QUESTIONS DISCUTÉES EN CONSEIL
maîtresse du choix de ses moyens d'action comme de son action même.
Il y eut un conseil d'interminables , rétrospectifs et stériles débats sur la question de l'armistice avec ou sans ravitaillement de Paris, et sur la question des élections pour une assemblée nationale avec ou sans armistice. Je soutenais, j'en ai dit les raisons, que l'armistice sans ravitaillement, c'était la fin de toute résistance, et que les élections sans armistice , dans le pays envahi jusqu'à la capitale , se heurteraient à des impossibilités morales et matérielles invincibles. MM. J. Simon, J. Favre et Picard, bien qu'ils fussent hommes de gouvernement, avaient quelque peine à se rendre à ces raisonnements qu'ils trouvaient, je pense, plus militaires que politiques, M. Picard surtout, resté très sceptique à l'égard du siège et de ses conséquences; mais finalement l'unanimité du conseil les admit.
Au sujet de la rupture des négociations pour l'armistice qu'avaient proposé les puissances neutres, le ministre des affaires étrangères adressait le 7 novembre à nos agents diplomatiques une note circulaire qui était l'exposé sans emphase, non pas sans élévation, de l'impossibilité patriotique et morale où était le gouvernement de la Défense d'accepter les conditions qu'y mettait la Prusse. Ce document, qui fait honneur à M. Jules Favre, était vrai, sincère, et montrait clairement que nos adversaires s'opposaient virtuellement à l'armistice et aux élections.
De la délégation de Tours, dans les premiers jours de novembre , point de nouvelles , mais le public en avait. On savait dans Paris qu'elle rendait décret sur décret et décision sur décision pour la création des armées provinciales et pour leur organisation; qu'elle contractait des emprunts
en France et en Angleterre; quelle donnait à l'Algérie une constitution nouvelle avec un gouvernement civil dont le titulaire, enfermé avec nous dans Paris, était M. Didier, procureur de la réj ublique !
Était-ce que les pigeons de quelques particuliers remplissaient mieux leur office que les pigeons de l'Etat , service dont l'organisation était encore rudimentaire ? Etait-ce, comme l'exprimaient quelques membres du conseil , que la délégation de Tours entendait se soustraire au contrôle du gouvernement central ou même , — l'un d'eux émit cette opinion singulière , — agir contre lui?
M. Picard, ministre des finances, était particulièrement excité, montrant que ses responsabilités étaient gravement engagées dans cette inquiétante question des emprunts dont il ignorait les conditions.
ce Considérez, mon cher collègue, lui disais-je en souriant, que les responsabilités, nous ne les comptons plus. »
Mais il ne s'apaisait pas, et, revenant à plusieurs reprises sur son thème, il demanda au gouvernement et en obtint une déclaration qui le couvrait.
En fait, c'était la quasi- dictature de M. Gambetta qui s'affirmait de plus en plus par l'ascendant que son ardent patriotisme , que sa foi républicaine dans la légende de 92 , que l'incontestable supériorité de ses facultés , lui avaient donné sur la délégation et sur tous ses auxiliaires. Est-ce que d'ailleurs, quand l'ennemi est partout pressant l'achèvement de son œuvre, on peut concerter des actes de gouvernement ou des opérations de guerre par voie de ballons et de pigeons? Enfin et pour tout dire, quoi de surprenant, si les moyens de communication n'avaient pas manqué , que le gouvernement n'eût pu s'entendre avec sa délégation de Tours, quand ses membres réunis autour de la table du