plus en rapport avec les institutions militaires élargies et renouvelées ; avec les effectifs quadruplés; avec les longs, minutieux et continuels efforts de préparation; avec V énergique ressort et avec la vitesse des mouvements des troupes; avec les manœuvres simplifiées; avec les perfectionnements mécaniques qui étaient les exigences absolues de la guerre contemporaine ;

Secondement, que la Prusse, au contraire, par soixante ans de travaux commencés au lendemain de ses désastres

d'autrefois, longuement étudiés, patiemment poursuivis pendant une période presque égale de paix, soutenus par l'esprit public et par le tempérament militaire national, avait réalisé la plupart de ces desiderata de la guerre ;

Troisièmement, que la Prusse, assurée par les résultats en quelque sorte foudroyants de sa lutte contre l'Autriche,

— dont les forces militaires avaient été jugées jusque-là les plus consistantes de l'Europe après celles de la France,

— qu'elle disposait d'institutions militaires et d'une armée supérieures, était en possession d'une puissance morale et matérielle à laquelle il ne pouvait être sage et il devait être périlleux de se heurter sans examen, sans des efforts de transformation et de préparation équivalents à ceux qu'elle avait faits elle-même..

Je le demande aux hommes de bonne foi et de jugement impartial, quels mobiles autres que la sollicitude de l'intérêt public, la conviction d'un péril national, le sentiment d'un grand devoir, pouvaient inspirer à un officier général en activité de service, et, par son âge en pleine carrière, une discussion si compromettante pour lui?

Au cours de « cet exposé des motifs » , tendant à prouver le besoin pour notre pays d'une paix durable, je faisais justice en passant, au profit du vaincu de Sadowa, de l'opinion invariablement admise par la foule , que les grandes victoires sont toujours dues à la capacité supérieure des généraux victorieux, les grandes défaites à l'insuffisance des généraux vaincus. Si haut que soit, à la guerre, le rôle des hommes qui la conduisent, il ne vient, sur l'échelle graduée des causes du succès, qu'après le rôle des gouvernements qui la préparent.

L'Etat autrichien n'était pas préparé à ce redoutable choc. Il l'était si peu, que sa vieille et solide infanterie ne put opposer, de Turnau à Sadowa, à la jeune infanterie

prussienne , armée depuis quinze ans du fusil à tir rapide et à longue portée, que l'arme à tir intermittent et à courte portée des anciens jours, accablante condition d'infériorité qui suffisait, presque à elle seule, à expliquer l'irrésistible marche en avant et les succès ininterrompus des masses prussiennes. L'esprit rempli de ces réflexions, j'écrivais dans l'Armée française en 1867 :

<r Un général, — le général Benedeck , — qui avait a vieilli dans le service et dans l'estime de son pays, que « l'opinion publique faisait le premier la veille , qu'elle faite sait le dernier le lendemain , porte seul aujourd'hui, dans <r une retraite obscure et raillée, le poids de ce grand « désastre. A l'envi, l'opinion et le gouvernement l'ace câblent. Dussé-je rester seul devant tous, avec d'inébrancc labiés convictions , je protesterai contre ces jugements « sans examen, qui ne sont ni équitables ni judicieux, et « qui abaissent la dignité des armes dans l'esprit des a peuples. Ils ont pour but de déguiser et ils révèlent, <c à mon avis, l'incurable faiblesse des pouvoirs publics., « incapables d'assumer la part de responsabilité qui leur « appartient par l'insuffisance de la préparation; capables, « pour se soustraire à cette responsabilité, d'en faire re- « tomber tout le poids sur les généraux des armées, en les <r abandonnant aux colères ou aux dédains de la multitude. »

De la sincérité et de la portée de ces convictions qu'à cette époque j'allais exprimant partout, un témoignage singulier s'est produit en 1872 devant la justice, qui peut-être mérite d'être rappelé ici. Le comte de Maillé, membre de l'Assemblée nationale, à l'occasion des diffamations dont j'avais été l'objet après les événements de 1870-1871 et dont j'avais demandé la répression aux tribunaux, faisait la déposition suivante devant le jury de la Seine :

a A la lin de l'année 1866, discutant chez moi avec <r plusieurs de mes amis sur la campagne de Sadowa, le « général Trochu défendit avec beaucoup de chaleur le « général autrichien Benedeck. Après la conversation, je « lui demandai pourquoi il plaidait cette cause avec tant « d'ardeur. 11 me répondit :

« — Je l'ai défendu comme il faudra défendre un jour tous « les généraux français. Oui, un jour nous serons tous des « Benedeck, victimes de la détestable organisation militaire « de notre pays. » Et le comte de Maillé termina sa déposiez tion en disant : Je ne connais pas de plus douloureuse « prophétie que celle-là l. »

Les Prussiens, qui jugent les choses militaires avec une clairvoyance pratique que le chauvinisme , bien qu'ils en aient un, n'obscurcit jamais, ne se sont pas trompés sur la nature et sur la valeur des circonstances auxquelles ils ont dû principalement, non pas uniquement, la sûreté et la rapidité du succès de leur entreprise. Il faut, disent-ils dans une relation de la campagne de Sadowa qui a été remarquée parmi nous :

Chercher les causes de la catastrophe dans les erreurs de l'État.

J'achèverai de caractériser mes sombres pressentiments et l'état d'esprit où j'étais quand j'écrivis V Armée française en 1867, en rappelant ici un dernier document qui fut produit, au cours du procès en diffamation dont j'ai parlé plus haut, par les héritiers du docteur Philippe, ancien médecin principal de l'armée d'Afrique, attaché en cette qualité au quartier général et à la personne du maréchal Bugeaud,

1 Extrait du compte rendu sténo-graphique du procès que j'avais fait au journal le Figaro.

comme je l'étais moi-même à titre d'aide de camp. Le docteur Philippe était un grand homme de bien , un philosophe , un sage ; il avait au plus haut point la confiance et l'affection du maréchal et de ses officiers. En retraite à Bordeaux, il lut mon livre et m'en écrivit. Je lui répondais :

« Paris, 26 avril 1867.

« Cher vieil ami, merci de votre bonne lettre, merci de ce votre affectueuse approbation.

ce Mon livre comprend des principes et des sentiments ce que je crois absolument indiscutables, et des proposiez tions de fait qui sont, au contraire, discutables. De cellesci: ci, je ne demande pas l'adoption, mais l'examen.

« Par malheur, l'État ne veut pas admettre que les prince cipes soient la base obligée de toutes les institutions. Il ce n'admet pas davantage l'examen et la discussion des « faits. Et voilà pourquoi notre pays se trouve acculé, au « dedans comme au dehors, à d'inextricables difficultés <r qui sont ou seront, avant peu, de grands périls.

« Mon livre blessera les exploitants, mais il encouragera <r les honnêtes gens et relèvera les âmes. Et puis, si la ce maison s'écroule, il faudra la rebâtir. J'aurai fourni des d matériaux aux générations à venir qui voudront refaire x une armée nationale.

ce J'ai cinquante -deux ans et dix -huit campagnes de <r guerre , je succombe sous les revers et sous les charges « de famille. Il m'a semblé que ma carrière, à son déclin, « s'honorerait par un respectueux, réservé, mais ferme d exposé des vérités militaires, morales et conservatrices <r qu'on méconnaît. Et j'ai voulu mettre le tout sous la « tutelle du dernier des grands soldats, des grands profes- « seurs de guerre que notre pays ait eus, de celui-là qui ce dort aux Invalides et à qui nous devons tout ce que nous

<r sommes, comme tout ce que nous savons (le maréchal « Bugeaud).

« Que Dieu conserve vos chères santés et vous continue, <r au milieu des tempêtes prochaines, la paix où vous êtes.

« Général Trochu. »

Par une succession de faits choisis entre beaucoup, commençant avec les premiers jours de l'empire, continués jusqu'à l'approche de ses derniers jours, attestés par des documents authentiques déjà livrés à la publicité dans d'autres circonstances et dans d'autres temps, j'ai montré :

1° Que de tout temps j'avais eu la pensée, et qu'à dater de Sadowa j'avais eu la conviction que ce gouvernement périrait par la guerre ;

2° Que j'ai fait, pour empêcher la guerre, ou au moins pour qu'elle fût préparée par la réforme des institutions militaires et par la réorganisation de l'armée , tout ce que pouvait faire une individualité perdue dans la foule française, mais qui avait , sur le terrain des armes , une situation relativement autorisée.

On ne me rendrait pas justice si, de cette démonstration à présent faite , on inférait que j'ai voulu , par elle , prétendre au prophète et me donner la misérable satisfaction de prou» ver que, sous l'empire, j'avais mieux jugé que la plupart de mes contemporains. Non, j'ai eu, en posant ces prémisses, un but plus avouable, j'oserai dire plus digne. Elles préparent l'explication, non pas la justification à laquelle je ne descendrai pas, de l'acte de ma vie publique où j'ai mis tout ce qui était en moi de résolution et d'abnégation, en assumant , quand l'empire s'écroulait sur la France envahie, les écrasantes responsabilités d'une cause sans espoir, alors qu'au temps de l'omnipotence impériale, j'avais systématiquement décliné toute participation responsable à la conduite des affaires militaires.

La déclaration de guerre à la Prusse.

Les événements se pressaient. L'abandon par la Prusse de la candidature Hohenzollern au trône espagnol avait donné à notre pays la fausse joie de la paix. Mais la cour impériale, plus encore que l'empereur, voulait la guerre. Là, deux partis, en état de dissentiment sans conflit, se trouvaient en présence.

Le parti (en minorité) des sages, groupés autour de l'empereur vieilli, atteint d'un commencement d'invalidité, et qui sans doute avait gardé le souvenir de ses angoisses des premières heures à Magenta et à Solférino , inclinait à la consolidation du présent par la paix et par l'octroi de quelques-unes des libertés nécessaires.

Le parti (en majorité) des ardents groupés autour de l'impératrice, très ardente elle-même et en possession dans l'État d'une influence devenue considérable, voyait dans une guerre terminée par d'éclatants succès qui ne faisaient pas doute, le gage de raffermissement, au profit du prince impérial , d'un avenir que le réveil des oppositions politiques dans le pays semblait mettre en péril.

A la dernière heure, le parti des ardents l'emporta, et par des exigences nouvelles autant qu'imprévues, la politique impériale, qui avait d'abord paru satisfaite des concessions que la politique prussienne lui avait faites, rendit la guerre inévitable.

Les armées se mobilisèrent : en France bruyamment , dans une confusion qui allait jusqu'au désordre çà et là le plus alarmant, les effectifs insuffisants ne se constituant qu'avec peine, signes précurseurs du destin au-devant duquel, en chantant la Marseillaise et criant : s A Berlin ! » nous allions

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