UN SOUVENIR A QUELQUES VAILLANTS
pigny à la tête de son régiment, deux fois ramené par lui au combat dans l'une des périodes les plus critiques de la journée. 11 avait fait de ses mobiles bourguignons une troupe spécialement solide, et la mémoire de ce digne serviteur du pays mérite d'être honorée entre toutes.
Le colonel de Vigneral, des mobiles d'Ille-et-Vilaine, ancien officier d'état-major de grand mérite, fut grièvement blessé, ses quatre officiers supérieurs hors de combat, et l'un d'eux, Le Mintier de Saint- André, très gravement atteint.
Le colonel de la Monneraye, du 122e régiment de marche, vaillamment assisté par le capitaine adjudant-major Forest- Defaye, entraînait à l'offensive pour la seconde fois quatre compagnies de ce corps. Tous les deux furent mortellement blessés.
Les lieutenants-colonels Jourdain et Neltner, commandant les 125e et 126e de marche, furent frappés l'un et l'autre et périrent au milieu de leurs soldats. Le 126e avait déjà perdu le chef de bataillon Gillant et plusieurs de ses officiers dans les engagements très vifs dont le résultat fut la reprise par nos troupes du village de Bry, partiellement envahi par les Saxons.
Trois compagnies du 121e, un instant enveloppées par l'ennemi à notre droite, virent leurs trois capitaines, — Mainson , Legroux , Drouot , — tués presque en même temps en faisant l'effort qui allait les dégager.
Réflexions sur les jugements dont les efforts des gens de guerre sont l'objet.
Les combats de la Marne avec leurs annexes de L'Hay, de la Gare-aux-Bœufs, d'Epinay, de Mc-ntmesly, qui avaient toutes concouru au môme but, représentent une grande bataille, la plus grande, je l'ai dit, la plus disputée, je pense, de toute la guerre de la Défense nationale.
Peut-être était-il inévitable qu'en raison de la composition de l'armée de Paris et de son insuffisance d'équilibre , ce vaste ensemble d'entreprises, qui auraient dû n'en faire qu'une, fût décousu dans l'exécution d'ailleurs profondément troublée par un événement imprévu (la crue de la Marne). On sait que sa conception nous était commandée par une obligation impérieuse, celle d'aller au-devant de l'armée de la Loire; mais, sur ces divers points, je n'incline pas le moins du monde à la discussion. Mon but unique est d'insister sur la puissance de l'effort qui a été fait là et sur les titres, inconnus ou méconnus, que le général Ducrot, ses collaborateurs et les troupes y ont acquis à la gratitude publique.
En France, — j'ai déjà exprimé cette pensée et j'y reviendrai plus d'une fois, — les mérites des gens de guerre se mesurent à peu près exclusivement sur le succès quel qu'il soit, dans tous les cas, sur le bruit que le journalisme fait autour des événements militaires, un bruit qui retentit dans le pays tout entier et qui devient légendaire quand les chefs militaires intéressés appartiennent au parti politique qui détient le pouvoir.
L'estimation qu'on fait ainsi des services rendus omet •toujours un facteur qui est de haute importance devant la