‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 72 sur 148 · M. RANG · texte numérisé non relu

M. RANG

secrètement menés, allaient permettre l'exécution vers le 20 novembre.

Il fallait renoncer du même coup à faire usage de l'importante agglomération de moyens que nous n'avions cessé de réunir à l'ouest de Paris, en vue de cette opération (les ponts volants, dix-huit batteries de position puissamment armées, etc., travail de jour et de nuit de tout un mois).

Il fallait enfin, en quelques jours, décupler et transporter les uns (les ponts de bateaux), construire et armer les autres (les batteries de position), à l'est de Paris, pour effectuer et protéger la sortie de tout ce que l'armée assiégée, marchant au-devant de l'armée de la Loire, comptait de plus régulièrement constitué !

Je ne crois pas rencontrer de contradicteurs parmi les hommes en état de juger les choses de la guerre pour l'avoir faite sous les responsabilités du commandement, en affirmant que le problème militaire inattendu dont les événements m'apportaient le devoir de chercher et d'improviser la solution, n'était pas de ceux que, même avec l'activité, la hardiesse et la confiance que montrait M. Gambetta, on pouvait prétendre mener à bonne fin sans l'assistance d'un coup de fortune impossible.

M. Ranc.

Je fais ici une place à un incident caractéristique des temps où nous sommes, qui se rattache à l'avortement de notre plan de sortie dans la direction de Rouen.

J'ai dit qu'en raison de l'expérience que nous avions faite de l'inconcevable exactitude des renseignements militaires que les agents de l'ennemi recueillaient parmi nous et lui transmettaient, le secret de notre opération vers l'ouest avait été étroitement circonscrit entre le gouverneur de

Paris, le chef d'état-major général chargé des détails de la préparation, le général Ducrot , chargé de l'exécution, et les deux officiers qui étaient mes secrétaires intimes. Pas un membre du gouvernement n'en avait eu communication.

Pourtant, dans la première quinzaine d'octobre, le dénouement n'étant plus très éloigné, je crus qu'il était de convenance gouvernementale que M. Jules Favre, vice-président de la Défense nationale , sûr par son caractère et par son âge, fût informé de nos résolutions. J'achevais de les lui expliquer dans leurs détails qu'il avait écoutés avec un vif contentement, quand m'interrompant :

« Avez -vous prévenu Gambetta avant son départ pour Tours ?

— Non , assurément ; ni lui , ni personne en dehors des cinq officiers dépositaires du secret de notre préparation, vous excepté à dater d'aujourd'hui.

— Il me semble que c'est regrettable. Soyez sûr que, fait comme il est, Gambetta va prendre en province la haute direction des affaires. Est-ce que, pour votre hasardeuse entreprise, le concours des troupes qui se forment à Tours ne vous serait pas utile ?

— Il nous serait très utile ; mais je ne crois pas que l'organisation des armées de province soit aussi avancée que l'organisation des nôtres à Paris1. Et puis, je n'ai pas eu un seul instant la pensée de considérer notre délégué à Tours comme un mandataire militaire.

— Il réunira tous les mandats. Je persiste à croire qu'en lui faisant connaître votre plan , avec la place qu'il y pourrait prendre, vous agiriez sagement.

— Mais je ne peux pas lui en écrire. Nous nous sommes engagés, le général Ducrot, le général Schmitz et moi, h ne jamais rien écrire, sous aucune forme, qui pût laisser sur le papier trace de notre projet.

1 En quoi je me trompais absolument, je le reconnais.

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