‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 95 sur 148 · LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES ET MILITAIRES DE DÉCEMBRE (SUITE · texte numérisé non relu

LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES ET MILITAIRES DE DÉCEMBRE (SUITE

L'état des esprits après les batailles de la Marne.

Par Tétendue des pertes qu'avait faites l'armée du général Ducrot, on peut mesurer l'urgence qui s'imposait à nous de la reconstituer. J'avais établi dans ce but, sans retourner à Paris où la conduite des pauvres affaires de mon pseudo- gouvernement ne me sollicitait guère, mon quartier général à Vincennes. C'est dans les grandes salles du château où j'avais appelé tous les généraux , avec leurs états -major s, tous les chefs de corps et les chefs de service avec leurs principaux auxiliaires, que s'accomplit hâtivement ce grand travail de promotion, de refonte des corps d'armée, des divisions, des brigades et des régiments1.

Le général Ducrot, à qui la direction en appartenait, statuait sur les questions spéciales qui étaient dans ses

1 Pour cette réorganisation, j'avais fait rendre un décret qui, revenant sur celui qui avait si malencontreusement décidé que les nominations dans la garde mobile auraient lieu par voie d'élection , me donnait pouvoir de procéder par voie de choix.

attributions. J'intervenais pour la solution des questions d'ordre général qui ne pouvaient être tranchées que par moij me tenant dans un cabinet de travail qui touchait à la salle des séances.

J'étais là, tout entier à l'étude de la situation militaire, quand je fus interrompu par un tumulte violent venant de la salle des séances où je me précipitai dans un émoi qui fut porté au comble par la scène qui m'y attendait. L'assemblée (plus de cinquante officiers de tout grade), debout dans une inexprimable agitation, entourait le général Ducrot , commandant en chef, et le général Blanchard , commandant l'un de ses corps d'armée, tous les deux profondément irrités, le général Blanchard dans l'attitude du défi.

Au moment où je me montrais sur le seuil, apparition qui déterminait le silence , le général Blanchard , — un vieil officier aussi recommandable par ses services que par l'honorabilité de sa vie, — criait à son chef :

Je veux savoir si votre épée est aussi longue que votre langue.,.

Jamais je n'avais vu ni prévu un si déplorable scandale militaire, particulièrement périlleux dans les circonstances où il se produisait. J'en saisis immédiatement les causes, n'ayant besoin d'aucune information pour être assuré que le général Ducrot , trop souvent hors de mesure , avait malmené son lieutenant devant ses sous -ordres; que celui-ci, divisionnaire comme lui et à son tour hors de garde , injuriait son chef et l'appelait au combat î

Je mis fin à la crise en leur donnant à tous deux, du point de vue de la discipline et des hauts intérêts que nous défendions au prix de tant de sacrifices, une leçon qui

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