A VILLIERS
Me conformant aux règles d'exposition que j'ai suivies jusqu'à présent, je n'entrerai pas dans le récit technique détaillé, malgré son importance , de ces luttes qui furent les plus disputées , les plus sanglantes, les plus mémorables du siège de Paris et, je pense, de toute la guerre de la Défense nationale, quoique la légende ne leur ait fait qu'une place de second rang. Je me bornerai à en tracer les grandes lignes, avec Tunique préoccupation d'être vrai et d'être juste, sentiment qu'on me contestera d'autant moins que je n'ai eu là qu'un rôle effacé. Il a été assez effacé (quoique, me rendant justice à moi-même, je croie pouvoir dire qu'à de certains moments il a été utile) pour que je m'abstienne de me mettre une seule fois en scène dans cette brève relation des événements militaires du 30 novembre et du 2 décembre 1870.
Le 30 novembre, au petit jour, le mont Avron, le fort de Nogent, nos redoutes et nos batteries fixes ouvraient le feu contre celles des positions allemandes sur lesquelles ils avaient des vues à portée. Nos troupes s'ébranlaient et effectuaient le passage de la Marne qui ne leur fut pas disputé, ayant pour objectif, avec les villages de Bry et Champigny en plaine, les hauteurs de la rive gauche, où Villiers et Cœuilly étaient les points d'appui de la portion de l'armée
allemande qui défendait la région est de l'investissement. Les avant- postes de l'ennemi se repliaient après une courte fusillade et, à notre gauche, nous abandonnaient Bry. Un premier obstacle, un retranchement barrant la route qui passe en voûte sous le chemin de fer, arrêtait un instant nos jeunes soldats.
Le général Ducrot, pour leur donner confiance, se portait en avant d'eux et les menait lui-même à l'attaque de cette barricade, qui fut immédiatement enlevée. Enfin, en deux heures, quatre de nos divisions étaient entrées en ligne. Le village de Champigny, faiblement défendu, était occupé sans beaucoup d'efforts et de pertes.
Ce début, — comme antérieurement tous nos débuts, — était encourageant, et nombre de Parisiens qui, de tous les points dominants où ils avaient pu se poster, observaient notre marche en avant, criaient déjà victoire, et la bonne nouvelle commençait à se propager dans la ville. Nous sommes ainsi faits.
Nos soldats entendaient au-dessus d'eux le sifflement des projectiles de nos batteries fixes qui protégeaient encore leurs mouvements, et l'artillerie divisionnaire commençait à répondre à celle de l'ennemi. En tout, l'attitude des troupes, que j'observais avec un naturel et vif intérêt, annonçait un certain degré d'équilibre; quelques groupes même montraient de l'entrain. Pour moi, sans en rien témoigner, je restais soucieux. Je voyais venir le moment où ces soldats de moins de trois mois , arrivés en face de l'ennemi établi dans des positions dominantes et sans doute fortifiées, n'auraient plus l'appui moral et matériel des batteries fixes. Ils allaient se trouver livrés à eux-mêmes, dans des engagements où leur inexpérience, l'inévitable décousu de leurs efforts, leur agglomération en rase campagne devant des adversaires relativement abrités, enfin l'infériorité accablante de notre
artillerie de campagne, seraient des causes de dépression que le sentiment du devoir patriotique et la fermeté en face du péril pourraient ne pas compenser.
Le village de Villiers était la clef de la position à enlever. Le village de Cœuilly, auquel il se reliait par la ligne des crêtes, avait une importance militaire presque égale. Contrairement à notre espoir, les travaux des Allemands, bien servis par la disposition des lieux, en avaient fait, depuis le commencement du siège , de véritables forteresses du moment. Villiers, avec son long mur (plus de trois cents mètres) de parc crénelé, précédé d'un fossé extérieur, suivi d'un retranchement intérieur formant une seconde ligne de défense, les maisons du périmètre préparées pour la fusillade, l'ancien cimetière faisant réduit, était une position difficile à enlever de vive force.
L'élan de nos troupes vint s'y briser deux fois , après que notre artillerie fusillée par les défenseurs du village, battue d'écharpe par l'artillerie allemande de Cœuilly, eût fait de longs , coûteux et vains efforts pour ouvrir la voie à nos bataillons. Ceux-ci, malgré le désordre où ils étaient après chaque retour, se reformaient à l'abri des crêtes, et ils purent reprendre assez d'équilibre pour rejeter dans Villiers les sorties qui furent tentées par l'ennemi.
L'une d'elles, nombreuse, menaçante, venant de notre gauche, circonstance qui la fît prendre un instant par le général Ducrot pour le 3e corps vainement attendu depuis le matin (il devait enlever Noisy , puis concourir à l'attaque, à revers, de la position de Villiers), mit en grand péril nos colonnes confusément massées derrière les crêtes. Le général D acrot les rassure , prescrit le silence , laisse arriver les assaillants à petite portée et fait ouvrir sur eux un feu meurtrier qui les arrête et produit un flottement. A ce
moment , l'épée haute , suivi de tous ses officiers et de son escorte, entraînant à l'attaque ses soldats à qui il donne le spectacle imprévu d'un général en chef aux prises avec un fantassin saxon qu'il tue , il pénètre les colonnes allemandes qui précipitent leur retraite et ne reparaissent plus.
J'imagine, sans rien affirmer, que si ceux des journalistes parisiens qui allaient aiguiser leurs plumes contre le général Ducrot l'avaient vu , comme moi , revenant de cette charge endiablée, l'épée nue, teinte de sang, dans un état d'exaltation qu'expliquait et excusait l'intensité de la crise, ils auraient attaché moins de prix à ce que ce vaillant homme fût rapporté mort dans Paris.
Dans ces engagements contre Villiers et autour de Villiers périt une élite d'officiers et de soldats.
Le vieux et brave général Renault, notre doyen dans le généralat, à qui j'ai donné au commencement de ce livre le souvenir de respect et de regret dû aux mérites de ses services et à sa glorieuse fin , y fut blessé mortellement.
Le colonel Sanguinetti, du 123e régiment de marche; le colonel Dupuy de Podio, du 124e; le chef de bataillon Bouille, des mobiles du Loiret; le jeune capitaine de Néverlée, que son intelligente bravoure avait fait remarquer dès les premiers jours du siège, et beaucoup d'autres dévoués serviteurs du pays, furent tués à la tête de leurs soldats.
Dans l'après-midi, sur une étendue de deux kilomètres où nous avions en ligne soixante à soixante -dix bouches à feu cruellement maltraitées , mais tenant obstinément , nous soutenions un combat d'artillerie qui a laissé dans mon esprit, pour les officiers et les troupes de cette arme (un ensemble encore plus improvisé que l'ensemble de notre infanterie), des souvenirs de reconnaissance qui ne s'effaceront pas.
Ces braves gens luttaient à découvert et en contre-bas, avec un vieux matériel d'occasion , réuni comme nous avions pu, contre ces modernes bouches à feu de campagne au tir rapide, sûr, allongé, et qui étaient en partie abritées, au moins cachées ! Pour caractériser leur étonnante ténacité, je dirai, me servant encore une fois d'une qualification dont nous faisons en France un déplorable abus, dont, pour mon compte, je n'use qu'avec la plus rigoureuse circonspection , que leur attitude fut héroïque.
La fusillade et la canonnade, avec de rares intermittences, eurent leur cours jusqu'aux approches de la nuit ; mais bien avant, constatant que le 3e corps, dont l'assistance nous était plus que jamais indispensable pour tenter une nouvelle attaque contre la position de Villiers, n'apparaissait pas, nous avions décidé que nos efforts, de ce côté -là, ne seraient pas renouvelés.
Première bataille de la Marne. — A Cœuilly.
Pendant que le 2e corps luttait sur les hauteurs de Villiers, le 1er luttait sur les hauteurs de Cœuilly, où il rencontrait les mêmes difficultés et les mêmes périls, un ravin à franchir, une longue succession d'obstacles naturels et d'obstacles créés, maisons du périmètre crénelées, grand parc fortifié comme celui de Villiers , le château qui dominait l'ensemble formant réduit.
Ce combat de Cœuilly eut un caractère particulier d'opiniâtreté, parce que nous mettions là en ligne la brigade de la Mariouse, digne successeur du regretté général Guilhem, formée comme on sait de mes deux uniques régiments régu-
liers, le 35e et le 42e de ligne, qui, depuis le commencement du siège, avaient toujours été les premiers au péril, toujours décimés, toujours renouvelant leurs efforts et leurs sacrifices qui, ce jour-là, furent encore infinis.
Décrire le combat de Cœuilly*, ce serait répéter la brève relation que j'ai faite du combat de Villiers. Même énergie dans des attaques incessamment recommencées ; même impossibilité d'enlever des retranchements d'où le feu du canon et de la mousqueterie accable les assaillants ; même insuffisance et même ténacité de notre artillerie ; mêmes retards ou omissions dans l'exécution des ordres donnés ; même confusion dans les retraites où les différents corps sont souvent mêlés ; même aptitude au débrouillement et à d'énergiques retours offensifs.
L'un de ces retours prononcé par le 35e de ligne, le 114e de marche et quelques compagnies des mobiles de la Vendée (jeune troupe étonnamment ferme), attaque un régiment wurtembergeois couvert par une tranchée, le poursuit au delà de son abri, lui tue, blesse ou prend quatre cents hommes, tous les officiers supérieurs blessés (détails fournis par les publications allemandes); mais ces braves gens arrivés sur le plateau sont écrasés par des feux convergents , font à leur tour des pertes énormes et doivent se résigner à la retraite.
La journée de Cœuilly finit comme la journée de Villiers. L'ennemi avait perdu beaucoup de monde. Nous en avions
1 Pendant le combat de Cœuilly, j'avais établi sur le haut remblai du chemin de fer une batterie de notre artillerie de campagne. Ses premiers coups avaient atteint un groupe ennemi descendant des hauteurs. Presque aussitôt elle fut écrasée sous mes yeux par deux pièces prussiennes tirant des hauteurs de Cœuilly môme, sous une portée dont les nôtres ne pouvaient atteindre la moitié.
perdu beaucoup plus que lui1, et le tableau de nos officiers et soldats tués ou blessés était, comme toujours, cruellement chargé.
Le lieutenant-colonel Prévault, commandant brillamment le 42e de ligne, avait été tué; le lieutenant-colonel Lourde- Laplace, commandant le 35e de ligne, grièvement blessé; le colonel Aubry, des mobiles de la Vendée, grièvement blessé aussi , et resté aux mains de l'ennemi ; le lieutenantcolonel Boulanger, commandant le 114e de marche, blessé et resté à son poste pendant toute la durée de l'action.
Première bataille de la Marne. — A Montmesly (30 novembre).
J'ai dit dans quel but de point d'appui, éventuellement d'assistance effective pour l'armée du général Ducrot, j'avais prescrit l'occupation par nos troupes de la hauteur de Montmesly, où les Allemands étaient depuis longtemps établis.
J'avais jugé qu'en raison de son isolement et de ses déclivités en pente douce cette colline, bien que paraissant défendue à son sommet par quelques travaux , et à ses abords par le village fortifié de Mesly, se prêtait mieux à l'attaque qu'à la défense. En effet, la division du général de Susbielle, appuyée par une brigade de réserve, enleva par ses têtes de colonnes avec un entrain remarquable , grâce aux habiles dispositions de son chef, le village, les pentes défendues et la hauteur, sans pertes trop considérables.
Mais les Allemands n'avaient là que les troupes néces-
1 J'ai longtemps cru que dans les combats de la Marne les pertes des Allemands avaient été égales aux nôtres. Leurs relations officielles, auxquelles j'accorde une entière confiance, m'ont montré que je me trompais, à notre avantage, de près de moitié.
saires à la défense d'un poste avancé retranché. Elles s'étaient repliées après le combat sur Bonneuil, village en arrière de Montmesly et en dépendant immédiatement, où était le gros de leurs forces. Avec ses maisons précédées de tranchées, son parc clos de murs et son bois, Bonneuil était constitué pour la défense comme Villiers, comme Cœuilly, comme toutes les positions allemandes autour de Paris , par des travaux multipliés, bien entendus, révélant le sagace et absolu parti pris de nos adversaires de ne se heurter jamais aux défenses de Paris, de nous forcer par conséquent à nous heurter aux leurs.
C'est contre ces obstacles, derrière lesquels combattaient des troupes incessamment renouvelées dans la journée et soutenues par leur puissante artillerie, que vint se briser l'effort des nôtres encouragées par leur premier succès, et ardentes à des attaques plus répétées que cohérentes. C'est là que fut mortellement frappé, après une première blessure qui n'avait pas un instant arrêté son élan, un vétéran, le général Ladreit de la Charrier e, comme ce même jour Renault à Villiers , comme avant eux Guilhem à Chevilly !
Ces glorieux soldats de la Défense nationale sont aujourd'hui oubliés, même inconnus. Le moindre titre républicain eût valu à leurs descendants la consolation de voir leurs noms décorer nos rues, peut-être figurer sur un piédestal, recueillir dans tous les cas l'illustration que distribue si libéralement le journalisme politique. C'est avec un sentiment profond de ce que le pays leur doit, de ce que je leur dois moi-même, que j'évoque ici la mémoire de ces généraux, tués en avant du rang tous les trois, en donnant à des soldats d'hier, que le péril étonnait, un noble exemple.
A Montmesly , un jeune sous -lieutenant d'artillerie sorti
de l'école d'application pour prendre part à la guerre , de Bussières, commandant une section de deux pièces avec une énergie que n'avait pu lasser la chute, par le feu, de la plupart de ses servants et de ses chevaux , fut mortellement frappé à son tour après avoir fait des preuves qu'un vieux soldat eût enviées.
La retraite sur Créteil, qu'en cas d'insuccès j'avais signalé au général de Susbielle comme devant rester occupé, se fît en bon ordre. Elle se serait faite sans pertes nouvelles, si un très brave officier, le capitaine Tarigo, du 115e régiment de marche, ardent à lutte depuis le matin et commandant le dernier échelon de la retraite (deux compagnies), ne s'était attardé à combattre en plaine entièrement découverte les tirailleurs allemands. Enveloppé tout à coup par une charge de cavalerie que soutenait l'infanterie à petite distance , blessé avec presque tous ses officiers , le capitaine et la plus grande partie de son monde restèrent aux mains de l'ennemi.
Première bataille de la Marne. — A Villiers (pour la seconde fois).
Cette journée du 30 novembre , dont je résumerai plus loin la physionomie et les effets , ne devait pas finir à Montmesly, après Villiers et Gœuilly. Trois autres combats, dont un imprévu (une nouvelle attaque contre Villiers), allaient en compléter le dramatique caractère.
J'ai dit que le 3e corps, attendu pour prendre part à l'attaque de Villiers , n'avait pas paru. Parti le matin des abords du fort de Rosny, et ayant pour premier objectif le village
Je Neuilly-sur-Marne qui ne lui fut que faiblement disputé, puis Noisy et Villiers , sa marche avait été arrêtée par divers incidents dont un seul peut être bien expliqué.
L'ennemi , au moment où l'équipage de ponts préparait les passages de la Marne spéciaux au 3e corps, rencontrant pour son artillerie des vues sur l'opération, lançait, malgré l'énorme distance qui l'en séparait, des obus qui finirent par arriver. Quelques-uns de nos pontons furent coulés, quelques travailleurs blessés, et, parmi eux, le capitaine de frégate Rieunier, qui restait fermement à son poste et remplissait jusqu'au bout sa mission.
La division de Bellemare, du 3e corps, passant la Marne dans l'après-midi, laissait à sa gauche un détachement en observation du côté de Noisy, et marchait droit sur Villiers. Le 4° régiment de zouaves (de marche), le 136e, les mobiles de Seine-et-Marne, les mobiles du Morbihan renouvellent plusieurs fois contre les retranchements du village les efforts qui avaient échoué le matin. Ils les renouvellent très bravement, mais tardivement et inojoportunément , puisque leurs attaques devaient rester isolées, comme l'avaient été quelques heures auparavant celles du général Ducrot. Leurs pertes furent relativement considérables.
Notre artillerie, toujours vaillante et toujours accablée, soutint encore son inégale lutte avec une opiniâtreté que payèrent de leur vie le capitaine Tremoulet, officier dont j'avais déjà remarqué et loué la calme énergie, et le souslieutenant Chevalier, de l'âge et de la promotion du jeune de Bussières, tué à Montmesly presque à la même heure.
Averti par la fusillade et la canonnade de ce combat à contretemps, le général Ducrot accourt avec celles de ses troupes exténuées qui sont à sa portée. Il demeure évident pour lui que dans l'état, et le jour tirant à sa fin, les
attaques qui ont déjà coûté cher ne peuvent être recom^ mencées. La retraite est ordonnée. Là, comme sur toute l'étendue de notre ligne de combat, les troupes s'établissent en arrière des crêtes gardées par leurs avant -postes.
A la Gare -aux -Bœufs (pour la seconde fois).
(Chemin de fer d'Orléans, 30 novembre.)
Pour soutenir l'attaque de Montmesly, le général Vinoy avait opéré une diversion dans la direction de Choisy-le- Roi, en faisant d'abord enlever par les troupes de l'amiral Pothuau l'avancée allemande de la Gare -aux- Bœufs , que nous avions précédemment occupée, mais que son éloignement ne nous permettait pas de garder.
L'attaque réussit pleinement, avec des pertes modérées; mais le capitaine de frégate Desprez, en reconnaissance sur Choisy-le-Roi, faisant en avant du gros une pointe audacieuse, se vit enveloppé par des forces supérieures, perdit du monde en se repliant et fut lui-même mortellement atteint. C'était un officier de haute valeur, et sa mort ajoutait beaucoup à nos deuils de cette journée.
A Épinay (30 novembre).
Dans la même journée, l'amiral de la Roncière, effectuant la diversion latérale qui la veille avait été ajournée, portait ses troupes sur l'avancée allemande d'Epinay, et, poussant à fond, l'enlevait après un combat violent qui fit honneur aux fusiliers marins commandés par le lieutenant de vaisseau Glon -Villeneuve, au général Hanrion et à sa brigade, formée du 135e régiment de marche et des mobiles de la- Seine aux ordres du colonel Piétri. Le commandant Saillard, du 2e bataillon des mobiles, qui s'était hautement distingué
à la tête de sa troupe , succomba aux blessures qu'il avait reçues en pénétrant dans le village.
Le poste d'Épinay, au nord, comme le poste de la Gareaux-Bœufs, au sud, était beaucoup trop avancé au milieu des positions prussiennes pour qu'il nous fût possible de le garder. Nos troupes rentrèrent dans les leurs, emmenant une soixantaine de prisonniers , dont un officier.
La situation le 30 novembre au soir.
Le 30 novembre au soir, notre situation par rapport à l'ennemi se résumait ainsi :
Nous n'avions pas pu enlever les positions retranchées qui étaient, à l'est de Paris, les points d'appui de la ligne d'investissement. Sous ce rapport, qui était décisif, nous avions perdu la bataille , quelque illusion que cherchât à se faire le général Ducrot; perdu très honorablement, mais notre espoir d'aller donner la main à l'armée de la Loire en marche sur Paris s'évanouissait, à moins que, victorieuse, elle ne vînt prendre a revers V agglomération devenue considérable de troupes allemandes que nous avions combattue. Aussi, malgré l'improbabilité de cette heureuse diversion, avions -nous le devoir de tenir ferme sur les hauteurs que nous avions si péniblement acquises.
L'ennemi, quelque peu étonné, je pense, de la vive succession de nos attaques, et d'ailleurs éprouvé lui-même par des pertes sérieuses , ne paraissait pas disposé , vers la fin de cette rude journée , à nous disputer nos positions.
Nos jeunes soldats étaient harassés, mais leur moral se soutenait. Ils se mirent avec beaucoup de bon vouloir au