L'ARMEE REPASSE LA MARNE
commencements de la guerre de la Défense nationale, nous avions sauvé l'honneur, et nous l'avions sauvé par des souffrances et par des luttes qui peut-être méritaient que meilleure justice leur fût rendue. Mais ?ious n'avions pas résolu le problème de la guerre , et nous ne pouvions pas le résoudre.
Tout au plus, en faisant durer une lutte dont l'inégalité à dater du désastre de Sedan frappait le monde entier, faisions-nous vivre l'espoir, qui ne s'est pas réalisé, d'une intervention armée par le devoir ou par l'intérêt en faveur de la France.
Cruelles souffrances de l'armée. — Elle repasse la Manie.
Il avait été entendu que, le lendemain 3 décembre, nous continuerions à soutenir le combat si l'ennemi reprenait l'offensive. Mais, dans la nuit, le froid était devenu intense (14° au-dessous de zéro), et le général Ducrot, visitant nos lignes un peu avant le jour, fut douloureusement impressionné par le tableau que lui offrait l'indicible misère des troupes exténuées, glacées, à peu près toutes sans abri, très irrégulièrement nourries pendant ces dures journées.
Il jugeait qu'il était humainement impossible de leur demander plus, et, constatant que l'ennemi ne prenait aucune disposition d'attaque , il donnait spontanément et très judicieusement l'ordre de la retraite. Elle était favorisée par un épais brouillard d'hiver et en même temps protégée par le feu qu'avaient repris dès l'aube toutes nos batteries de position , circonstance qui devait donner à penser aux Allemands que nous nous préparions à l'offensive.
Eux-mêmes, d'ailleurs, avaient à panser leurs plaies. Ils n'inquiétèrent pas ce mouvement en arrière, que j'avais dû
approuver après avoir constaté par mes yeux l'attristante situation qui le justifiait.
L'opération était compliquée. Il s'agissait de faire repasser la Marne, sous les yeux de l'ennemi, au matériel de toute une armée, ensuite aux troupes. Elle s'accomplit méthodiquement, lentement, sûrement, avec beaucoup plus de calme et d'ordre que les circonstances et l'impressionnabilité de nos soldats n'en paraissaient comporter.
Un souvenir à quelques vaillants cités dans les rapports ofiiciels.
Dans les combats de la Marne, dans les autres engagements qui avaient pour but l'assistance latérale à distance, les troupes, malgré quelques rares et peu durables défaillances, avaient fait des preuves qui, je veux le répéter, dépassèrent de beaucoup à certains moments ce que j'aurais attendu d'elles. C'est pour une part principale à la bravoure, à la puissance d'entraînement de leurs officiers qu'il faut en attribuer l'honneur. Parmi eux, beaucoup furent tués ou blessés en faisant devant leurs soldats, à leur devoir de chefs militaires, le sacrifice de leur vie. J'en citerai, avec le regret de commettre bien des omissions, quelques-uns qui furent hautement remarqués.
Après le général Renault, mortellement frappé le 30 novembre devant Villiers, le général Paturel, qui avait fait avec sa brigade de brillants et périlleux retours sur l'ennemi le 2 décembre, et le général d'artillerie Boissonnet, entouré de beaucoup d'autorité dans son arme , furent blessés tous les deux au plus fort de l'action.
Le colonel de Grancey, des mobiles de la Côte -d'Or, ancien officier de marine très distingué, fut tué à Cham-