‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 81 sur 148 · LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES ET MILITAIRES DE NOVEMRRE (SUITE · texte numérisé non relu

LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES ET MILITAIRES DE NOVEMRRE (SUITE

ET LA SÉRIE DES ÉVÉNEMENTS MILITAIRES CONTINGENTS. COMBAT DU 2 DÉCEMBRE

Le général Ducrot avant la bataille.

Le général Ducrot, qui achevait les préparatifs de notre marche vers l'ouest, fut d'autant plus déconcerté par les ordres qui lui prescrivaient une urgente et laborieuse contremarche vers l'est, qu'il avait été l'initiateur de la première. Les traces de sa déconvenue se retrouvent dans ce qu'il a écrit :

Que le gouvernement, dans cette circonstance , subit l'influence de l'opinion au lieu de la diriger.

J'imagine le vaillant général me remplaçant dans la direction des affaires, et, pour diriger l'opinion, tenant aux membres du gouvernement, aux chefs des services publics, à la population, à l'armée de Paris ce langage :

« L'armée de la Loire, victorieuse à Coulmiers, marche « sur Paris pour le débloquer. Elle réclame, dans un appel « auquel vous vous êtes fiévreusement associés, le con-

ce cours de l'armée de Paris qui se porterait en avant d'elle (( dans la direction d'Orléans. Mes vues stratégiques exigent « au contraire que ; tournant le dos à l'armée de la Loire , « l'armée de Paris marche vers Rouen par la vallée de la « Seine à la conquête d'une base d'opérations maritime râpai prochée de Paris. Vous voilà avertis. »

Qui pourrait aujourd'hui se figurer et mesurer les effets qu'aurait produits une telle déclaration sur un gouvernement, une population, une armée, emportés par l'élan patriotique le plus naturel, le plus légitime, et qu'un raisonnement stratégique de convention et d' hypothèse aurait prétendu refréner?

La réflexion du général Ducrot est de celles qu'on écrit après les événements. Elle s'explique par la profonde aversion politique que lui inspirait le gouvernement de la Défense. Elle manque à la fois de justesse et de justice, manquement auquel il était sujet quelquefois.

J'ai dit que cet homme, remarquable à beaucoup de titres , avait le tempérament militaire le plus énergiquement accentué qui fût. Il ne tardait pas à juger l'importance de sa nouvelle mission, à s'y attacher, et il se mettait à l'œuvre avec l'ardeur qui lui était propre. Sa nature absolue voulait que chargé de l'exécution il eût , à la condition de mon approbation, le choix des voies et des moyens; qu'aucun de ceux qu'il jugerait indispensables ne lui fût refusé; qu'enfin il eût la haute main sur la préparation.

Il s'acquitta de sa double tâche avec une activité et une intelligence des choses de la guerre qui, avec les preuves qu'il allait faire pendant les combats de la Marne , lui auraient assuré , en des temps de pondération et d'équité , dans l'histoire de la Défense nationale et dans la reconnaissance publique, une place que la légende a donnée à de

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