‹ Œuvres posthumesChapitre 53 sur 93 · LE MARÉCHAL BUGEAUD A LA FRONTIÈRE MAROCAINE · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL BUGEAUD A LA FRONTIÈRE MAROCAINE

Je n'ai pas l'intention d'exposer ici les différentes péripéties de cette brillante campagne que devait terminer la bataille d'Isly. Je reviens à mon but qui est, par continuation , de démontrer la part qu'a le hasard dans la préparation de la destinée des hommes de guerre, et comment, en particulier, il s'est acharné à servir les commencements de la mienne. Aussi ai-je bien compris que les sévices par lesquels il en a marqué la fin, et que j'ai acceptés sans aucun effort, étaient la juste compensation de ses bons offices d'autrefois. Une grande leçon de soumission!

Le maréchal Bugeaud est arrivé avec son état- major. De tous les points de l'Algérie, de France même avec le temps , nous viennent successivement des renforts qui devaient, pour la bataille d'Isly (14 août), élever le chiffre de la petite armée à presque huit mille hommes.

Le gouverneur cheminait en tête de colonne, gardant auprès de lui le général de La Moricière, que j'accompagnais. Il le pressait de continuelles questions sur la topographie de la frontière, sur la force des tribus, sur l'esprit de leurs chefs , sur leur degré d'influence , sur la politique qu'on avait suivie jusque-là à l'égard de ces personnages indiènes. Il lui dit un jour, moi présent :

Je ne puis pas, mon cher général, continuer à vous garder ainsi dans ma poche, et mon état-major d'Alger ne compte pas d'officiers qui aient étudié cette région , qui la connaissent à fond, qui puissent satisfaire à mes permanents besoins d'information. Prêtez-moi pour cette campagne l'un de vos collaborateurs qui soit au courant de tout ce que j'ai intérêt à savoir. Je vous donnerai l'un de mes officiers.

— Voici , monsieur le maréchal , le capitaine Trochu , l'un de mes aides de camp, qui, associé à toutes mes entreprises de guerre dans la province et à mes travaux de cabinet, connaît bien le pays, la situation politique et militaire. Il est connu de tous nos chefs arabes alliés. Il sera en état de répondre à vos vues, d

Le maréchal arrêta sur moi son œil d'un bleu clair, à la fois pénétrant et bienveillant :

a De quel pays êtes-vous, capitaine?

— Du Morbihan, monsieur le maréchal.

— Ah! ah! un Breton. Vous êtes jeune, mais je vous vois légionnaire, par conséquent vieil Algérien déjà. Eh bien, mon cher général, c'est marché conclu. Je vous le prends, et je vous le rendrai quand nous en aurons fini avec le Maroc, »

Cet autre hasard, aussi imprévu que celui qui de commandant d'un convoi d'ânes porteurs de meules m'avait fut naguère l'auxiliaire en sous-ordre de l'éminent général

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algérien de La Moricière, me faisait à présent l'auxiliaire provisoire d'un illustre chef militaire dont l'expérience s'était formée au milieu des grands chocs d'autrefois et au contact des généraux de Napoléon.

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