‹ Œuvres posthumesChapitre 57 sur 93 · DE COUR · texte numérisé non relu

DE COUR

A dater de la campagne d'Isly, je ne devais plus quitter le maréchal, et c'est à cinq ans de là qu'il est mort entre mes bras, foudroyé loin de sa famille par le choléra asiatique. Avec des compagnons l qui eurent plus tard une grande situation dans l'armée et toujours une grande place

1 Rivet, capitaine d'artillerie, tué sous mes yeux, général de brigade, à l'assaut du bastion central (siège de Sébastopol).

Fourichon, lieutenant de vaisseau, mort vice-amiral après avoir élé ministre de la marine.

Léon Roches , interprète général de l'armée d'Afrique, encore vivant, ministre plénipotentiaire en retraite.

Féray, capitaine de cavalerie, gendre du maréchal, mort divisionnaire.

Barbary de Langlade , capitaine d'artillerie , mort divisionnaire.

De Garraube, capitaine d'infanterie, encore vivant, s'est retiré dé bonne heure comme officier supérieur.

LA MORT DU MARÉCHAL BUGEAUD 31 i

dans ma vie, je l'avais suivi dans toutes les entreprises de guerre (répression de la redoutable insurrection qu'avait fait naître le désastre de Sidi-Brahim , et première invasion des montagnes de la Grande-Kabylie insoumise) qui devaient asseoir définitivement la conquête , et couronner la glorieuse carrière algérienne du conquérant. La guerre terminée, je restais seul auprès de lui.

Le maréchal n'était pas pratiquant, mais il avait les respects religieux, et ce fut avec la touchante docilité d'un enfant qu'il se prêta, dans les dernières heures de sa vie, à toutes les douloureuses cérémonies rituelles que le prêtre, appelé par nous , accomplit autour de ce lit de mort. Il semblait avoir gardé la liberté de sa pensée , ses yeux parlaient encore , mais depuis la veille il était muet. Et quand , agenouillés autour de lui, nous l'entendîmes tout à coup répéter après le prêut,, d'une voix encore distincte, les derniers mots et l'amen de la prière des agonisants , nos cœurs furent déchirés et il y eut parmi nous une explosion de sanglots.

Une heure après, dominant mon abattement, je partais pour le Périgord, où j'avais l'accablant devoir de porter à l'infortunée veuve, — qui n'était pas plus préparée à la catastrophe que nous ne l'avions été nous-mêmes à Paris, — l'avis de ce grand deuil de famille qui allait être un grand deuil national. Là , je devais être achevé par les scènes d'affliction désespérée dont je fus le témoin.

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