‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 80 sur 148 · NOUVELLE ORIENTATION DES OPÉRATIONS · texte numérisé non relu

NOUVELLE ORIENTATION DES OPÉRATIONS

debout avant l'aube et cheminant immédiatement vers leurs objectifs.

Je doute qu'en aucune guerre une telle accumulation de forces et de moyens ait jamais été improvisée aussi rapidement et correctement. Pour la réaliser, il ne fallait rien moins que les ressources infinies qu'offre une base d'opérations faite comme Paris.

Aux juges (militaires ou prétendant l'être) qui ont trouvé excessif l'entassement de canons protecteurs que j'avais formé autour du point de départ de l'armée, je me borne à dire qu'ils n'ont pas aperçu la redoutable éventualité que pouvait nous réserver notre hasardeuse entreprise :

Nous allions combattre adossés à un cours d'eau infranchissable.

En cas d'échec, une charge résolue des forces allemandes, déterminant une panique facile à produire sur des troupes absolument dépourvues de cohésion, les précipitait vers la Marne. De ce pêle-mêle effroyable, qui aurait mis mes canons protecteurs dans l'impossibilité de faire feu, pouvait sortir un immense désastre dont, si j'y avais personnellement échappé, le souvenir aurait pour toujours empoisonné ma vie.

Si, dans les rudes combats de la Marne, les rôles entre assiégeants et assiégés avaient été renversés, je crois que les Allemands refoulés des hauteurs dans la plaine (comme nous l'avons été) auraient vu arriver sur eux la charge française et qu'ils auraient subi le sort dont j'avais le souci pour mes troupes. Mais deux mois de siège m'avaient fait connaître mes adversaires.

Je les savais plus que jamais résolus à compter, pour la reddition de Paris, sur l'insurrection et sur la famine; à ne prononcer jamais l'attaque; à l'attendre toujours dans leurs positions retranchées; enfin à n'opérer contre nous que

méthodiquement et sûrement. J'en inférais qu'avec le grand déploiement d'artillerie fixe que j'avais en arrière de la Marne et dont ils allaient durement subir les coups , je créais à l'armée du général Ducrot un porte- respect qui assurerait sa retraite en cas d'insuccès et lui permettrait de repasser avec sécurité sur la rive droite.

L'événement devait justifier cette prévision.

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