‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 74 sur 148 · M. RANC · texte numérisé non relu

M. RANC

appel, et elle qualifiait son abstention de refus de concours!

Est-ce que de ce concours je pouvais faire une obligation à M. Gambetta , ne sachant rien de l'état de ses armées en formation , rien des événements qui le pressaient , rien de la situation de l'ennemi et des progrès de l'invasion? Je me bornais à lui donner un avis , à lui en expliquer l'importance par M. Ranc, mon porte- parole, mais à l'avance je tenais M. Gambetta pour absous s'il s'abstenait.

La commission d'enquête, pour l'accabler, manquait à la raison et à la justice. M. Ranc, pour le défendre, manquait à la vérité. Et pourquoi ai -je exposé ici ces deux manquements dont, jusqu'à présent, je ne me suis jamais plaint?

C'est que ce rapprochement de l'accusation à tout prix et de la justification à tout prix met une fois de plus en évidence l'irréparable désordre qui, à la suite des calamités de la guerre, s'était emparé de tous les esprits dans tous les partis. Ils avaient adopté et ils ont gardé ce principe qu'on retrouve à l'origine de toutes les décadences historiques :

<r Périssent la vérité, l'équité, les personnes et les choses, « plutôt que la politique qui est en cause et que les intérêts « qu'elle sert. »

C'est à l'école de ce déplorable tribunal (la commission d'enquête), école de discorde, d'intolérance, de représailles politiques, de panégyriques et de dénigrements intéressés, admis aux honneurs de la publicité parlementaire, que se sont formées les générations qui, par l'éligibilité et par l'électorat, président aujourd'hui ou présideront demain aux destinées de la France

Discussions en conseil sur le combat de Coulmiers.

C'est sur les membres du gouvernement réunis en conseil et qui en eurent la primeur, que la victorieuse dépêche de M. Gambetta produisit peut-être le plus d'effet. Tous avaient les yeux fixés sur moi pour juger de mes impressions. Elles ne répondaient pas aux leurs, et la contenance réservée que je gardais, le calme avec lequel j'accueillais la grande nouvelle, leur fut incommode, en les confirmant dans l'opinion que la Défense nationale ne rencontrerait pas dans son président le sauveur qu'elle cherchait.

M. Picard, qui se rendait difficilement, comme on sait, aux raisons du siège de Paris, avec une pointe de malice bienveillante me dit en souriant :

« Déridez-vous , mon cher général ; voilà un retour de « fortune qui nous dispensera peut-être d'aller jusqu'au « bout de notre héroïque folie *.

— N'en croyez rien, mon cher collègue. Pourtant, j'ad- « mets pleinement le succès que nous annonce M. Gambetta, « mais je ne pourrai en juger militairement la valeur que « lorsque j'aurai su dans quelles circonstances de guerre « la rencontre a eu lieu, et quelle était l'importance numé- « rique relative des troupes engagées des deux parts. Je « puis, au contraire, juger dès à présent le résultat qu'elle « a eu, qui est la reprise d'Orléans, et je ne vous dissimule « pas que ce résultat m'inquiète.

« Je connais Orléans et sa région. Je n'imagine pas ce comment l'armée du général d'Aurelles, qui ne diffère « pas, au point de vue de la préparation et de l'équilibre,, « dès armées que nous avons formées à Paris , pourra rece- « voir le choc des masses très fortement organisées que

1 Allusion à la déclaration qu'antérieurement j'avais faite en conseil à M. Picard au sujet du siège de Paris.

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