LES ÉCOLES MILITAIRES PRUSSIENNES DE SOUS -OFFICIERS EN
Les institutions dont je viens d'exposer à grands traits le système, ont pour but de pourvoir au commandement et à la formation de ce que j'ai appelé les cadres supérieurs ou de direction.
Les vues qui ont présidé à cette forte organisation de l'éducation militaire prussienne , supérieure et secondaire , ne pouvaient manquer de s'étendre à l'organisation d'écoles militaires primaires, où des sujets se destinant expressément à l'état de sous- officier recevaient un complément d'instruction élémentaire en même temps que le dressage professionnel, pour concourir à la formation des cadres inférieurs.
En 1870, il y avait en Prusse six écoles de sous-officiers, et depuis la guerre le gouvernement en a encore augmenté le nombre. Gomme les écoles des cadets, elles sont réparties sur tout le territoire, par conséquent à la portée des familles qui se proposent de trouver là pour leurs enfants une carrière, au moins les origines d'une carrière. Chacune de ces écoles comprend un bataillon de quatre compagnies. Les engagés y entrent de dix- sept à dixneuf ans.
Nous n'avions alors en France, où la difficulté du recrutement et de l'entretien des cadres inférieurs est plus grande
encore qu'en Prusse, aucun de ces établissements & éducation militaire étroitement limitée, qui assurent une situation dans l'armée prussienne à de jeunes sujets, presque tous de familles militaires, à qui la modestie de leur condition sociale et l'insuffisance de leur culture ne permettent pas d'aspirer à l'état d'officier.
De cette institution, féconde en résultats pratiques, l'Italie , organisant son armée sur le pied où nous la voyons aujourd'hui, s'est immédiatement emparée, et, depuis des années, elle est en possession d'écoles de sous-officiers égales en importance et en nombre à celles de la Prusse.
Pour retenir les sous-officiers dans l'armée , le gouvernement prussien a fait de considérables efforts :
1° En vue de les préparer aux emplois civils qui leur sont acquis après douze ans de bons services, des allocations ont été faites aux corps de troupe pour assurer aux rengagés Yinstruction spéciale nécessaire à l'exercice des fonctions auxquelles ils se destinent;
2° La solde des sous-officiers a été augmentée, et la considération dont ils sont entourés s'est accrue de prérogatives qui dégagent leur autorité des périls de la promiscuité avec la troupe ;
3° Leur uniforme a reçu de nouveaux insignes distinctifs ;
4° Enfin, l'Etat admet en grand nombre leurs enfants dans les orphelinats de Postdam, de Pretzsch, d'iVnnaburg, etc., et il va les admettre à l'avenir, en plus grand nombre, dans les instituts préparatoires aux écoles de sousofficiers, création nouvelle dont il vient de fixer les règlements. Elle offre beaucoup d'analogie avec celle des écoles d'enfants de troupe par lesquelles je proposais, dès 1863, de remplacer en France la vieille et déplorable institution des enfants de troupe à la suite de nos régiments.
J'ai consacré quelques pages seulement à la description , qui voudrait un livre, du vaste et solide monument qu'offrent à nos yeux les établissements d'éducation militaire de la Prusse. Il est, par ses premiers commencements (1717) qu'elle n'a pas cessé de développer et de perfectionner, le plus ancien de l'Europe, au sein de la nation la plus jeune de l'Europe. C'est que le monument, fondé avant la nation, a été l'un des instruments les plus puissants de la grandeur où nous la voyons.
A ces vingt-trois centres d'éducation et d'instruction militaires de la Prusse, pourvoyant à tous les besoins du commandement et de l'encadrement, que pouvait opposer la France en 1870? La série comparativement misérable des six établissements dont elle tirait, depuis 1818', tous ses éléments de commandement, n'ayant pour l'encadrement inférieur que ceux qu'elle rencontrait dans les corps de troupe :
Le Prytanée de la Flèche;
L'École de Saint-Cyr ;
L'Ecole polytechnique ;
L'Ecole d'application de l'artillerie et du génie;
L'Ecole d'application d'état-major;
L'Ecole de cavalerie de Saumur.
Le Prytanée de la Flèche était, en tant qu'école militaire
1 Année de la création, par le maréchal Gourion Saint-Cyr, de l'École d'application et du corps d'état -major.
préparatoire, pépinière d'officiers, par conséquent, une institution étriquée, mal conçue, mal réglementée, avec des traditions disciplinaires incertaines. Elle était loin d'introduire à l'Ecole polytechnique et à Saint- Cyr autant de sujets que la plupart des grands établissements scolaires spéciaux de Paris. Si cette école unique de cadets, — car c'en est une, — restée à peu près stationnaire depuis sa création, était absolument insuffisante en 1870 au point de vue des éléments particuliers de recrutement qu'elle offrait à l'armée française de ce temps , qu'on juge de son insuffisance sous le même rapport devant l'armée française d'aujourd'hui, dont la puissance en cadres supérieurs et inférieurs, en soldats de rang, en chevaux et en matériel, a été portée au triple !
L'institution du Prytanée repose sur un grand principe : l'assistance de l'éducation et de l'instruction aux enfants des officiers sans fortune qui ont bien mérité. Elle ne remplit que très imparfaitement et incomplètement son objet.
D'abord, elle n'offre à l'ensemble des familles militaires infiniment nombreuses qui ont à cette assistance des titres légitimes, qu'un nombre de places très étroitement limité par le chiffre des allocations budgétaires et par les moyens dont l'établissement dispose. Ensuite, les traditions de l'école sous le rapport de l'éducation proprement dite, c'est-à-dire des habitudes de savoir-vivre et de la préparation aux contacts du monde, qui doivent être plus tard pour l'exercice du commandement des auxiliaires de si haute valeur, sont au-dessous du nécessaire.
La jeunesse élevée au Prytanée a eu de tout temps le sentiment de cette infériorité. Elle-même, d'ancienne date, a donné à la maison le nom caractéristique de Brutium, sous lequel il est connu dans nos écoles et dans l'armée.
Il est difficile, peut-être impossible, qu'une insuffisance de cette nature soit combattue par les procédés d'éducation que peut employer un établissement militaire, unique pour la France entière, d'où la famille et l'influence de la famille sont nécessairement absentes. Mais la plupart de ces enfants apportent et gardent au Prytanée le ressort particulier que, dans une précédente étude sur les familles militaires, j'ai appelé la vocation transmise, et dont j'ai montré qu'en France nous ne savions pas taire bénéficier l'armée. C'est ainsi que s'explique l'importance relativement considérable du nombre d'officiers généraux et supérieurs que l'école de la Flèche lui a fournis.
Gomme le Prytanée de la Flèche, la maison de Saint-Cyr, école militaire unique pour la France entière, n'avait, pendant une longue succession d'années, réalisé aucun progrès, soit dans ses principes d'éducation, soit dans ses procédés d'instruction. La petite troupe qu'on dressait là s'appelait traditionnellement le premier bataillon de Finance, et cela suffisait. On jugera de ce laisser-aller par un souvenir caractéristique que je veux rappeler ici :
J'étais, en 1852, directeur -adjoint du personnel de la guerre, ayant dans mes attributions les écoles militaires, dont, en toute occasion, je signalais l'insuffisance et l'abandon. Le ministre, maréchal de Saint-Arnaud, m'annonçant son intention d'aller un jour visiter l'école de Saint-Cyr :
N'oubliez pas, monsieur le maréchal, lui dis-je en souriant, de vous faire représenter les six chevaux de tombereau qui forment toute la collection équestre de notre grande école militaire française...
Et comme le ministre, qui n'était pas comme moi originaire de Saint-Cyr, me regardait surpris :
C'est, ajoutai -je, qu'à l'école où l'enseignement de la
gymnastique par le trapèze et les barres parallèles a pénétré, renseignement de Véquitation, celte grande et nécessaire gymnastique militaire, est, de temps immémorial, absolument inconnu; que, par suite, une période de quatre ans (deux ans à Saint-Cyr, deux ans à Saumur) est nécessaire en France pour faire un sous- lieutenant de cavalerie; qu'enfin, cette étonnante lacune dans le dressage profcs* sionnel de la jeunesse militaire explique surabondamment l'inaptitude équestre et le malaise que montrent en selle, devant leur troupe et devant le public qui s'en égayé y la plupart des officiers de V infanterie qu'une promotion appelle à servir à cheval.
Pendant cet exposé, commencé plaisamment, fini véhémentement, le maréchal de Saint- Arnaud, passant de la surprise à la conviction , avait pris parti avec la rapidité de résolution qui lui était propre. A six mois de là, Saint- Cyr avait son école de cavalerie avec un personnel de direction et d'instruction , trois cents chevaux sous baraquement , un manège. Cette école de cavalerie devenait une annexe de l'école d'infanterie, dont tous les élèves, comme leurs camarades cavaliers, recevaient le dressage de l'équitation.
J'avais, comme par fortune, réussi dans cette entreprise spéciale. D'autres vues que j'avais sur l'avenir de l'école de Saint-Cyr, — simplification des programmes d'admission, réforme des études, — substitution, par une forte éducation, de l'esprit militaire à l'esprit de collège, — rectification de la déplorable loi qui fixe les principes et les procédés de l'assistance de l'État (bourses et demi-bourses) aux familles qui en réclament le bénéfice, — ne furent pas accueillies. L'École militaire resta ce qu'elle était depuis ses origines, et les événements de 1870 la trouvèrent dans son état traditionnel d'insuffisance devant les besoins de l'armée soudainement engagée dans une grande guerre.
Je suis plein de respect pour toutes les grandes œuvres nationales et je reconnais que, parmi elles, l'Ecole polytechnique a une place considérable ; mais je dois constater qu'en tant qu école militaire, elle est une sorte de contresens. Il a été très apparent en 1870. Il l'est plus encore, aujourd'hui que l'armée a pris les énormes développements qu'on sait. Il le sera bien davantage quand viendront les guerres de l'avenir, si elles ont quelque durée.
Son but , expressément défini par les actes gouvernementaux qui ont fondé l'école , était de préparer par des études scientifiques, poussées aussi loin que le comportait l'état présent de la science, de jeunes hommes (en nombre limité) ayant fait la preuve d'aptitudes spéciales aux carrières qui exigent des connaissances transcendantes.
C'est postérieurement, quand la guerre avec l'éclatante personnalité du général Bonaparte devint la grande affaire de la nation, que l'Ecole polytechnique, constituée militairement par lui, dut fournir à l'armée ses officiers spéciaux. A la consommation que, devenu empereur, il en fit, l'Ecole, gravement atteinte dans ses intérêts et dans sa production scientifique, ne put jamais suffire. Les officiers savants, puis les officiers instruits disparurent peu à peu.
A la fin de l'empire , le savoir de la plupart des nouveaux officiers de l'artillerie n'allait pas beaucoup au delà de la manœuvre des pièces, et on voyait parmi eux quelques lieutenants en second de dix-huit à dix-neuf ans, originaires d'une école d'artillerie hâtivement organisée à la Flèche , dans les derniers mois de 1812. On y admettait les élèves des lycées jugés les plus capables, et ils pouvaient, après une seule année de noviciat spécial, être placés comme lieutenants en second dans les régiments d'artillerie!...
Aujourd'hui, avec une armée de presque un demi-million d'hommes sous les armes en temps de paix, avec les per-
spcctives de guerre que nous offre l'état présent de l'Europe, une école de science, qui est unique en France, doit-elle être considérée comme pouvant suffire, dans tous les cas, au recrutement de nos officiers d'artillerie et du génie avec le concours de ceux que forment directement les troupes des deux armes? — Non, à moins que d'école de science elle ne devienne école spéciale,' mais alors c'est le principal qui serait sacrifié à l'accessoire , car ce n'est pas aux officiers d'artillerie et du génie qu'elle a produits, si remarquables qu'aient pu être leurs mérites, que l'Ecole polytechnique doit son illustration , c'est aux savants fameux qui, de Monge, son fondateur, à Gay-Lussac et à ses successeurs, ont élevé si haut la science française dans la hiérarchie de la science universelle.
A l'Ecole polytechnique, soumise à une sorte de régime militaire, le département de la guerre règne mais ne gouverne pas. C'est la science qui, par la force des choses, conduit les destinées de ce grand centre des études abstraites. Si la guerre, voulant le spécialiser à son profit, cherchait à y introduire Yesprit militaire, elle se heurterait à Yesprit politique, qui fut de tout temps la tradition de la célèbre maison.
Elle devait être nécessairement fixée à Paris, puisque les membres de son enseignement, tous savants de premier ordre, appartiennent à l'Académie des sciences et à toutes les branches du professorat supérieur. Gomment des jeunes gens réunis là au sortir du collège, en contact avec toutes les excitations et toutes les agitations du foyer politique le plus ardent de l'Europe, ne seraient-ils pas de précoces politiciens? Plus d'une fois ils Font été jusqu'à chercher ou rencontrer, au milieu de nos grandes commotions populaires, tantôt un rôle révolutionnaire, comme en 1830 où l'un des leurs, Vanneau, fut tué à l'assaut du quartier d'infanterie de Bubylonc, tantôt un rôle modérateur, comme en 1848
où, après la retraite des troupes, ils reçurent du nouveau gouvernement le mandat imprévu du maintien de l'ordre républicain dans Paris.
En 1870, après le désastre de Sedan et la reddition de Metz, tous nos officiers d'artillerie, numériquement insuffisants pendant la guerre, étaient prisonniers des Allemands. La constitution du personnel d'artillerie de la Défense nationale par d'anciens officiers de l'arme et par des marins, fut un des plus extraordinaires efforts patriotiques de ce temps. Malgré le décousu de son organisation et la grande infériorité du matériel dont elle disposait, cette artillerie fit partout, expressément au siège de Paris, d'excellentes preuves. Mais on vit là à quel point il importait au pays d'avoir, pour les officiers de cette arme, un centre de recrutement moins difficilement abordable par la jeunesse française que l'Ecole polytechnique et surtout bien plus étendu.
L'Ecole d'application de l'artillerie et du génie, autrefois à Metz, actuellement à Fontainebleau, l'Ecole normale de cavalerie à Saumur, sauf l'insuffisance numérique de leurs produits, répondaient très utilement en 1870 à leur destination, comme elles y répondent encore aujourd'hui. Les traditions en sont pratiques et solides.
Je n'en dirai pas autant de l'Ecole d'état-major qui n'avait d'école d'application que le nom. Recrutée par les premiers sujets de l'école de Saint- Cyr, elle a donné à l'armée des officiers de haute valeur, et un nombre proportionnellement considérable d'officiers généraux de notoriété; mais ses études étaient très faibles. La doctrine professée et une fausse science représentée par des cours de géodésie et d'astronomie y avaient prévalu. Les élèves consacraient la plus grande part de leur temps à l'exécution, sur modèles, de
plans de places fortes d'une complication infinie. On apprenait beaucoup, on pratiquait peu, et on sortait de l'Ecole avec des connaissances générales plus théoriques qu'effectives sur les services si divers dont les états -majors ont à la guerre la direction et la surveillance.
L'Ecole d'état-major vient d'être supprimée et remplacée par une création empruntée à la constitution militaire scolaire de la Prusse , Y École supérieure de guérite. Ce sera un progrès considérable, si la nouvelle Ecole, comme l'Académie de guerre de Berlin, offre à nos officiers des études embrassant tout le domaine des connaissances positives qui sont les auxiliaires de la guerre, complétées par des exercices d'application qui sont une sorte de préparation effective à la guerre elle-même.
Par l'énumération très sommaire qui précède, on peut juger de la déplorable indigence où nous étions, en 1870, relativement à nos établissements d'éducation militaire et à nos moyens de renouvellement des cadres supérieurs et inférieurs de l'armée. Pour la mesurer, il ne suffit pas de la comparer, comme je l'ai fait, à la richesse similaire de la Prusse, il faut la mettre en parallèle avec les ressources de cet ordre que possédait chez nous l'ancien régime pour un état militaire qui ne dépassait pas de beaucoup la moitié de notre état militaire de 1870.
Le département de la guerre comptait sous Louis XVI :
Onze collèges, où se faisaient des études spéciales militaires f ;
Une école de cavalerie2;
1 Brionne (où fut admis, en 1779, le jeune Napoléon Bonaparte à titre de cadet gentilhomme), Rebais, Pontlevoy, Effiat, Pont-à-Mousson, Tiron, Auxonne, Tournon, Vendôme, Beaumont, Sorèze.
2 Versailles.
Une école du génie * ; Sept écoles d'artillerie*.
Ensemble, vingt écoles de préparation et d'éducation militaires !
Je ne dirai que quelques mots d'une institution qui se rattache à l'ensemble de notre système d'éducation militaire et dont, au cours de ma carrière active, je n'ai pas cessé de demander la suppression, qui est aujourd'hui résolue3, de l'institution des enfants de troupe. Elle n'est pas productive pour l'armée, et elle n'est pas avouable.
Elle n'est pas productive, car la moyenne des enfants qui, entrés par là dans l'armée, y restaient à titre définitif pour le recrutement des cadres inférieurs, n'a jamais présenté qu'un chiffre dérisoire.
Elle n'est pas avouable , car l'association dans la caserne de l'éducation de l'enfance à l'existence intérieure du soldat est un déplorable contresens moral et un déplorable contresens hygiénique. Dans la plupart de nos corps de troupe , ces enfants sont entourés d'une surveillance attentive ; mais, quelle qu'elle soit, leurs yeux voient, leurs oreilles entendent, leurs esprits sont grossièrement émancipés. Presque tous, par surcroît, sont frappés d'étiolement. C'est que les grandes agglomérations d'hommes dans des espaces étroits portent avec elles des germes d'empoisonnement permanent. Les effets en sont ordinairement, — non pas toujours, — conjurés pour la troupe par des précautions hygiéniques
1 Mézières.
2 Metz, StrasDourg, Besançon, Auxonne, Douai, Verdun, la Fère.
3 J'ai attendu, pour terminer cette étude sur les établissements d'éducation militaire, que l'institution des enfants de troupe à la suite des régiments fût remplacée par les écoles d'en/anls de troupe, création nouvelle dont j'envisage plus loin les commencements.
qui sont aujourd'hui bien entendues. Elles ne suffisent pas à préserver de la contagion les organismes délicats de l'enfance en cours de développement.
Depuis 1872, les efforts faits par la représentation nationale, les sacrifices consentis par le pays pour la reconstitution de Tannée, peuvent être qualifiés d'énormes. Si, faute de stabilité dans les pouvoirs dirigeants , par conséquent de fixité dans la conception et l'exécution, ils ne sont pas tous également réussis, il est cependant acquis que la France dispose d'une armée dont les divers éléments de force (organisation, effectifs numériques, matériel, approvisionnements, moyens de renouvellement) représentent dans leur ensemble un redoutable instrument de guerre.
Pour fonder les institutions qui seules peuvent assurer la solidité et la durée de ce grand état militaire, nos efforts, je l'ai dit, ont été bien moindres, la sollicitude du gouvernement et du pays s'absorbant à peu près tout entière dans l'entreprise de la réorganisation de l'armée combattante. Or, les établissements d'éducation militaire sont au premier rang de ces institutions, et je viens de montrer la puissance de celles de la Prusse, l'insuffisance de celles de la France au moment où la guerre éclatait entre les deux nations.
Cherchant à nous relever de cet état d'infériorité, nous avons créé dans ces dernières années :
L'Ecole supérieure de guerre ;
L'Ecole militaire d'infanterie de Saint -Maixent ;
L'Ecole militaire de cavalerie de Saumur;
L'Ecole militaire d'artillerie et du génie de Versailles ; Cinq écoles militaires préparatoires (devant remplacer l'institution condamnée des enfants de troupe) ; Un orphelinat militaire1.
Je reconnais que l'ensemble de ces créations nous offre un présent amélioré, par comparaison avec un passé très défectueux; mais que de progrès à réaliser encore pour que nos établissements d'éducation militaire répondent en nombre et en puissance de production aux besoins de l'armée d'aujourd'hui !
Ces progrès, je les ai exposés et discutés (l'Année française en 1879, par un officier en retraite) d'un point de vue radical qui heurte nos traditions retardataires, et dont je reconnais d'ailleurs que l'état présent (1888) des finances françaises ne permet pas d'attendre de longtemps la réalisation. Et puis, je considère que le département de la guerre est aujourd'hui lié à l'obligation de rester dans la voie où il s'est engagé, en fondant ces nouvelles écoles qui sont depuis plusieurs années en plein exercice. Par ces raisons, je me borne maintenant à lui demander d'élargir cette voie par des compléments de création et par des réformes qui représentent à mes yeux le nécessaire.
Le problème qu'il s'agit de résoudre, c'est d'avoir et d'en* tretenir dans la paix des pépinières d'officiers et de sousofficiers assez productives pour introduire périodiquement dans l'armée la totalité des éléments de commandement et la part des éléments d'encadrement qui sont nécessaires pour que le personnel de l'un et l'autre service soit tenu à un complet permanent.
1 Un généreux donateur, le commandant Hériot, a fondé cet établissement, lui a assuré une dotation et Ta remis au département de la guerre, qui en a la direction.
Dans l'état présent, les pépinières d'ofïîciers sont : au premier degré le Prytanée de la Flèche, au second degré les Ecoles polytechnique, de Saint-Cyr, de Saint -Maixent, de Saumur, de Versailles.
Les pépinières de sous-ofïiciers (en dehors de la production régimentaire à laquelle nous les avons tous dus jusqu'à présent) sont les Ecoles préparatoires de Rambouillet, Montreuil-sur-Mer, Saint -Hippolyte- du- Fort pour l'infanterie ; Autun pour la cavalerie ; Billom pour l'artillerie et le génie, où les enfants de troupe sont reçus à quatorze ans, s'engagent à dix-huit ans, et peuvent devenir sous-officiers après un stage dans les corps de troupe.
Nos établissements d'éducation militaire, anciens et nouveaux, sont-ils aujourd'hui en mesure de remplir le but de première importance en vue duquel ils ont été créés? Sont-ils proportionnels en solidité et en étendue à l'énorme édifice dont ils sont les fondements? Non. Nous sommes encore bien loin de ce qu'ils sont en Prusse, bien loin (quant aux moyens de constitution des cadres de sous -officiers) de ce que possède depuis longtemps l'Italie!
De nos créations nouvelles, celle qui a la plus grande portée et qui, à de certaines conditions que déjà j'ai brièvement définies , doit apporter à la direction des affaires militaires françaises un supplément de force effective, c'est, je le répète, Y École supérieure de guerre, institution dont l'état militaire de la Prusse bénéficie depuis soixante-treize ans.
Cette institution, combinée avec celle d'un état -major général de l'armée formé à' officiers spécialistes dont le fonctionnement régulièrement continu serait soustrait aux périls de l'instabilité ministérielle, pourrait avoir sur nos destinées futures dans la guerre une influence considérable.
Les Ecoles de Saint-Maixent (infanterie), de Saumur
(cavalerie), de Versailles (artillerie et génie), ne peuvent pas faire entrer dans l'armée plus de sous -lieutenants que ne lui en aurait donnés l'ensemble des régiments des trois armes, au temps où, sur les propositions des inspecteurs généraux, les sous-officiers portés au tableau d'avancement étaient directement promus. Ainsi, au point de vue du nombre, pas de bénéfice pour l'armée.
Il est vrai que si, dans ces écoles, l'enseignement d'un an que reçoivent les sous -officiers est bien entendu, leur instruction, qui est généralement élémentaire, pourra en tirer quelque profit. Mais je ne suis pas assuré que cet avantage, à peu près unique, soit la compensation utile des dépenses considérables dont ces établissements grèvent le budget de la guerre.
Nos cinq écoles militaires préparatoires, à la fois écoles d'enfants de troupes et écoles de sous-officiers, ne sont que de timides essais dont les résultats sont encore incertains. On n'en pourrait juger la valeur que si, en regard de ce qu'elles coûtent, le département de la guerre faisait connaître annuellement le chiffre des sous -officiers qu'elles donnent effectivement à l'armée. Elles sont, dans tous les cas, numériquement insuffisantes.
Dans ces écoles, qui devraient être l'objectif de toutes les familles militaires dénuées de ressources, les programmes des études proprement dites, expressément et systématiquement réduits , n'auraient pas d'autre but que d'apprendre à ces futurs sous -officiers à lire, écrire et compter, comme on disait autrefois.
Cette limite d'instruction ne serait jamais dépassée, par la raison que l'Etat, en fondant ces établissements, devrait se proposer absolument et uniquement de préparer par eux, au profit des cadres inférieurs de l'armée, les éléments de
recrutement qui leur manquent de plus en plus, et non, — comme il arrive trop souvent en France, — de grossir, par la diffusion de quelques connaissances superficielles, le chiffre des prétendants à l' épaule tte.
Au contraire, les programmes de renseignement technique militaire seraient très développés. Ils tendraient :
1° A pénétrer les élèves, par le précepte et par l'exemple, des devoirs et de l'esprit du commandement secondaire qu'ils sont destinés à exercer dans les régiments , responsabilités professionnelles, attitude devant la troupe, correction dans la tenue, etc. ;
2° D'en faire des professeurs émérites de toutes les théories élémentaires, de tous les règlements usuels, de tous les exercices et de toutes les pratiques de tradition qui concernent les armes où ils doivent entrer et rester comme sous -officiers.
Plus loin je montrerai, dans une discussion spéciale, comment, par des moyens dont je crois l'effet assuré, on pourrait inspirer à toute une catégorie de Français qui n'ont qu'une faible instruction primaire, l'ambition des emplois de sous -officiers dans l'armée, les amener à considérer ces emplois comme une carrière enviable autant qu'honorable, les y retenir longtemps, fonder enfin solidement et définitivement le recrutement aujourd'hui insuffisant et incertain des cadres inférieurs.
J'ai dit ce qu'étaient en 1870 nos anciens établissements d'éducation militaire préparant le recrutement des corps d'officiers.
En 1888, je retrouve le Prytanée dans la situation où il a toujours été.
L'Ecole de Saint-Cyr ne s'est modifiée qu'au point de vue
de l'accroissement très considérable du chiffre des admissions annuelles et du développement proportionnel des divers services.
Je vais indiquer successivement les réformes (réduites aux plus nécessaires par les raisons que j'ai dites) qui devraient , à mon sens , leur être appliquées , pour que nos écoles d'officiers, — bien que restant toujours très inférieures en nombre et en puissance de production à celles de la Prusse, — fussent à peu près à la hauteur des besoins de notre état militaire nouveau.
Il y aurait quatre prytanées, — véritables écoles de cadets ouvertes aux familles civiles comme aux familles militaires, — pour les régions nord, sud, est et ouest de la France (celui de l'ouest actuellement représenté par l'école de la Flèche). Leur spécialité, fortement constituée par l'organisation et par les études , serait de préparer des sujets pour les deux écoles remplaçant celle de Saint- Cyr, dont je proposerai plus loin la création.
Cette répartition, sur l'ensemble du territoire, des nouveaux collèges militaires aurait pour but et pour effet de les rapprocher des familles dont les enfants y seraient élevés. Elles auraient avec eux des rapports suivis. Le père et la mère de famille pourraient être les auxiliaires du commandement et du professorat pour les conseils et les encouragements à donner, pour les redressements à opérer, pour les principes et les bons sentiments à entretenir, éléments d'équilibre moral et d'éducation dont l'établissement unique de la Flèche est presque absolument privé. Là, hors des classes, les moniteurs de l'éducation courante sont, toute l'année, des adjudants et des sergents. J'ai dit ce qu'elle était.
En principe , et pour conserver à ces écoles leur caractère
spécial, les familles civiles y payeraient le prix de la pension, l'assistance de l'Etat restant réservée aux familles militaires. Mais cette assistance leur serait distribuée d'après une règle plus équitable et un procédé plus élastique que celui des bourses et demi-bourses, dont le moindre inconvénient est de donner trop ou trop peu à un nombre infiniment restreint d'ayants droit. La bourse représentative du prix total de la pension serait divisée en dixièmes, le maximum ordinaire des concessions devant être des neuf dixièmes et le minimum des deux dixièmes. Ces concessions seraient à la fois plus nombreuses et mieux proportionnées à la condition budgétaire des familles militaires intéressées. Quant aux bourses entières avec trousseau, qui libèrent la famille de tout effort, qui la désintéressent en quelque sorte de ses droits en la déshabituant de ses devoirs, elles ne seraient plus que de très rares exceptions à justifier par le mérite des titres , par l'excès des charges et par l'absolue insuffisance des moyens.
Cette grande question de l'assistance de l'État est l'une de celles où s'introduisent le plus de graves abus. J'ai pu les constater autrefois pour le Prytanée et pour Saint -Cyr, à titre d'inspecteur général des écoles militaires. Et puis ces concessions de bourses et demi-bourses aux familles militaires sont obligatoirement précédées, je veux le répéter, de la dommageable et humiliante intervention des conseils municipaux, dont les déclarations sont trop souvent influencées par les passions locales et par les passions politiques. Les jugements en cette matière devraient être rendus par un haut jury spécial siégeant au ministère de la guerre, qui aurait pour éléments d'information, outre les dossiers des officiers en instance, les relevés des rôles de contributions, les contrats de mariage, les enquêtes. Le ministre
aurait le devoir de consacrer les décisions de ce jury militaire à la fois impartial et éclairé.
Avant de faire connaître les réformes que réclame impérieusement , à mon avis , le plus important de nos établissements d'éducation militaire, l'École de Saint-Cyr, j'examine brièvement sa constitution présente.
J'ai précédemment expliqué que^ pour être nommé lieutenant en deuxième (sous-lieutenant) par la voie des écoles, dans l'armée prussienne, il fallait avoir fait la succession des études et subi la succession des examens :
D'une des écoles de cadets ;
De l'École supérieure des cadets de Berlin ;
D'un stage régimentaire comme porte- épée et porte -épée Fœhnrich ;
D'une des écoles de guerre.
Abstraction faite de nos écoles de Saint -Maixent, de Saumur et de Versailles, qui ne peuvent former que des officiers dont le savoir est très limité, que pouvons-nous opposer à cette forte préparation allemande qui fait des officiers dont l'instruction générale , la même pour toutes les armes } s'étend à toutes les parties du service militaire avant d'être spécialisée, outre un noviciat pratique transitoire dans les corps de troupe?... deux années d'études théoriques sur les bancs de notre École de Saint-Cyr!
Pour que cette Ecole , d'où sortent presque tous les officiers qui doivent un jour porter les responsabilités du commandement, remplisse utilement le rôle qui lui est dévolu dans la nouvelle armée, il faut qu'à tous les points de vue sa puissance productive soit considérablement agrandie et qu'elle puisse l'être encore, sans secousse trop violente, dans certaines éventualités de péril public que doit toujours prévoir la France d'aujourd'hui.
Nous avons cru atteindre le but en surélevant le chiffre des admissions annuelles, la constitution de l'Ecole restant au fond ce qu'elle était traditionnellement. Il en résulte que l'auditoire du professeur est de plus de cent dans la promotion de première année, de plus de deux cents dans la promotion de seconde année! Quelle réalité, je ne dis pas quelle solidité, peut offrir un tel mode Renseignement à la volée? Il n'est profitable, en fait, qu'au groupe toujours facile à compter des grands travailleurs qui suppléent, par des efforts d'attention , par des notes prises à propos , par des recherches dans les livres, à ces éclaircissements qu'à tout instant le professeur devrait pouvoir donner à l'élève qui n'a pas saisi.
Je me résume en affirmant que , de tout temps , les études ont péché à l'Ecole de Saint-Cyr par la méthode, et que la somme du travail apparent est hors de proportion avec les résultats qu'elle produit.
Les élèves de Saint-Cyr, portés sans préparation et sans transition des bancs du lycée aux bancs de l'école , y entrent avec les habitudes de ce passé d'hier. Il en résulte, je l'ai déjà dit, que c'est Y esprit de collège, — teinté, chez ceux de deuxième année , de la part très restreinte d'esprit militaire que peut donner l'enseignement théorique qui domine dans la maison. De là, les brimades grossières, même brutales d'autrefois, qui ne sont plus que ridicules aujourd'hui; de là, le dédain ou l'aversion qui sont de tradition à l'égard des sous-officiers de l'armée chargés de la surveillance intérieure, qu'on appelle les bas (bas officiers). Les bas sont forcément obéis, mais leur situation, aux yeux des élèves, ne dépasse pas de beaucoup celle des fonctionnaires universitaires qu'au lycée ils appelaient les pions.
Je n'insiste pas sur d'autres faits qui montrent que l'esprit et les habitudes qui se transmettent à Saint-Cyr d'une
promotion à l'autre, sont plus scolaires que militaires et ne préparent pas sérieusement ces jeunes gens, qui vont tout à l'heure aborder le régiment, à l'exercice du commandement effectif.
En résumé, de toutes nos institutions militaires scolaires, celle qui réclame les plus profondes réformes, c'est notre grande école d'officiers d'infanterie et de cavalerie, l'École de Saint- Cyr. Mon livre anonyme : l'Armée française en 1879, contenait des propositions qui réalisaient largement ces réformes. Il demandait :
a La création de trois écoles d'officiers communes à toutes <r les armes (comme les écoles de guerre en Prusse), où « auraient été admis par voie de concours (comme aujour- « d'hui) les jeunes gens sortant de nos établissements « d'instruction publique, sous la condition, pour les admis, « d'accomplir préalablement dans le rang un stage régi- « mentaire de quelques mois.
« Ces trois écoles d'officiers auraient, en outre, reçu les <l premiers sujets d'entre les sous- officiers de toutes armes « proposés par les inspecteurs généraux pour la sous-lieu- « tenance, qui formant des divisions annexes, auraient a suivi pendant un an des cours élémentaires spéciaux où « ils auraient acquis la notion de tout ce qu'il n'est pas « décent qu'un officier ignore. Des contacts très utiles, <l même des rapports de camaraderie auraient pu s'établir, « par cette communauté relative d'origine scolaire, entre « les deux catégories d'officiers qui servent dans nos régies ments, et l'Ecole polytechnique, tout entière à son rôle <l de grande école de la science française, échapperait à la « destinée qui l'attend, d'être submergée par les exigences « croissantes du recrutement des officiers des armes spé- « ciales, surtout des officiers d'artillerie. »
Je reconnais que ce rêve d'une puissante organisation scolaire militaire, en rapport avec les besoins presque infinis de l'armée nouvelle, doit être abandonné, à présent que par la création et l'entretien très coûteux des différentes écoles secondaires que j'ai précédemment énumérées, l'État est, je le répète, lié à tout un ordre de faits qui ne peut plus être modifié.
La réforme que je proposerais aujourd'hui se bornerait : « A la création d'une seconde école d'officiers comme « celle de Saint-Cyr, dans des conditions mieux entendues, « je le dis en passant, d'hygiène et de salubrité. Dans les « deux écoles , sur un plan d'études nouveau où Y éducation <l primerait le dressage, et la pratique la théorie, la divine sion du travail aurait pour base le principe qui préside à « l'enseignement dans les écoles de cadets en Prusse : que ce le maître ne peut efficacement professer devant un audw a. toire de plus de trente à quarante élèves. »
Si je renonce à mon rêve d'autrefois sur le développement de notre puissance militaire scolaire, j'en retiens expressément ce point spécial, qu'aucun candidat admis par le concours, en sortant du collège, aux écoles d'officiers, ne pourrait y prendre rang qu'après avoir fait, comme soldat, un stage régimentaire de quelques mois.
Je sais qu'une proposition de cette nature, très hardie par rapport à nos habitudes françaises, doit rencontrer une très vive opposition. J'y persiste cependant, convaincu qu'il n'existe pas d'autre moyen d'introduire un peu d'esprit militaire dans nos écoles d'officiers, de faire enfin qu'elles ne soient pas la continuation du collège. En France, l'esprit militaire, dans la mesure où il nous est possible, ne se trouve qu'au régiment. En Prusse , je l'ai déjà dit, il est partout. La raison de cette différence de tempérament est très apparente. En France, c'est la nation qui, avec le
temps, a fait V armée. En Prusse, c'est l'armée qui, sans le secours du temps, a fait la nation.
Dans le passé, l'esprit écolier, qui est au fond de la tradition bientôt séculaire de notre Ecole de Saint- Cyr, se révélait non seulement par les odieuses brimades dont j'ai parlé, mais par des révoltes périodiques qui donnaient fort à faire au département de la guerre. Elles furent l'origine de la mesure nécessaire, mais insuffisante, qui liait tous les élèves admis par le concours à l'obligation d'un engagement préalable de sept ans. La sédition éclatant, les meneurs, jugés et condamnés par le conseil de l'Ecole, étaient renvoyés comme soldats dans les régiments.
Dans ma promotion (1835-1837), cette dure perspective, — non plus que la fermeté notoire de notre chef, le colonel, depuis maréchal , Baraguay d'Hilliers , — ne put empêcher la révolte. Elle motiva l'exécution de trente -deux élèves (le quart de la promotion).
Un stage régimentaire de quelques mois dans le rang aurait certainement pour effet d'interrompre, de briser chez les admis la tradition écolière. Là , rien n'est conventionnel et tout est obligatoire. Il faut obéir. Il faut servir dans des conditions de régularité, de précision, de renoncement, qui sont les éléments dont se forment Yesprit et les habitudes militaires. Je suis assuré que les étudiants d'hier, soumis à cette préparation effective , peupleraient les écoles d'où ils doivent sortir officiers de jeunes hommes pourvus d'un commencement d'équilibre professionnel qui leur ferait envisager leur futur mandat sous ses aspects les plus sérieux.