FÉNELON
Si le monde ne croit pas à ces sentiments et s'il en rit, s'ensuit-il qu'ils ne soient pas et qu'ils ne vaillent pas? La vérité méconnue cesse-t-elle d'être la vérité, et l'erreur acclamée cesse-t-elle d'être l'erreur? En 1866, les militaires français, immobiles dans leurs traditions, avaient une grande opinion de l'armée autrichienne, une petite (quoi qu'on pût leur dire) de l'armée prussienne. Cette erreur fondamentale, qu'un examen attentif eût dissipée, a-t-elle changé le cours des événements dans la foudroyante campagne de Sadowa, avec leurs infaillibles conséquences sur nos propres destinées ?
La constitution militaire et l'armée française de 1869 nées d'une légende éclatante entre toutes, mais qui n'avait pas fondé pour l'avenir1, n'étaient- elles pas dans la croyance du monde, dans la nôtre surtout, les meilleures de l'Europe? La tribune, la presse, des succès militaires (Algérie, Grimée, Italie, Mexique, etc.), presque toujours surfaits dans leurs proportions et dans leurs résultats pour les besoins de la popularité des gouvernements et pour les besoins de la vanité nationale, avaient fixé la tradition de notre invincible supé-
1 Le premier empire, livré à d'incessantes et difficiles entreprises de guerre, avait formé de puissantes armées. Il n'avait pas fondé d'institutions militaires, qui sont exclusivement le fruit de la méditation et du travail des longues paix.