COMBAT DE L'HAY
toire de la légende. L'histoire, je viens de l'écrire. La légende, consacrée par nombre d'articles de journaux et de pamphlets, adoptée (avec quelques adoucissements) par des écrivains sérieux , la voici :
« Il n'y eut pas de crue de la Marne. La fable en fut (( imaginée par les chefs militaires en vue de déguiser (( l'inhabileté des dispositions prises et l'insuffisance des « moyens réunis pour le passage de la rivière.
« Leur incapacité fut telle et leur trouble si profond, « qu'ils oublièrent d'informer du retard de l'opération les « troupes qui avaient mission d'occuper l'ennemi par des « attaques latérales, oubli qui fut pour elles la cause de « sacrifices aussi considérables qu'inutiles. »
Vivant, le général Ducrot a protesté contre la légende, en exposant les faits comme je viens de les exposer. Mort, je proteste après lui. Inutile souci de la vérité ! la légende restera.
Combat de L'Hay (29 novembre).
Ma dépêche trouva les démonstrations du nord- est, du nord et de l'ouest à l'état de préparation terminée, les troupes prêtes à s'engager.
Au sud, la division de l'amiral Pothuau, suivant les bords de la Seine, dans la direction de Choisy-le-Roi, avait rencontré pour premier objectif le poste allemand dit de la Gare-aux-Bœufs , sur le chemin de fer d'Orléans, et son avant -garde venait de l'enlever au prix de quelques blessés, quand ma dépêche décida sa retraite.
La division de Maud'huy, de l'armée du général Vinoy, avait, dès le point du jour, attaqué le village de L'Hay, qu'elle trouva occupé par des forces considérables et défendu par une interminable succession de retranchements
dont l'église, entourée de barricades, formait le réduit.
Ce combat de L'Hay (le deuxième de ce nom depuis le commencement du siège) fut très meurtrier. Nos jeunes soldats combattaient à découvert ; mais , soutenus par les encouragements et par l'exemple de leurs officiers, trois fois repoussés , trois fois revenus avec de grandes pertes à l'assaut, ils s'étaient établis dans nombre de maisons du village, sans pouvoir pénétrer jusqu'à ses principales défenses et à son réduit. C'est à ce moment que le général Vinoy, jugeant les périls que créerait la continuation de cette lutte inégale, mais resté fort perplexe, reçut le télégramme qui l'autorisait à statuer. Il ordonna la retraite qui, comme toujours, ne fut pas pressée par l'ennemi.
Le 110e régiment de marche, commandé par le lieutenantcolonel Mimerel (blessé dans l'action), fit là des preuves qui auraient honoré de vieilles troupes , et ses pertes , en nombre et en qualité, furent considérables. Le 112e, les mobiles du Finistère, un peu moins maltraités, firent aussi d'énergiques efforts chèrement payés.
Je donnerai plus loin1, me conformant autant que je le puis à la règle que je me suis faite, les noms des officiers qui furent tués, le 29 novembre 1870, devant L'Hay en ^'offrant aux coups de l'ennemi pour entraîner leurs troupes.
dLes combats du 29 novembre devant L'Hay, du 30 novembre à Montmesly,du 30 novembre et du 2 décembre en avant de la Marne, forment un ensemble d'efforts qui concouraient au même but, la jonction de l'armée de Paris avec l'armée de la Loire. Ce fut une grande bataille en plusieurs journées dont j'ai réuni tous les nécrologes en un seul.
BATAILLES DE LA MARNE (30 novembre et 2 décembre.)
Combats de Villiers, Cœuilly, Champigny, Montmesly (30 novembre).