M GUIZOT ET LE MARÉCHAL BUGEAUD
a gouvernement du roi un siège eu règle pour que ces a. chiffres j qui sont la limite extrême des concessions que <t nous pouvons faire avec sécurité, soient encore réduits. « Elle entend élargir le cercle des capacités électorales et g veut nous conduire graduellement à l'abîme où s'englou- <r tiraient la monarchie et le pays. Nous opposerons à ces « coupables visées une résistance invincible... » Et il continuait l'exposition de sa théorie du gouvernement conservateur avec une puissance d'accent et une abondance de preuves qui me pénétraient, me persuadaient et m'arrachaient des applaudissements sur lesquels, depuis, je suis bien revenu !
Le maréchal était ravi. Il entendait là une musique dont toutes les notes caressaient son oreille conservatrice. Et puis, toute sa vie il avait été, en politique et même dans ses rapports avec le monde , l'homme de Faction , comme au milieu des troupes l'homme de l'offensive. L'indomptable résolution et la vaillance de M. Guizot, où il retrouvait quelque chose de son tempérament propre, le touchaient et l'excitaient.
<r J'aime, lui disait-il, à entendre ce vigoureux langage. c J'espère qu'avec un conseiller tel que vous, et quoique « puissent lui suggérer les faiblards*, le gouvernement du <r roi ne cédera jamais à ces exigences de nos adversaires. I Et soyez sûr que le jour où, malgré vos efforts sur les a chambres et sur l'esprit public, vous seriez acculé au a pied du mur de la bataille, mon concours vous serait a acquis tout entier, d
1 Ce mot, que le maréchal employait à chaque instant, exprimait le comhle de son dédain pour les caractères et les esprits faibles. De même, pour définir l'insuffisance des hommes qu'il jugeait plus qu'imbéciles, il les appelait des imbêcilardi.
Ces deux hommes, illustres à tant de titres, doués tous les deux d'une intelligence supérieure, celui-ci rempli d'un bon sens qu'avec raison on appelait son génie, celui-là rencontrant dans une portée et dans une culture d'esprit peut-être sans égale en France des ressources inépuisables pour la lutte parlementaire, étaient à coup sûr les deux plus grandes personnalités du parti conservateur. Étaient -ils de grands hommes d'Etat ?
Je reste ici sur ce point d'interrogation , auquel je me réserve de répondre un peu plus loin.
A quelques mois de là, dans la nuit du 23 au 24 février 1848, le maréchal Bugeaud, mandé à la hâte, arrivait aux Tuileries pour y prendre le commandement des troupes, au milieu d'un désarroi politique et militaire que je n'ai pas à décrire ici. Ses ordres de la première heure, pendant laquelle il fut tout à lui-même, eurent au plus haut point le caractère de résolution, de vigueur et de lucidité qu'on devait attendre de lui. Dix généraux que nous avions trouvés là, livrés au plus profond abattement, reprirent des couleurs et de l'entrain.
Mais entre le départ de ces ordres, leur arrivée à destination et le commencement de leur exécution, d'autres heures s'écoulèrent pendant lesquelles, — ce qui devait infailliblement arriver au cours d'une telle crise, — le maréchal ne fut plus un seul instant à lui-même. Jusque-là, penché sur la table où tous les officiers présents écrivaient, il avait lui-même dicté ses ordres, et il en avait verbalement donné le commentaire à chacun des aides de camp qui les emportaient.
Bientôt il disparut dans une pièce latérale où quelquesuns des anciens ministres, presque tous les nouveaux, et beaucoup de notables politiciens' vinrent conférer avec lui,
1 MM. Thiers, Odilon Barrot, Duvergier de Hauranne, etc.