‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 7 sur 148 · LA DÉCLARATION DE GUERRE A LA PRUSSE · texte numérisé non relu

LA DÉCLARATION DE GUERRE A LA PRUSSE

ce désigner, sous les ordres de celui de mes collègues, « quelque nouveau qu'il puisse être dans son grade, qui <r en aura le commandement, d

« Veuillez agréer, monsieur le maréchal, l'hommage de « mon respect.

« Général Trochu. d

Pseudo- craintes de guerre avec l'Espagne. — Le maréchal Le Bœuf.

Revenu à Paris le 15 juillet, j'étais, dès le lendemain, chez le ministre de la guerre, qui me reçut très cordialement.

ce En ne vous voyant pas, me dit -il, sur nos listes de commandement pour cette guerre, vous vous êtes ému et cru en disgrâce. Vous êtes, au contraire, l'objet d'un choix particulier pour une mission dont l'importance est telle à mes yeux, que je l'aurais réservée à un maréchal de France, si tous les maréchaux , d'ordre de l'empereur, n'étaient employés à la grande armée du Rhin.

€ Sachez que l'Espagne, s'entêtant dans ses vues sur le prince de Hohenzollern , médite de s'allier à la Prusse et prépare, pour le moment où toutes nos forces seront engagées contre les armées allemandes, l'invasion de nos provinces du sud, où je vais réunir une armée de quatre-vingt mille à cent mille hommes. C'est à vous que le commandement en sera confié. Votre quartier général, au centre de la région pyrénéenne à défendre, sera à Toulouse, où j'ai laissé le général Schmitz qui sera votre chef d'état -major général. »

'étais frappé de stupéfaction. Personne, jusque-là, n'avait

dit, personne n'avait ouï dire que la Prusse eût négocié l'alliance de l'Espagne en vue de la guerre qui allait s'ouvrir ; encore moins que l'Espagne, alors fort occupée chez elle, eût promis ou seulement offert à la Prusse son concours contre nous. Et puis, si le gouvernement de l'empereur croyait sérieusement à cette éventualité infiniment grave, comment , par des ordres donnés sans aucun mystère , avaitil prescrit à tous les régiments de notre région sud, en ce moment en marche vers le nord, de venir prendre leur place dans les armées en formation contre les Allemands? A cette objection décisive, le ministre, quelque peu embarrassé, répondit que l'impérieuse nécessité de réunir de gros effectifs vers Test pour les premiers chocs offensifs qui allaient se produire , avait dû l'emporter sur toute autre considération d'ordre défensif, mais que des dispositions étaient prises pour que quatre-vingt mille à cent mille mobiles fussent concentrés dans la région pyrénéenne , et qu'il s'en rapportait à mon expérience d'organisateur pour les mettre promptement en état de tenir la campagne.

Cette réponse du maréchal Le Bœuf, si courtoise qu'elle fût, me fixait définitivement sur la réalité de la guerre contre l'Espagne, comme sur la réalité de la grande mission dont me chargeait la confiance du gouvernement de l'empereur. La mission était évidemment imaginaire, et jamais, en effet, cette armée de mobiles ne fut constituée, même sur le papier, à titre d'en-cas. Je n'en entrai pas moins, à dater de ce jour et en attendant ma nomination qui ne parut jamais, en échanges officieux de vues avec mon futur chef d'état-major général, le général Schmitz, à Toulouse, échanges où, au sujet de l'entreprise, nous ne pouvions nous dissimuler notre commune incrédulité.

Si des circonstances singulières et entièrement inconnues, je pense, que je viens d'exposer, on inférait qu'elle sont

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