QUESTIONS DISCUTÉES EN CONSEIL
conseil , au milieu d'événements si redoutables , avaient tant de peine à s'entendre entre eux !
Devrais -je rapporter ici les discussions du conseil sur la constitution de la garde nationale mobilisée et sédentaire ; sur le péril croissant des réunions publiques, des clubs, des habitudes d'ivrognerie ; sur la publication des images et caricatures immondes; sur la question capitale des approvisionnements de la ville qui diminuaient sensiblement; sur l'organisation des services de la boulangerie et de la boucherie ; sur le rationnement du pain , de la viande , des liquides , du gaz ; sur la réquisition des pommes de terre , etc., etc.?
Qui accorderait à l'heure où j'écris (1887), à plus forte raison quand après moi ce livre sera lu, quelque attention à toutes ces questions qui allaient avec le temps devenir si pressantes, être entourées de tant d'incertitudes, d'anxiétés, de périls sans cesse renaissants?
Pourtant, être engagé avec des centaines de mille hommes, — je ne dis pas de soldats, — dans une lutte inégale, pour l'honneur du pays ; être engagé en même temps avec plus de deux millions d'êtres humains , l'émeute menaçant , dans une lutte de plus en plus douloureuse pour le pain de chaque jour , c'est une situation dont la grandeur et les tourments méritaient peut-être d'autres juges que ceux qu'elle a rencontrés.
La situation militaire en novembre.
L'insurrection du 31 octobre et ses suites , l'espèce de plébiscite auquel elle avait donné lieu, la lassitude des esprits à tous les étages de la population , avait créé dans Paris une accalmie relative dont le mois de novembre allait bénéficier. Mais si, dans cette période d'attente, les événements politiques parisiens n'eurent qu'une importance médiocre, celle des événements militaires fut assez considérable pour m'obliger, comme on le verra plus loin, à changer du jour à Vautre et du tout au tout l'orientation des opérations de guerre qu'avaient préparées à Paris plus de deux mois de travaux opiniâtres. J'ai dit ailleurs avec quel patriotique dévouement les officiers, les soldats, les services publics, les ateliers industriels, les corporations, la population, s'y étaient appliqués.
Ces efforts continus avaient produit dès la première quinzaine de novembre, — en dehors de notre défensive depuis longtemps arrivée à la perfection, — des résultats d'organisation militaire proprement dite que je suis autorisé, n'y ayant participé que de très loin, à qualifier d'extraordinaire. L'honneur en revenait à tous , expressément à la capacité spéciale, au labeur infatigable du général Schmitz, du général Foy et de leurs dévoués auxiliaires de l'état -major général.
Ces résultats , c'étaient :
1° La constitution de trois armées dont on trouvera plus loin le tableau sommaire;
2° Le complet achèvement de la préparation de notre grande entreprise de sortie vers la mer, par la vallée de la basse Seine, avec une élite de quarante mille hommes portée en dernier lieu à cinquante mille, sous le comman-