‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 55 sur 148 · M. ADAM. — REFLEXIONS SUR LA SITUATION · texte numérisé non relu

M. ADAM. — REFLEXIONS SUR LA SITUATION

M. Adam. — Réflexions sur la situation.

M. Adam, coreligionnaire politique des membres du gouvernement, avait remplacé à la préfecture de police M. de Kératry, qui n'était, je pense, qu'un républicain d'occasion. Simple d'attitude, avec une bonne physionomie et des manières cordiales, le nouveau préfet paraissait connu de tous mes collègues, et il était lié avec plusieurs. Très au courant, assuraient -ils, des visées de la démagogie dans Paris, mûri par l'âge et par l'expérience des affaires, il conduirait bien celles dont la direction lui était confiée. Enfin il était riche , condition propre à réveiller , à un certain degré comme à un certain moment, ses instincts conservateurs. Il me parut que M. Adam serait pour le gouvernement un auxiliaire utile, mais qu'il ne pourrait rien changer au fond de la situation que j'ai cherché à définir jusqu'ici et que je résume en quelques mots :

« Impuissant par son origine, par ses divergences de « vues, par le passé politique de quelques-uns de ses « membres , par l'absence dans Paris de toute force publique « et de police sur laquelle il pût s'appuyer, le gouverne- « ment de la Défense commençait à voir se dresser devant « lui l'effort de la plus redoutable agglomération déma- (( gogique qui soit en Europe.

« D'autre part, sans préparation effective de guerre, « sans armée constituée, il avait à lutter contre l'armée « allemande, victorieuse partout, maîtresse des chemins « de fer qui lui versaient à flots les hommes et le matériel, ce moyens d'action auxquels elle paraissait résolue à joindre « l'investissement immobilisé qui affame et qui révo- « lutionne. »

Oui, c'était une lutte désespérée, une lutte pour l'hon-

neur. Et au milieu de ce concours véritablement unique de menaces, de périls et d'épreuves, qui faisait naître dans tous les rangs d'admirables exemples de dévouement et d'abnégation patriotiques, la vanité et le charlatanisme du terroir avaient, on Fa vu, leur représentation et leur action.

L'ensemble offrait des contrastes si violents et si impressionnants, que je m'étoime de finir dans ma paisible retraite de Tours au lieu de finir aux Petites -Maisons.

Combats de Baçjneux, Clamart, Châtillon.

(13 octobre 1870.)

Ces événements intérieurs, et les discussions presque toujours vaines qu'ils motivaient, m'occupaient la nuit à l'Hôtel de Ville. Le jour, j'étais tout entier à la Défense, et, à dater du 9 octobre, des renseignements d'origine diffé rente et qui concordaient entre eux m'apprirent que l'ennemi formait des rassemblements considérables au sud de Paris et semblait se préparer à une attaque sérieuse.

J'y crus, peut-être parce que je la souhaitais ardemment et aussi parce que j'avais dans cette partie de mon périmètre défensif un point qu'il était de tradition de considérer comme faible, la pénétration de la vallée de la Bièvre. Enfin, mon esprit travaillant sur cette espérance, je me rappelai que l'anniversaire de la bataille d'Iéna (14 octobre) approchait et j'arrivai à me persuader que les Prussiens avaient choisi ce jour -là pour faire un grand effort sur le front sud de Paris.

J'adressai au général Vinoy, commandant sur les lieux,

Page 1