‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 67 sur 148 · LES DEMISSIONS APRES L'INSURRECTION · texte numérisé non relu

LES DEMISSIONS APRES L'INSURRECTION

prendre fait et cause pour l'ennemi du dedans qui venait de se joindre, contre le gouvernement de la Défense, à l'ennemi du dehors.

Sincèrement, cordialement pourrais -je dire, je leur soumettais ces réflexions , sans prétendre au professorat patriotique, et en usant uniquement du privilège que je tenais de mon âge devant ces jeunes. Ils les accueillaient avec déférence sans les combattre directement, en me donnant à entendre qu'ils avaient, pour se retirer, des raisons qui étaient hors de ma compétence jugée par eux, je suppose, exclusivement militaire.

Ces raisons, je ne les apercevais que trop, c'étaient des raisons politiques , commandées par des exigences de situation dans le parti auquel appartenaient mes interlocuteurs ; mais cet échange entre eux et moi, dans les circonstances de péril public où il avait lieu, m'avait profondément attristé, Il m'apportait de nouveau la preuve et me confirmait dans l'opinion qui déjà me tourmentait depuis longtemps, qu'en France les suggestions de la politique en tout sens l'emporteraient désormais sur les principes, sur les sentiments, sur les considérations d'intérêt général, même dans l'esprit d'hommes distingués par la culture et par le savoir.

Les événements qui se succèdent depuis dix-sept ans dans le pays ont achevé la démonstration de cet irréparable désordre social, et on s'expliquera que j'aie fait une place dans ces récits à l'incident caractéristique que je viens de rapporter. -

Questions de politique et d'affaires discutées en conseil.

Des premiers aux derniers jours de novembre, date des grands efforts que, assurés de n'être pas attaqués dans nos formidable lignes de défenses, nous allions être contraints de porter hors de Paris en attaquant l'ennemi dans les siennes, les discussions du conseil n'eurent qu'un faible intérêt. Beaucoup avaient cependant pour objet des questions de haute importance , mais l'impuissance du gouvernement assiégé à résoudre celles qui ne concernaient pas exclusivement Paris était manifeste. Tout se bornait à des échanges, quelquefois à des luttes d'opinion , qui aboutissaient à des décrets , à des proclamations , à des notes diplomatiques , jamais à des actes capables d'influence effective sur la succession inéluctable des événements.

Non seulement le gouvernement assiégé ne pouvait rien, mais il ne savait rien. La délégation de Tours, qui n'était pas assiégée, qui par les télégraphes et par les postes était en communication avec toute la France non envahie, au sein de laquelle M. Gambetta avait pris une situation entièrement prépondérante et même absolument directrice, ne renseignait guère Paris, elle agissait.

En réalité, par l'irrésistible force des choses, les rôles étaient intervertis, et c'est le gouvernement de Paris qui était comme la délégation du gouvernement de Tours. Il ne s'y résignait qu'à demi et il avait tort. Non seulement il n'était pas possible qu'il en fût autrement , mais l'intérêt de l'entreprise extraordinaire que la province préparait, bien que dépendant expressément de la durée de notre résistance dans Paris assiégé, voulait que la province encore libre fût

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