‹ Œuvres posthumesChapitre 61 sur 93 · LE MARÉCHAL BUGEAUD ET LE GÉNÉRAL CHANGARNIER · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL BUGEAUD ET LE GÉNÉRAL CHANGARNIER

« dont l'effet avait été la consécration de la toute -puissance <l d'Abd-el-Kader ! D'une œuvre à la fois spéciale et ardue <r comme celle-là, ce n'était pas à un vieux radoteur des a guerres de l'empire qu'il fallait confier la direction, d c'était à un général qui avait longuement fait en Algérie « ses preuves de compétence, de vigueur et d'activité. »

Je ne crois pas faire ici acte de mauvaise langue à mon tour en exprimant la pensée que ce directeur compétent, vigoureux et actif, c'était le général lui-même, quoiqu'il ne fût alors que brigadier, mais brigadier prétendant fiévreusement aux trois étoiles.

A ces propos malsonnants, que le nouveau gouverneur de l'Algérie aurait pu et dû dédaigner, s'en joignaient d'autres sur lesquels il était particulièrement chatouilleux. Ils avaient trait au rôle discutable, et resté discuté, que le général Bugeaud avait assumé dans l'événement , d'ordre politique, de la captivité, à Blaye, de la duchesse de Berry.

Dans les quartiers généraux d'armée comme dans les cours, je l'ai déjà dit, il y a des officiers qui se donnent l'inavouable mais toujours productive mission d'être auprès du chef, sous l'apparence du dévouement, les reporters des dires qui circulent à son sujet. Ils ne manquèrent pas d'informer le général Bugeaud, par le menu, et peut-être au delà du menu, des coups de langue du général Ghangarnier. Il y eut donc entre ces deux hommes, des leurs premiers contacts, de profondes antipathies qui allèrent en s'aggravant dans la suite de leurs rapports de chef à subordonné. Tout le monde savait, dans le public et dans l'armée, que leurs échanges écrits ou parlés étaient, du côté du général Changarnier, d'un sans-gène caractéristique, du côté du gouverneur, qui n'avait pas toujours vécu dans L'atmosphère des salons, d'une malicieuse dureté de ripostes dont l'une est restée historique. Gomme le général, irrité d'une critique indirecte que le gouverneur avait faite devant

des tiers de sa manœuvre de ce jour devant l'ennemi, la relevait aigrement en disant qu'il faisait la guerre d'Afrique depuis des années et qu'il savait son métier : « Hé, général, répondait le vétéran d'Austerlitz, tout le monde sait que le mulet du maréchal de Saxe, après avoir fait vingt campagnes, était resté mulet. »

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