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LE RECRUTEMENT DE L'ARMÉE

En 1872, j'ai soutenu devant l'Assemblée nationale, qui discutait la loi sur le recrutement de l'armée, ce thème :

Qu'à peine d'une lente désorganisation de ses forces vives, sociales, politiques et économiques, aucune nation ne pourrait supporter le double fardeau de l'obligation et de la durée du service militaire.

« Je fixais à trois ans la limite maxima de la présence <l du soldat sous le drapeau, à la condition que son dres- «. sage, c'est-à-dire sa préparation technique, fût complété a par une éducation spéciale, comprenant l'enseignement de <r tous ses grands devoirs du temps de paix et du temps de a guerre. — La totalité du contingent annuel disponible , « c'est-à-dire déduction faite des différentes catégories a d'exempts et de dispensés, était appelée sous les dra- <r peaux. — Rengagement conditionnel ou volontariat d'un <r an était soumis à des règles spéciales d'application, con- <r seillées par l'expérience des résultats obtenus en Prusse. « — Des renvois anticipés pouvaient être ordonnés au « profit des hommes de troupe signalés comme méritants , « qui, après un minimum de dix- huit mois de service, <r feraient devant un jury régimentaire la preuve d'une

ce instruction militaire de soldat, solide et complète. Pour « l'homme de troupe , ces renvois anticipés ne constituaient « en aucun cas un droit qu'il pût invoquer. Pour le ministre, « ils étaient une faculté dont il ferait usage dans la mesure « budgétaire utile. — Les renvoyés par anticipation force maient le noyau de la disponibilité de l'armée active, « jusqu'à l'accomplissement de trois ans de service dus à « l'Etat. — La durée du service dans la réserve était de ce cinq ans, — La durée du service dans Y armée territoriale « était fixée à six ans, dans la réserve de cette armée « à six ans également, d

J'avais pour contradicteurs, dans cette lutte qui fut la dernière de ma vie publique, le chef de l'Etat, M. Thiers, et les généraux membres de l'Assemblée nationale. Par ses travaux écrits, passionnément étudiés au point de vue militaire , le président de la république se rattachait étroitement aux institutions qu'avait illustrées dans le passé le service à long terme. Il ne croyait qu'aux vieux soldats. Par la légende, par leur éducation, par l'habitude, les généraux avaient le même sentiment.

Lui et eux n'apercevaient pas encore la révolution fondamentale que l'écrasement, en 1866 et 1870, des soldats faits de l'Autriche et de la France par la masse des jeunes soldats de la Prusse, allait introduire non seulement dans la constitution de toutes les armées de l'Europe, mais dans tout le vieil arsenal des voies et moyens de la guerre.

L'accueil que l'Assemblée parut faire à ma démonstration émut M. Thiers à ce point, qu'il annonça la résolution de se retirer si le principe du service militaire à trois ans prévalait. Devant une telle déclaration il ne pouvait qu'être écarté, et le grand contresens fut voté, d'une loi qui édictait que l'obligation du service militaire était compatible avec sa durée, que le service de trois ans ne pouvait suffire a

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