‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 71 sur 148 · COMBAT DE COULMIERS ET REPRISE D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

COMBAT DE COULMIERS ET REPRISE D'ORLÉANS

Le combat de Coulmiers et la reprise d'Orléans. — Leurs effets sur l'état des esprits à Paris, sur le présent et l'avenir du siège.

Le 14 novembre, avec une proclamation très courte mais exaltée de M. Jules Favre, les habitants et l'armée de Paris lisaient au Journal officiel et affichée aux portes de toutes les mairies la dépêche suivante (apportée par pigeon) de M. Gambetta :

« L'armée de la Loire, sous les ordres du général d'Au- « relies, s'est emparée hier d'Orléans,, après une lutte de « deux jours. Nos pertes, tant en tués qu'en blessés, <( n'atteignent pas deux mille hommes. Celles de l'ennemi « sont plus considérables. Nous avons fait plus d'un millier « de prisonniers et leur nombre augmente par la poursuite.

« Nous nous sommes emparés de deux canons modèle « prussien, de plus de vingt caissons de munitions attelés « et d'une grande quantité de fourgons et voitures d'appro- « visionnement.

« La principale action s'est concentrée autour de Coul- « miers, dans la journée du 9. L'élan des troupes a été « remarquable malgré le mauvais temps.

« Tours, le 11 novembre 1870. »

Gomment, aujourd'hui, pourrais -je exprimer l'intensité des émotions, l'explosion des joies, l'étendue des espérances que fit naître dans Paris ce coup de clairon victorieux? .'..-..

Les armées de province existaient ! Elles pouvaient combattre les Allemands ! Elles pouvaient les battre ! Tous les doutes qui tourmentaient les esprits s'évanouissaient à la

fois. Le général d'Aur elles était un capitaine et un héros ! Par une déduction comparative qui était naturelle, les armées de Paris semblaient inférieures ; et comme , dans celles-ci et dans celles-là, la vaillance bien connue des soldats français était nécessairement la même , c'était à l'insuffisance du commandement dans Paris qu'était due l'incertitude de la situation militaire.

L'événement de Coulmiers eut d'autres effets bien plus graves.

Il fut le point de départ d'une succession d'instances de M. Gambetta, toutes très vives, quelques-unes malsonnantes pour moi, qui annonçaient incessamment la marche vers Paris de l'armée de la Loire qu'il croyait, de bonne foi, victorieuse ou à la veille de l'être, et demandaient que l'armée de Paris fît une sortie dans cette direction pour leur donner la main et achever les Allemands.

Militairement, ce thème était un rêve pour moi, qui savais ce que pèsent en rase campagne, dans la guerre moderne, en dehors de quelques succès de fortune partiels et momentanés, des rassemblements hâtivement formés, devant des troupes très solidement constituées, entraînées, portant en elles l'animation, la confiance, et servies par le prestige d'extraordinaires victoires. Mais le thème de M. Gambetta , tel qu'il était , devenait patriotiquement obligatoire , et il y aurait eu forfaiture, non seulement au jugement de l'opinion , mais au jugement du gouvernement de la Défense , à ne pas répondre, comme disait M. Jules Favre, au généreux effort de la province.

Pour y répondre, il fallait renoncer au plan de sortie vers V ouest, dont les préparatifs, aussi ardemment que

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