‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 78 sur 148 · LES GÉNÉRAUX SACRIFIÉS · texte numérisé non relu

LES GÉNÉRAUX SACRIFIÉS

Les généraux sacrifiés.

Le général de division Lefort, laborieux et entendu, avait été directeur au ministère de la guerre, où il avait acquis en matière d'organisation une compétence spéciale, très précieuse puisque à Tours il s'agissait d'organiser, qui l'avait désigné au choix du ministre de la guerre pour être son représentant auprès de la délégation. Assisté par l'amiral, il s'était dévoué à l'accomplissement d'une tâche que pour mon compte, je l'ai déjà dit, j'aurais jugée à peu près impossible, et contre toute attente il était parvenu à en réaliser une part considérable en quelques semaines.

La mainmise de M. Gambetta sur tous les services de la guerre, ses procédés de direction très autoritaires, — inévitables et nécessaires dans l'effrayante situation à laquelle il s'agissait de pourvoir, — la destitution du général de la Motte -Rouge, l'arrivée de M. de Freycinet qui avait en réalité la direction des choses militaires, devaient atteindre profondément le général Lefort dans ses principes , dans ses traditions de travailleur méthodique et régulier.

Il prévint sa disgrâce en se démettant dans une lettre au général le Flô qui me fut communiquée, et dont la modération comme la fermeté faisaient beaucoup d'honneur à son caractère.

Si, à la suite des faits généraux relatifs au combat de Coulmiers et à ses graves conséquences, j'ai introduit ici quelques faits particuliers, c'est que mes récits sont une œuvre d'équité, d'impartialité, et que j'ai voulu mettre en lumière les efforts de deux fidèles serviteurs du pays , l'un éminent, l'autre très méritant, tous deux perdus, à des degrés différents, dans la foule de ceux qui ont beaucoup fait et Vont pas recueilli.

Avant la Motte -Rouge et d'Aurelles , le général de Polhes avait été sacrifié à l'idée fixe d'offensive des directeurs civils de la guerre en province , obéissant au mirage de 92. Le général Fiéreck et d'autres encore, tous entourés de la confiance et de l'estime de l'ancienne armée, allaient subir le même sort. La Motte -Rouge, d'Aurelles, de Polhes, Lefort, Fiéreck étaient comme moi-même des généraux du temps passé et du type réputé réactionnaire. L'ère s'ouvrait des généraux des temps nouveaux et du type réputé républicain.

Ils ne devaient, pas plus que les premiers, refouler l'ennemi, mais l'admiration précédait leur effort réussi ou non réussi , et le suivait. Ils allaient être dans la légende, à l'exclusion absolue de tous autres, les héros de la défense nationale et en rester les bénéficiaires jusqu'à la fin de leur vie, dans la faveur et les grands emplois de la république.

Changement de plan et nouvelle orientation

des opérations du siège pour aller au-devant de l'arméû

de la Loire, en marche sur Paris.

Le nouveau problème dont le succès de Goulmiers, les instances de la délégation de Tours et l'entraînement de l'opinion nous forçaient à chercher la solution , ne déconcertait pas seulement notre plan de sortie à l'ouest. Il s'offrait à nous dans de telles conditions d'urgence, que douze jours à peine nous étaient donnés pour nous préparer à opérer à l'est.

Ce fut le tour de force le plus extraordinaire du siège de Paris, le moins apprécié par la foule hors d'état de le comprendre et par conséquent de le juger, celui où l'ardeur

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