‹ Œuvres posthumesChapitre 2 sur 93 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Ces réflexions, qui découragent mon zèle, sont combattues par cT autres réflexions qui l'encouragent. Il se réveille en moi à l'heure où la France, après d'extraordinaires et patriotiques efforts, commence à se relever de ses ruines et recommence à espérer. Je me dis qu'elle n'est pas encore arrivée à cette période de doute et d'affaissement moral qui précéda et qui prépara la décadence romaine dès le temps de Gicéron, où déjà les augures chargés d'annoncer les présages sacrés « ne pouvaient se rencontrer sans rire ».

Si les augures français ne sont pas crus, — je suis fixé sur ce point puisque, avant ses revers, je fus vingt ans, sans être cru, augure de malheur dans l'armée française, — il est encore parmi nous des croyants qui peuvent se rencontrer sans rire. C'est beaucoup, et là où la foi (j'entends tous les genres de foi, religieuse, patriotique, militaire, de la famille, du devoir, de l'honneur..., qui ne sont pas d'invention et de convention politiques) a des représentants convaincus, tout n'est pas irrévocablement perdu. La foi moderne, il est vrai, ne transporte plus les montagnes; telle qu'elle est, elle peut aider à les franchir.

C'est à cet espoir restreint que je borne mes aspirations, et si, comme il est à prévoir, on les qualifie de prétentions, on ne me fera pas justice. A l'avance, d'ailleurs, je m'en console, car je suis arrivé à cet état de l'âme où, ployant sous le fardeau de la vie, l'homme espère ailleurs, regarde en haut et se sent « délivré de « ses passions, de la malignité des hommes, de la « tyrannie de leurs maximes, des malheurs que le « monde attribue à la fortune, de l'inconstance et de Fin-

Page 1