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TRAVAUX PERMANENTS DE RECONNAISSANCE DES FRONTIÈRES FRANÇAISES

L'activité militaire de la France , toujours offensive hors des événements de guerre qui ont ouvert son territoire à l'invasion, a constamment prononcé ses efforts contre l'ennemi du nord, du nord-est, de l'est, du sud, selon les mouvements oscillatoires de la politique des temps passés. L'Allemagne et l'Italie, divisées jusqu'aux temps présents en un grand nombre d'Etats dont les institutions politiques, les traditions, les intérêts, différaient profondément, n'étaient ni l'une ni l'autre en mesure de réunir ces États pour l'action commune contre nous.

Une évolution de la politique française, accablante pour la France, a mis fin à cette désunion séculaire. Le second empire a permis que la guerre de 18GG préparât l'unité

politique et militaire de l'Allemagne, comme il avait voulu que la guerre de 1859 préparât l'unité politique et militaire de l'Italie.

A dater de ces grands événements achevés pour nous par les calamités d'une troisième guerre, celle de 1870, dont les conséquences à venir, inconnues, sont faites pour troubler les esprits les plus fermes, la France a subi une douloureuse métamorphose :

Son rôle militaire est devenu dêfensif.

Oui , c'est à présent la défensive que nos intérêts les plus chers, des intérêts qui peuvent s'étendre, dans notre isolement au milieu des monarchies de l'Europe, jusqu'à l'existence de la nationalité française, nous font une loi impérieuse d'organiser. Nous sommes tenus de constituer la défense pied à pied du territoire, en ne perdant jamais de vue ce principe de guerre : que la défensive réussie peut et doit se transformer en offensive.

Pour la défense du territoire, nous avons multiplié, à défaut de grands obstacles naturels, protecteurs de nos frontières continentales, les remparts et les armées. Ces efforts suffisent -ils? Je dis que non.

A la guerre, l'une des conditions de succès les plus importantes , comme les plus difficiles à réaliser, c'est de connaître à fond y c'est-à-dire de visu, toutes les ressources qu'offre la topographie du théâtre des opérations défensives ou offensives, par conséquent toutes les dispositions militaires auxquelles, pour l'un et l'autre cas, elle se prête : les voies de communication , depuis les chemins de fer et les grandes routes jusqu'aux chemins ruraux et jusqu'aux sentiers de la montagne ; — les cours d'eau , depuis les fleuves jusqu'aux ruisseaux faisant obstacle ; — les canaux , les marais , les bois , les villes , les villages ; — les positions militaires suc-

cessives où les troupes peuvent combattre avantageusement, etc.

Toutes ces notions essentielles et d'un si haut intérêt de guerre, où les généraux sont-ils communément réduits à les aller chercher ? Dans l'étude des cartes , la plus décevante qui soit, même quand par fortune elles sont de date récente et d'une exactitude rigoureuse. Heureux ceux dont l'état -major compte des officiers qui ont antérieurement étudié la région, qui ont jugé le terrain, qui le connaissent comme les bons guides du pays ! Ces généraux-là ne vont pas au hasard. S'ils prennent position pour le repos , c'est dans la sécurité. S'ils prennent position pour le combat, c'est dans la confiance.

Aux militaires encore trop nombreux parmi nous, qui croyant, sur la foi des doctrines de l'école, que les événements de la guerre sont exclusivement l'effet des savantes combinaisons de la stratégie, opposeraient le dédain aux réflexions que je fais ici sur le rôle, modeste en apparence, effectif et souvent décisif en réalité, de la topographie locale bien apprise, je répondrais :

Le travail spécial d'études défensives auquel je demande à la France de s'appliquer sans retard et sans trêve, c'est le travail que la Prusse fait depuis soixante ans sur ses frontières anciennes et nouvelles, qu'elle fait depuis l'avènement du second empire sur les nôtres, dans une constante préoccupation d'offensive contre nous.

Je crois avoir justifié la proposition qui va suivre, et dont le titre de ce paragraphe et la courte discussion qui précède ont à l'avance révélé l'objet. Je juge nécessaire :

<r Qu'un service de reconnaissances militaires, permanent pendant toute la durée des beaux jours, soit établi sur nos frontières, embrassant en profondeur une étendue de quarante lieues ;

(( Que le plus grand nombre des officiers d'état- major, rendus disponibles par les procédés que j'ai indiqués, reçoivent la mission d'étudier la défense pied à pied de la région d'exploration qui leur aura été assignée, signalant et décrivant, à l'aide de plans à grande échelle et de rapports spéciaux, les positions que les troupes devront successivement occuper (le relief de ces positions, l'état de leurs abords , la protection de leurs flancs , leurs lignes de retraite, etc.) ;

«. Que ces travaux, avec les noms de leurs auteurs, soient classés méthodiquement au ministère de la guerre pour être distribués, la guerre éclatant, aux généraux investis du commandement des troupes aux frontières, dont les états-majors recevront, à titre d'avertisseurs compétents et de guides sûrs, les officiers qui auront exécuté ces reconnaissances ;

« Qu'enfin des voyages d'état- major , conduits par le chef d'état-major général de l'armée , aient pour but de faire tous les ans, sur place, la vérification des travaux de reconnaissance -frontière et d'en discuter les mérites, »

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