L'AMIRAL FOURICHON
pathie des nations , si les partis n'avaient pas eu tant d'intérêt, attaché tant de prix, mis tant d'acharnement à en ternir l'éclat !
L'amiral Fourichon.
Avant la prise de possession du gouvernement provincial par M. Gambetta, deux hommes que l'histoire de la Défense nationale, si elle était vraie, devrait recommander à la reconnaissance du pays, s'étaient livrés pour la constitution des armées qu'il s'agissait d'improviser, à d'ardents et persévérants travaux dont M. Gambetta fut le bénéficiaire. C'étaient l'amiral Fourichon et le général Lefort, celui-ci sous la direction de celui-là.
L/amiral autrefois aide de camp , comme moi et en même temps que moi, du maréchal Bugeaud, dont il était le compatriote et l'ami, avait vécu dans son intimité pendant toute la durée de la guerre de la conquête algérienne. Associé à ses entreprises et formé à cette école, il savait les choses militaires et il était certainement entre tous, le marin le mieux préparé au rôle d'organisateur que les événements l'appelaient à remplir auprès de la délégation de Tours.
Vice-amiral et doyen de l'amirauté française en 1870, ministre de la marine dans le gouvernement de la Défense, il apportait au général Lefort, délégué du ministre de la guerre général le Flô resté à Paris, l'appui de sa grande expérience, de sa capacité éprouvée, de sa droiture, de son rare bon sens. De plus, il mettait à la disposition de la Défense nationale le personnel et tous les moyens du département de la marine, ce personnel d'officiers et de soldats-marins qui, bien que dépaysés parmi nous, furent
souvent à la peine en montrant l'exemple du plus ferme dévouement, et qui eurent la fortune d'être à l'honneur.
Le patriotisme de l'amiral, incapable de calcul, l'avait conduit à déférer à l'instante prière qu'après Sedan, et au lendemain de la révolution du 4 septembre (lettre du 5 septembre, page 263), je lui avais faite, de s'associer à mon sacrifice et à mon effort en acceptant le ministère de la marine. Le sacrifice et l'effort, il allait les faire pendant toute la durée de la guerre de la Défense nationale, avec une abnégation qui, dans d'autres temps, aurait été hautement honorée.
Il représentait à Tours dans l'isolement, comme moi à Paris , l'esprit et les principes conservateurs aux prises avec les tendances radicales , les préjugés , les partis pris des républicains. Mais, à Paris, j'étais fictivement en possession de la direction politique que j'avais voulue pour qu'elle me garantît la réalité de la direction militaire.
A Tours , l'amiral Fourichon , plus que sexagénaire et vieilli dans le commandement, s'était résigné à le voir exercé par un tout jeune politicien dont il reconnaissait l'ardent patriotisme et les brillantes facultés , mais dont les audaces, les idées absolues, les habitudes expéditives heurtaient à chaque instant ses propres vues. Au moment de se démettre , le sentiment de la détresse du pays et des devoirs qu'elle lui imposait l'amenait toujours à se soumettre pour échapper à la douloureuse extrémité de provoquer, au milieu des périls publics, un schisme gouvernemental. Jusqu'au bout, il subit sans- se plaindre la contrainte et les dégoûts de cette difficile situation.
De tels hommes, dans l'état présent de notre pays, ne sont pas faits pour être compris.