MES AVIS A M. GAMBETTA
ce les Allemands vont être en mesure de réunir sur ce « théâtre imprévu de guerre , fait pour eux et non pas pour ce nous. )>
Mes avis à M. Gambetta.
La préoccupation de marcher sur Paris et de le dégager par les efforts combinés de l'armée de la Loire et des défenseurs de la capitale, fut comme l'idée fixe de M. Gambetta et de ses collaborateurs civils. Elle se présentait naturellement à leur esprit , elle souriait à leur patriotisme , et la confiance, malheureusement excessive, que leur inspiraient les troupes qu'ils venaient de former leur conseillait l'entreprise. C'était raisonner plus patriotiquement que militairement. C'était faire abstraction de presque toutes les probabilités expérimentales de la lutte si extraordinairement inégale où nous étions engagés.
Jamais je n'avais admis, je le répète, que nos rassemblements pussent recevoir en rase campagne le choc des forces allemandes, encore moins le provoquer par l'offensive ; mais je croyais qu'en se laissant attaquer dans des positions préparées pour la défensive (villes, bourgs et villages fortifiés par des travaux de campagne , forêts , cours d'eau), avec retraite assurée, elles pouvaient infliger à l'ennemi des pertes considérables, le fatiguer et peut-être le lasser.
Presque toutes mes dépêches à M. Gambetta, de la fin d'octobre à la mi-novembre, lui avaient porté l'expression et l'explication de ces vues générales sur le seul genre de guerre qui me parût approprié à nos moyens, à défaut d'instructions précises qu'il m'était matériellement impossible de lui donner. J'en retrouve l'esprit dans la réponse que je faisais le 26 octobre à la dépêche du même jour dans
laquelle il m'annonçait le mouvement offensif du général d'Aurelles qui allait aboutir au combat de Goulmiers et à la reprise d'Orléans :
« Gamhetta à Trochu, 26 octobre.
<( Nous ferons samedi et dimanche une tentative en force « sur Orléans. Faites vous-même une démonstration dans « cette direction pour retenir l'ennemi et l'empêcher de « venir renforcer le corps disséminé de Chartres à Jargeau a en passant par Orléans. »
« Trochu à Gamhetta, 26 octobre.
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« Je ferai ce que vous souhaitez1, mais j'ai préoccupât « de ce que vous allez tenter. Je persiste à croire qu'il faut « que par les ingénieurs vous mettiez en état de défense « vos villes ouvertes. Quant à attaquer celles que l'ennemi « occuperait et défendrait, c'est grave. »
Indépendamment de mes dépêches conçues dans le sens que je viens d'indiquer, l'ingénieur Cézanne (parti en ballon pour remplir une mission spécialement relative à la réunion des approvisionnements nécessaires au ravitaillement de Paris en cas de rupture de l'investissement) avait porté à M. Gambetta des avis plus explicites et plus étendus, où
1 Aux jours indiqués, par une pluie battante et continue, je mis en mouvement trente mille hommes , marchant après une vive canonnade vers les positions ennemies, en avant de Vincennes, d'Ivry , de Bicêtre, etc. Ce simulacre était alors tout ce que je pouvais faire. Les troupes harassées et transpercées ne comprirent rien à cette opération, qui leur parut fantaisiste et dont je ne crus pas devoir expliquer les causes et l'objet d'ailleurs très problématique. Les journaux dirent que je les faisais marcher au hasard, et ce fut un concert de railleries.